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VENTE DE L’ESSENCE KPAYO : Nous sommes tous des hypocrites !

 

L’AUTRE QUOTIDIEN 19 janvier 2009


 

C’est dommage ! Fraudra-t-il attendre chaque fois des incendies et des morts d’innocents pris au piège de l’horreur d’un commerce qu’on dit de dimension sociale, bien que déclaré illégal, pour que dans l’émotion on se mette à condamner le sort ? Et on n’en oublie, par enchantement, les convoyeurs et les vendeurs d’essence qui font preuve d’une impudence et d’une imprudence désinvoltes. En somme, la fatalité qui nous étreint est d’ordre économique et structurel. Mais la politique est le ciment de tout cela. Avec les horribles images des morts de Porga et d’autres villes du Bénin, la mémoire collective doit considérer la proximité avec les produits pétroliers, avec une certaine frayeur et la détermination de bouter dehors ce commerce qui nourrit certains et tuent d’autres. Hélas, lorsque par voie de presse et par quelques opérations spectaculaires, le ministre de l’Intérieur a tenté récemment de mettre fin au convoyage et aux gros stockages de carburant, on a pu entendre dans les quartiers des commentaires acerbes contre l’autorité, dont le souci est pourtant de défendre la sécurité et la vie des citoyens. On se rappellera, pour corroborer cette attitude, des émeutes violentes de Porto Novo il y a quelques années, soutenues par certains politiciens qui ne sont pas loin d’ignorer le mal que ce commerce dit « social » - mais qui a fait aussi des riches- cause à l’économie nationale et aux habitants. Kérékou n’a pu gérer sous la révolution et sous son dernier mandat, l’impuissance du pouvoir public face aux commerces de contrebande ; le pouvoir du renouveau démocratique inauguré par Nicéphore Soglo n’a pas non plus réussi à les endiguer. A l’arrivée de Boni Yayi, un de ses ministres, le plus expert dans le domaine pétrolier et sur les questions de prix et de concurrence, Soumanou Moudjahidou, s’est cru porteur d’une dynamique du changement, en lançant une croisade courageuse d’interdiction du Kpayo. Il lui en a coûté quasiment sa place et la remise en question de ses décisions d’éradication. Dès les premières actions de destruction des lieux de vente illicite, les vendeurs du kpayo ont fait prévaloir leur poids social et politique et leur chantage électoral sur le régime du changement. Ils ont ainsi fait plier l’échine au régime, en offrant de façon pragmatique, l’appui politique d’une partie du lobby de la vente illicite de l’essence kpayo. Les choses sont rentrées dans l’ordre et ce dysfonctionnement retrouve ainsi sa situation de quasi norme. Et pour jouer du social, le gouvernement fut contraint d’ écouter les vendeurs qui ont accepté, par concertation et avec délai de réalisation, de trouver d’autres moyens plus légaux de vendre l’essence sur les trottoirs. Ce sont les fameux mini stations, qui à la pratique ont très certainement réduit les pénuries fréquentes connues sous l’ancien régime, mais qui dans le fond, n’ont pas réussi à freiner la demande du kpayo. Il a fallu récemment les dernières mesures à la baisse sur les prix dans les stations service, après accords avec les distributeurs agréés, pour que certains usagers retrouvent encore le chemin des stations.

 

Mais comme a pu le faire remarquer, subtilement, le ministre du commerce aux gérants de ces stations, lors de leur rencontre, toute décision en leur faveur doit veiller à éviter la pénurie. En termes clairs, supprimer totalement le kpayo, c’est s’exposer, au-delà des effets sociaux et politiques négatifs aux risques de pénuries qui aggraveraient la question des prix. Donc le Kpayo c’est comme une hydre. Des milliers de cadres de l’Etat, des hommes d’affaires n’hésitent pas à remplir les réservoirs de leurs véhicules par le kpayo soit à la frontière, soit sur les trottoirs et loin des stations service, grands ou petits. Pour être ironique, on peut même aller jusqu’à penser que même, ceux qui sont chargés de la lutte n’hésitent pas, à s’approvisionner au kpayo, question de faire quelques économies substantielles. Et c’est le comportement économique de milliers de Béninois ! Par ailleurs, les vendeurs du kpayo ont le privilège de la proximité, de la rapidité du service, du marchandage au meilleur prix, sur les stations services. Et comme ceux qui sont dans le formel ne peuvent pas faire comme les gérants de l’informel, le problème subsiste dans toute sa tragédie. Comment faire pour préserver la vie des citoyens innocents, conforter les caisses de l’Etat tout en fournissant les moyens de régler la problématique sociale qu’il y a derrière ce commerce ? Voilà la quadrature du cercle, le fondement de notre hypocrisie. Pourtant, dans une nation, il y a une priorité dans les visions. Si nous faisons passer le coût de la vie des forces vives du développement, la réduction des dépenses de santé suite aux catastrophes causées par des citoyens, la garantie de recettes pour l’Etat, via ceux qui paient les impôts avec moins de dégâts coûteux pour la nation, avant la fatalité du besoin social qui tue consciemment, nous devrions vite trouver les moyens de satisfaire ce besoin d’énergie, au moindre coût par la bonne volonté de tout un chacun, et par la sincérité et l’esprit de responsabilité des politiciens. L’Etat ne peut gérer seul ce problème, par une gouvernance autocratique, s’il n’est pas soutenu par les citoyens et ceux qui ont la responsabilité de prendre le prétexte de parler au nom de l’intérêt collectif, c’est-à-dire les organisations de la société civile, le parlement, les élus locaux et les citoyens eux-mêmes. Ce sont eux qui impulseront à l’Etat, la meilleure gouvernance de ce commerce dangereux dont nous profitons.. Notre démocratie est celle du chantage électoral. La réduction et l’éradication du kpayo ne peut être qu’une volonté citoyenne et politique, avant d’assurer le gouvernement d’une exécution efficace quel que soit le régime. Soyons donc moins hypocrites et voyons le problème de la dangerosité en toute conscience et en tout esprit citoyen.

Léon BRATHIER



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Tag(s) : #Actualités Béninoises
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