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Roger Gbégnonvi décline le  poste de conseiller à la gouvernance de yayi Boni


Écrit par Nouvelle Expression du 20/01/2009


Roger Gbégnonvi : «J’aime bouger dans ma tête et dans mon corps». Le conseil des ministres du 16 janvier, nommait Roger Gbégnonvi, Conseiller spécial à la gouvernance, auprès du Chef de l’Etat. Dès le lendemain, la presse se montra intraitable avec l’ex-ministre de l’Alphabétisation. Trois jours après, celui-ci décide de refuser l’offre présidentielle, peu convaincu, somme toute, de son opportunité.

ENTRETIEN EXCLUSIF AVEC ROGER GBÉGNONVI SUITE À SA NOMINATION AU POSTE DE CONSEILLER À LA GOUVERNANCE AUPRÈS DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE.

« J’oppose à la nomination du Chef de l’Etat un non argumenté et justifié »
Nouvelle expression : Vous venez d’être nommé Conseiller auprès du Chef de l’Etat pour la bonne gouvernance ; comment réagissez vous à cette nomination ?
Roger Gbégnonvi : Puisque vous posez la question aussi abruptement, je vais vous répondre de façon directe : j’oppose respectueusement à la nomination du Chef de l’Etat, un refus argumenté et justifié. Je ne suis pas, en mon âme et conscience, au moment où je vous parle, le conseiller du chef de l’Etat à la gouvernance. Si vous le permettez, je vais argumenter et justifier…

Allez-y, Monsieur le Ministre !
Lorsque j’ai parlé sur Golfe TV le dimanche 11 décembre sur l’émission « Questions d’actualité », et que vers la fin, la question m’a été posée de savoir quel poste de conseiller j’aimerais occuper auprès du chef de L’Etat qui a l’habitude de ne pas abandonner ses anciens ministres mais de les recaser quelque part, j’ai dit effectivement que s’il me donnait le poste de conseiller à la bonne gouvernance, je lui demanderais de m’en donner les moyens. Tout le monde m’a entendu, pour ceux qui m’ont entendu ; tout le monde m’a vu, pour ceux qui m’ont vu, et tous témoignent que je plaisantais. J’étais dans le registre ludique et non pas dans le registre sérieux et grave. Il se trouve que dans l’entourage du Chef de l’Etat, on ne lui a pas expliqué que Roger Gbégnonvi était dans le registre ludique, et le Chef de l’Etat qui a beaucoup d’estime pour moi a cru devoir me donner ce que je lui avais demandé. Non, je ne lui ai rien demandé, on l’a induit en erreur.
La deuxième raison pour laquelle je ne suis pas conseiller du président à la bonne gouvernance est la suivante : Il y a l’IGF, l’Inspection générale des finances ; il y a l’IGE, l’Inspection générale d’Etat, dirigée par mon ami, Jacques Alidou Koussé, membre comme moi de Transparency international ; il y a l’OLC, l’observatoire de lutte contre la corruption dont est membre Jean-Baptiste Elias ; il y a le Haut Commissariat à la Gouvernance Concertée, présidé par mon doyen et ami Moïse Mensah ; ce sont là des organes étatiques qui peuvent être chacun et tous ensemble, de très bons conseillers à la bonne gouvernance pour le Chef de l’Etat. Celui-ci n’a donc pas besoin d’un conseiller personnel. Cela ferait surcharge.
Par ailleurs, la raison qui me pousse à remercier le Président de la République pour la confiance qu’il me fait, et à lui dire que je ne suis pas preneur, est que je ne voudrais pas me retrouver dans la position de Madame Adjaï Sica, Présidente comme nous disions à l’époque, de la Cellule de la Moralisation de la vie publique ; Madame Adjaï Sica était pleine de bonne volonté, mais on ne lui a pas donné les moyens de cette bonne volonté et elle est restée à se morfondre jusqu’à ce que la cellule disparaisse. Et puis je n’aime pas la position de conseiller ; dans cette position, vous êtes figé ; le conseiller n’est pas le payeur. Vous êtes dans une position statique. Moi, par tempérament, j’aime bien bouger dans ma tête et dans mon corps. Je me serais senti beaucoup plus à l’aise dans une position inverse : d’abord conseiller, donc dans une posture statique, et ensuite ministre dans une position dynamique où j’ai une petite portion du pouvoir d’Etat qui me permet de penser et de décider.

