L’émergence et les droits de l’homme.
Par Arimi CHOUBADE
23 décembre 2008
L’opinion de Amnesty-International sur le Bénin de Yayi n’est plus à refaire, un pays en constante dégradation des droits de l’homme depuis l’avènement du banquier. N’en déplaise aux thuriféraires prêts à se renier au nom du maintien au poste. Ce n’est pas un chroniqueur retors ou un opposant obsédé qui a inventé la détention de Amégnissè pour délit d’opinion, la détention provisoire de journalistes et de syndicalistes, l’enlèvement d’un agent municipal à Porto-novo, le tir à bout portant sur une manifestation d’étudiants sur le campus d’Abomey-Calavi, l’obstruction à l’application des décisions de justice, les mesures exceptionnelles contres des élus de la nation, le putsch au Padme, le passage en force à la Direction générale de la douane etc… Ne parlons pas de la banalisation de la vindicte populaire du fait des dysfonctionnements de l’appareil sécuritaire.
En sus des élans dictatoriaux du régime du Changement, le Bénin doit également son déclin dans le concert des nations évoluées au manque d’ambition du grand prêtre des émergents. À l’opposer du voisin de l’Est qui, en deux gestes retentissants, au titre de la seule année de 2008, a réussi à mettre en sourdine sa réputation de bébé dictateur lorsqu’il succéda à son père dans un scénario à la Kim Djong Il. Le Togo de Faure Gnassingbé décrète le financement des partis politiques (100 millions en 2008) et, cerise sur le gâteau, abolit la peine de mort. Pendant que la vitrine « brisée » de la démocratie en Afrique affiche une pâleur déliquescente de ses partis politiques et une recrudescence du braisage de petits délinquants. Certains en sont presque arrivés à oublier que c’est au Togo que le fils de son père a dû légitimé son coup d’Etat par une présidentielle arrachée dans le sang de 400 tués et l’exil de plusieurs dizaines de milliers de ses compatriotes. Il est évident qu’en 2009, le successeur du grand timonier apparaîtra plus respectueux des droits de l’homme et de la démocratie que le banquier-président auprès des institutions de défense des droits de l’homme.
Que fait le Bénin, de la peine de mort qui n’est plus appliquée depuis 1986 (22 ans) ? Plus que des ordonnances fantaisistes, la suppression du peloton d’exécution du droit positif pourrait rapporter plus de devises et de visibilité internationale à un quartier latin de l’Afrique en quête de renouveau identitaire. La concomitance de la commémoration de la déclaration universelle des droits de l’homme (10 décembre) et de l’anniversaire de la constitution (11 décembre) devrait donner lieu à de vrais débats sur l’affermissement de l’Etat de droit fondé sur l’humanisme et la modernité. Mais, la Marina engluée dans la ruse, le trucage et la tromperie n’a même pas vu venir ces deux événements ni en 2006 ni en 2007 encore moins en 2008. Surtout que les gens y sont beaucoup plus préoccupés par la manipulation du processus de révision de la constitution enclenchée dans la plus grande confusion et en l’absence d’une large adhésion de la classe politique et de la société civile.
Une simple plénière à l’Assemblée nationale suffit à rayer la plus immonde des dispositions pénales. Ce qui mettrait d’ailleurs le Bénin en conformité avec de nombreuses conventions internationales relatives aux droits de l’homme à commencer par la charte de l’Onu. Ce sont ces petits gestes qui font des pays comme la Tanzanie des références dans le monde et qui lui vaut d’abriter à Arusha le tribunal pénal international sur le Rwanda (Tpir). Le Bénin de Yayi ne peut malheureusement prétendre se positionner comme un réceptacle de la justice internationale à l’instar du Sénégal qui s’apprête à juger Hissène Habré. Jamais les slogans n’ont permis à un régime quel qu’il soit de réaliser l’émergence, le rayonnement international et la croissance à deux chiffres.
Pourquoi ne pas passer enfin à la consécration après 22 ans d’abstinence ???
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