Discours sur l’état de la Nation: Yayi Boni laisse les Béninois sur leur faim
2 janvier 2009 - LEMATINAL
Le président de la République, le Dr Yayi Boni, a présenté hier son discours sur l’état de la Nation à l’Assemblée nationale. Au-delà du fait que son message semble une copie conforme à ceux du Général Mathieu Kérékou, le premier magistrat de l’ère du changement s’est évité d’aborder les questions qui préoccupent les citoyens.
Le chef de l’Etat n’a pas situé les populations et les travailleurs sur le Smig après les affres de la crise économique et ses conséquences dont la cherté de la vie. Il n’a pas non plus été clair sur la conduite à tenir au sujet de la crise politique qui l’oppose à ses adversaires du G 4, du G 13 et de Force Clé. En montrant qu’il est toujours ouvert au dialogue, le président Yayi Boni a laissé tout le pays sur sa faim. Parce qu’on ne peut pas vouloir d’un dialogue dans les conditions actuelles et permettre le comportement qu’ont certains députés de la liste Force Cauris pour un Bénin Emergent (Fcbe). Si tant est que le président de la République est prêt à dialoguer avec ses adversaires, il devrait déjà penser à discipliner les siens qui ne lui rendent pas la gestion facile à l’Assemblée nationale. Outre le fait que ces derniers ont tout fait pour ternir leur image, celles des Fcbe et surtout de leur président, le professeur Mathurin Nago, ils ont du mal à s’entendre avec la presse parlementaire et se livrent en plus à des attaques qui n’arrangent rien. Mieux, dans le groupe Fcbe même, ce n’est pas la parfaite harmonie et un noyau de cinq députés se sont érigés en patrons et portes parole de la mouvance présidentielle. Et au lieu de s’en tenir à cette malencontreuse situation qui fait déjà trop de mécontents au sein des Fcbe et aura été à la base de plusieurs cas de démission, ces portes étendards du chef de l’Etat à l’Assemblée nationale se sont permis de lancer dans un discours va-t-en guerre. Alors que l’étau se resserrait déjà autour d’eux et surtout du chef de l’Etat qu’ils pensent soutenir disent-ils pour accroitre popularité dans le pays. Toutes ces situations vont se compliquer avec les intérêts divergents dans cette mouvance présidentielle parlementaire sans boussole. Or, les ténors ne pouvaient plus compter sur tout le monde dans cette mouvance. A l’Assemblée nationale comme dans tout le pays et en premier dans les conseils communaux et municipaux le doute s’installe de plus en plus et certains maires et conseillers ont du mal à continuer de croire les yeux fermés au changement. Dans ce contexte critique le chef de l’Etat donne l’impression d’abandonner les siens pour se lancer dans des opérations de débauchages d’autres partisans à coût de millions au moment où ses partisans souffrent le martyr et manquent du minimum. Alors que 2011 où les élections législatives et présidentielles auront lieu pratiquement au même moment n’est plus si loin. Avec la situation politique très complexe actuelle, il n’est pas certain que le président Yayi Boni qui cherche par tous les moyens à rempiler, se trouve les moyens pour soutenir efficacement ses partisans des Fcbe. Surtout qu’il semble toujours dans la logique de voir tous ses supporters sur une même liste. Oubliant que tout le monde n’aura pas de place et les événements de 2007 sont encore vivaces dans les esprits et ceux qui ont été mis devant le fait accompli et continuent pourtant de le soutenir, n’entendent pas recommencer les mêmes mauvaises expériences. Autant de considérations qui devraient obliger le premier magistrat à prendre en compte la crise politique actuelle dans son message dans le but de redonner confiance à ceux qui sont toujours avec lui mais aussi et surtout tendre vraiment la main à ses amis d’en face dans un discours franc et non mitigé.
Pour le président Yayi Boni, c’est la contraction de la demande mondiale, la chute des cours des matières premières notamment le coton de même que le flux des investissements directs étrangers, l’aide publique au développement et l’assèchement des transferts des travailleurs migrants qui vont affecter la stabilité du cadre macroéconomique. Un très bon diagnostic qui n’a malheureusement pas pris en compte la gestion locale de la crise. C’est d’abord au niveau du coton que le bât blesse. Au moment où une action judiciaire est en cours, des fonctionnaires de l’Etat ont été réquisitionnés pour entrer en négociation avec un homme d’affaires à qui le pays reproche bien des choses. Mieux, on attend toujours un programme sérieux pour rentabiliser le coton national et lui donner ses lettres de noblesse pour qu’il soit la solution de rechange face aux déboires économiques actuels. Et puis, quelles sont les solutions sur le plan national face à la crise économique mondiale ? Aucune en réalité, en dehors des discours opportunistes et démagogiques. Ce sont les fameuses boutiques témoins, la gestion du quotidien au sommet de l’Etat, l’absence d’une politique agricole conséquente et l’impossibilité de trouver une solution aux spéculations sur les marchés qui ont envenimé la crise au niveau local et alourdi les affres de la pauvreté dans plusieurs ménages. Aujourd’hui, les paysans presque abandonnés à eux-mêmes, accourent vers la production du coton. Les autres qui constituent une minorité et ne sont pas sensibilisés sur les contraintes, utilisent les intrants de coton pour faire d’autres cultures. La conséquence est qu’on a assisté ces derniers mois à des cas de contaminations alimentaires au sujet desquels des régions du pays ont compté des morts.
Les seules perspectives retenues dans le message du chef de l’Etat pour 2009 sont liées à la révision de la constitution du 11 décembre 1990 et la réalisation de la Liste électorale permanente informatisée (Lepi) qui devrait démarrer en mars 2009 et nécessite la mobilisation de 16 milliards de francs cfa. Pourtant, il y a déjà certaines préoccupations de la classe politique nationale notamment de certains députés du G4 et du G13 et Force clé par rapport à ces deux projets. Pour les uns, la façon dont la Lepi sera réalisée ou est prévue pour l’être n’augure rien de sécurisant pour eux et on soupçonne même des intentions de fraude au sommet de l’Etat si cette Lepi venait vraiment à être utilisée en 2011. Mais, le comble restera le projet de révision de la loi fondamentale. Déjà, ce sont les personnalités recrutées pour s’occuper du dossier qui ont obligé quelques réserves dans le camp de l’opposition non déclarée. Et le chef de l’Etat projette un débat populaire après avoir déposé le dossier dans les institutions de la République. A un moment où les marches de soutien motivées au chef de l’Etat sont devenues les normes pour tester la gestion du pays. Ce sont ces marcheurs professionnels qui risquent d’être mis à profit avec les rois, notables, chefs traditionnels et religieux qui ont été tout dernièrement sponsorisés à coût de millions pour juger de la valeur de la nouvelle mouture de la constitution de façon partisane, pour confondre les ténors du G 4, du G 13 et de Force Clé. Un moyen très maladroit au sommet de l’Etat de vouloir gérer 2009 pour se compliquer l’existence. Ce sont ces manières qui ne permettent pas de juguler la crise politique actuelle entre le président Yayi Boni et ses amis d’en face. Ainsi, les paisibles populations qui pensaient que cette occasion du message du chef de l’Etat sur l’état de la Nation allait aider à retrouver la paix, doivent prendre leur mal en patience et attendre peut-être le message du 31 décembre 2008 pour être mieux fixés.
Jean-Christophe Houngbo (Br. Ouémé/Plateau)
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