Par Arimi CHOUBADE
jeudi 12 février 2009
Ne dites surtout pas au banquier-président de garder son flegme pendant que l’autre banquier investit une partie de son territoire et se fait célébrer comme un nouveau messie. Cela vire littéralement à la déclaration de belligérance lorsque ce successeur à la banque se déclare candidat à la succession au palais de la République. Les émergents ont raison de ne pas considérer les échos de la parade de Bio Tchané dans le département de la Donga comme un simple fait divers sans lendemain. Lorsqu’on sait comment un certain Yayi Boni, depuis la même Banque ouest africaine de développement (Boad), s’est positionné sur l’échiquier politique béninois en s’appuyant sur ces multiples apparitions à l’occasion de lancement de travaux, d’inaugurations ou de forums financés par son organisme.
Le cas Bio Tchané est plus anecdotique. C’est presque à mains nues qu’il a enflammé tout un département et au-delà. Une visite de courtoisie à des sages du fils du terroir. N’étant porteur d’aucun projet de construction de route, d’écoles ou de dispensaires, de forage de puits, de curage de caniveau. Sans escorte, sans apparats et sans trompettes. Un simple retour à la source qui déclenche l’une des tempêtes pré - électorale les plus farouche que le Bénin ait jamais connu. Rien à voir avec l’imposture du développeur infatigable capable de transformer la pauvreté en émergence. En clair, Bio Tchané n’a pas eu besoin de dire aux gens qu’il leur construirait des échangeurs à Djougou, des feux tricolores à Bassila ou des aéroports à Ouaké avant d’acquérir sa posture de nouveau leader de toute une région du pays. Son parcours personnel (ancien argentier national, ancien Directeur Afrique du Fonds monétaire international) a suffit.
Après l’exposé des ambitions de Bio Tchané, lors de son bref séjour de février 2009 dans la Donga, je veux bien revoir les adolescents qui péroraient sur les présumées affinités exceptionnelles entre Yayi et Tchané. Le dernier serait un obligé du premier qui l’aurait proposé et défendu lors de la nomination du président de la Boad à l’issue du sommet de L’Uémoa de Ouagadougou en janvier 2008. Un discours destiné à faire oublier que le chef de l’Etat béninois certainement déçu et fâché contre quelques-uns de ses pairs a dû quitter précipitamment Ouaga juste après la nomination de Tchané sans attendre le sommet de la Cedeao qui s’ouvrait dans la même ville dès le lendemain. Tout le monde sait que le motif évoqué – remise de fanion aux Ecureuils en partance pour la Can foot Ghana 2008 – ne tient pas puisque le dit cérémonial était dévolu de longue date au président de l’Assemblée nationale. Le chef de l’Etat devrait être absent du territoire national ce jour-là pour cause de sommets jumelés Uémoa-Cedeao.
Face aux notabilités de son Djougou natal, Bio Tchané a pu faire partager son sens de la reconnaissance et de la gratitude. Confère à sa déférence à l’évocation du nom de l’ancien président Mathieu Kérékou qui l’a fait ministre. Il n’aurait pas été candidat à la présidence de 2006 parce que celui qui l’a fait ministre dans le temps était encore au pouvoir et ne se déterminait pas par rapport à ses ambitions politiques futures. En d’autres termes, lui, Tchané ne ferait jamais cas de ses ambitions de présidentiable si Yayi était réellement celui qui l’a fait président de la Boad en 2008. La reconnaissance et la gratitude à l’ordre du jour en 2006, n’existent pratiquement pas pour 2011 pour le fils de la Donga. Yayi n’aurait jamais imaginé que la menace viendrait justement du même endroit d’où il a mûrit son ascension à la magistrature suprême. La différence des deux démarches se fera sur la valeur intrinsèque. Yayi a été produit à la Boad alors que Tchané s’est révélé avant d’aller à Lomé. Yayi a été élu sur le rêve (très tôt brisé) ; Tchané peut compter sur le rêve déjà réalisé à l’argenterie.
Rendez-vous en 2011.
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