Presque toutes les couches sociales grincent des dents contre le régime du changement. Les travailleurs de la fonction publique, notamment les syndicalistes, ne cessent de dénoncer le mépris dont ils font objet de la part du pouvoir en place. Le droit de travail se viole au Bénin, selon les voix syndicales. On évoque la fameuse loi de défalcation sur salaire pour cause de grèves. Alors que l’Etat béninois est signataire de la convention internationale sur le droit de travail. En moins de deux ans, le pays, symbole de la démocratie en Afrique, a subitement perdu ses valeurs du respect des droits de l’homme. Tous les rapports publiés par les institutions nationales et internationales dans ce sens sont défavorables au Bénin. Dans les administrations, on préfère garder le silence sur les affres du nouveau système. Les plus courageux qui sont les syndicalistes sont soumis à toutes les épreuves. Des élèves sont soulevés contre les enseignants qui ne réclament que l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail. Sans oublier les magistrats livrés à la vindicte populaire.
Le régime du changement est parvenu à mettre en place un système de « patriotisme ». Les autres citoyens du pays qui, pour une raison ou une autre, réclament des avantages ou demandent le respect des principes de fonctionnement de l’administration publique, sont considérés comme des « apatrides. » Un groupuscule de douaniers a pris l’initiative au début de l’année 2008 en formant le Collectif des douaniers patriotes. Leurs collègues qui protestaient contre la nomination de James Sagbo à la tête de la direction générale des Douanes et droits indirects ont subi toutes sortes d’intimidations. La tension règne toujours dans l’administration douanière, même après la nomination d’un nouveau Dg. La même stratégie est mise en branle dans les autres secteurs de l’administration publique. Les mouvements de grèves ne sont plus généralement suivis. Les « patriotes » pèsent de tout leur poids pour faire échouer les revendications des travailleurs. Le cercle des « patriotes » est bien vu et ses membres sont régulièrement promus. La Confédération syndicale des travailleurs du Bénin qui regroupe le plus grand nombre de syndicats ne traîne que quelques « camarades » pour ses marches de protestation et de revendications. L’hypocrisie et la mesquinerie s’entretiennent au sein des employés de l’Etat. Parce que le supposé ‘patriotisme’ a pris la place de l’esprit collectif. Pourtant, ce sont ces mêmes « patriotes » qui critiquent en sourdine la gestion du gouvernement.
La popularité de Boni Yayi en baisse
Entre le populisme et les préoccupations du peuple, il y a certainement un grand fossé. Le ballet des marches de soutien et de remerciement semble ne pas être la meilleure recette pour le docteur Boni Yayi dans la perspective des prochaines élections présidentielles. Les crises auxquelles le pays est soumis depuis son accession à la magistrature suprême et sa méthode de gestion attirent beaucoup plus l’attention des populations. Il suffit de prêter une oreille attentive aux conversations privées et les interventions des populations sur les émissions interactives pour mieux comprendre que la popularité de Boni Yayi a considérablement chuté. Même dans le marché Dantokpa et dans les rues de Cotonou, on déplore la façon dont le pays se gère depuis avril 2006. Certains souhaitent déjà même une alternance en 2011. L’autre déboire du Chef de l’Etat est que toutes les formations politiques dont l’électorat est estimé à près de 40% l’ont abandonné en plein exercice du pouvoir. Tandis que le Parti du renouveau démocratique tente de conserver toujours ses 25%. La crise sociopolitique que traverse le pays depuis plus de deux ans fragilise considérablement la popularité de l’actuel Président de la République au niveau national. Même si ses partisans tentent de faire croire le contraire. En clair, le régime du changement se trouve dans une balance qui bascule en sa défaveur. Surtout quand les hommes politiques et observateurs de la vie publique accusent Boni Yayi et son gouvernement d’avoir mis en berne la démocratie béninoise sous l’emprise d’une politique « autoritaire », en foulant allègrement aux pieds les lois de la République et les droits de l’homme.
Spéro ASSEGBE
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