 

Votre décision ne risque-t-elle pas de fragiliser le Chef de l’Etat ?

Il faut qu’il soit bien clair que Roger Gbégnonvi ne fragilisera jamais le Président Boni Yayi . On m’a dit il y a une semaine « il vous a humilié » ; j’ai répondu « non, il m’a distingué ! » Vous me demandez si je ne suis pas en train de le fragiliser ; je vous réponds « non, il n’est pas question pour moi de le fragiliser ». Pourquoi ? Parce qu’il y a moins de trois ans, nous avons été 75% de cette population à mettre tous nos espoirs sur le docteur Boni Yayi ; je viendrais mal à propos, moins de trois ans après, à vouloir le fragiliser. Je dois le renforcer. Les propos que je tiens aujourd’hui doivent contribuer à le renforcer parce qu’il a besoin d’être renforcé. Pour évoluer vers le changement ; le changement de nos mentalités. A quelques heures de la prise de fonction de Barack Obama, le Président Boni Yayi est pour moi l’homme qui doit amener tous les Barack Obama du Bénin qui sont en germe, à éclore. Tant de talents sont assassinés par une classe politique qui n’a jamais eu d’autres objectifs que de s’en mettre plein les poches. St Exupéry parlait des Mozart qu’on assassine.
Vous aviez tout de même des solutions à proposer au Chef de l’Etat pour la bonne gouvernance ?
Merci, cher ami ; merci d’avoir parlé de solutions et non pas d’idées. Il m’a fait ministre ; c’est grand-chose ! J’ai exercé cette noble et haute fonction pendant plus de onze mois. Les conseils que j’avais à lui donner, je les lui ai donnés en actions. Je me suis servi du pouvoir d’Etat dont il m’a investi pour conduire à bien l’alphabétisation et la promotion des langues nationales, mais aussi pour balayer la maison qu’il m’a confiée. Il ne se passait pas un jour sans que des têtes tombent. Si j’avais un conseil à lui donner je lui dirais de faire ce que j’ai fait à mon ministère ; de balayer la présidence de la république, car son entourage n’est pas sain. Je lui demanderais de donner l’ordre à ses ministres d’en faire autant, afin qu’il n’y ait plus d’ordres de mission fictifs, des chantiers d’Etat qui durent des années ; qu’il n’y ait plus des gens malpropres pour représenter l’Etat béninois à l’étranger. La philosophie qui est la mienne participe de celle d’Emmanuel Kant : l’acte que je pose doit pouvoir servir de maxime à toute l’humanité sinon je ne pose pas cet acte-là.
Monsieur Gbégnonvi, vous êtes considéré comme un intellectuel engagé ; pensez-vous qu’un intellectuel doit s’engager ?
Je préciserais un intellectuel africain ; dans l’Afrique d’aujourd’hui dont vous connaissez l’histoire tout au moins à la télévision ; Cette Afrique-là n’est pas belle. C’est à nous intellectuels qu’il revient de conduire la réflexion et éventuellement de mener l’action. Nous sommes les seuls à savoir et aussi les seuls à pouvoir. Dans les pays développés, l’intellectuel peut ne pas être engagé ; il vaut même mieux qu’il ne le soit pas. Pour se consacrer à sa tâche de réflexion qui doit nourrir l’action de ceux qui sont sur le terrain.
Lors de la présentation de vœux au Chef de l’Etat, Madame Médégan a très justement parlé de la trahison de l’élite politique ; il n’y a pas que la trahison de l’élite politique ; il y a la trahison de l’intellectuel africain qui refuse de s’engager. L’intellectuel africain doit se mêler de la réflexion et de l’action.
Donc, la « trahison » du clerc africain, c’est son non-engagement ?
Absolument ! « La trahison des clercs », c’est un titre de Julien Benda ; chez nous, c’est le refus de s’engager. De s’engager pour le changement des valeurs : la lutte contre la corruption en l’occurrence. Il faut souhaiter que tous les intellectuels s’engagent pour la moralisation de la vie publique et obligent, je dis bien, obligent, le Chef de l’Etat à faire la moralisation de la vie publique.

Entretien réalisé par
Philippe d’Almeida

 

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Tag(s) : #Politique Béninoise
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