Débat sur la gestion de l’escorte au Bénin: Mathieu Kérékou a son mot à dire
5 mars 2009 - LEMATINAL
Loin des micros et des caméras, le général Mathieu Kérékou raconte sa part de vérité sur la gestion des véhicules d’occasion en transit. Avec, parfois, de sacrées révélations. Certains ministres de gouvernement du Changement, des cadres de la douane et les patriotes partisans de Yayi Boni n’ont pas été bien traités par le locataire des filaos.
Dans ce jeu de ping-pong où les anciens acteurs de la filière des véhicules d’occasion en transit et le gouvernement du Changement se renvoient mutuellement les accusations de mauvaise gestion de cette activité, il n’y a pas que ce qui se dit ici et là et relayé par la presse qui alimente le débat. Loin des apparitions publiques, l’ancien chef de l’Etat Mathieu Kérékou intervient à sa manière dans les débats. Il ne veut pas encore se mettre en vedette pour occuper le devant de la scène et placer son mot. Mais il rumine bien des choses qu’il ne cache plus à certains barons de son gouvernement, ses amis et proches. Il aborde avec ses hôtes à qui il aime souvent se confier comment les ministres du régime de changement, des cadres de la douane, des conseillers spéciaux, des chargées de mission, et des recrues patriotes chargés d’accomplir de sales besognes et de polluer les esprits de l’opinion publique sont mal placés pour défendre le gouvernement dans sa position. Comme s’ils ont été investis dans le même rôle de jeter de l’opprobre sur sa famille et sa personne, tous s’accordent à noircir la gestion de l’ancien chef de l’Etat. Tout à l’air d’une destruction programmée qui avait commencé par une campagne soigneusement menée et qui consistait à montrer que la nouvelle équipe s’est installée avec seulement 200 millions Fcfa dans la caisse de l’Etat laissés par l’ancien gouvernement. Ce n’est pas une manière d’entretenir la bonne camaraderie avec le général Mathieu Kérékou. Il s’était senti offusqué. Le temps qu’il oublie, le gouvernement du Changement a sciemment encouragé la promotion d’un autre produit qui est destiné à peindre en noir la gestion de l’ancien chef de l’Etat. Cela s’est traduit par la publication du livre « Mon combat pour la parole », écrit par un membre de l’actuel gouvernement et vendu aux enchères à plus de 27 millions Fcfa. La vente aux enchères avait particulièrement été agrémentée par des propositions de prix mirobolants des hommes au pouvoir. Comme le dirait l’autre, ils se sont servis de l’argent du contribuable pour soutenir l’auteur du livre très controversé. La kyrielle de réactions hostiles que l’ouvrage a suscitées et les démarches d’apaisement non concluantes entreprises par le pouvoir en place pour calmer l’ancien chef de l’Etat montrent à quel point l’affaire a tourneboulé lui-même sa famille, ses amis et anciens ministres. Alors que le dossier battait son plein, l’affaire de la mauvaise gestion des véhicules d’occasions en transit et l’utilisation des fonds qui y proviennent surgit.
Accusé de mauvaise foi, de détournement de deniers publics, de dilapidation des fonds issus de cette activité, le gouvernement se défend, remue le passé et accuse à son tour les anciens acteurs de la filière avec comme toile de fonds la mise en relief de la culpabilité du régime du général Mathieu Kérékou. Le gouvernement de Yayi Boni lui a encore cherché des noises. Il est désormais convaincu que le nouveau pouvoir veut passer par les mille et une manières pour le dénigrer avant les échéances de 2011. Si les ministres du chef de l’Etat Yayi Boni continuent à se servir du passé pour comparer la gestion actuelle à celle du régime défunt, notamment dans la filière des véhicules d’occasion, le général finira pas sortir les casseroles des ministres du gouvernement de Changement, des cadres de la douane encore proches du chef de l’Etat et des soi-disant patriotes. Réputé réservé, méfiant, stratège, l’ancien chef de l’Etat, a commencé par faire de sacrées révélations et des confidences sur ces hommes cupides, ces imposteurs qui mangent à la table du diable et viennent présenter un visage angélique et d’agneau à la face du monde. Dans ce débat sur la gestion des véhicules d’occasion, la famille Kérékou estime que bon nombre de ceux qui s’agitent aujourd’hui et accusent l’ancien régime de mauvaise gestion n’ont pas droit à la parole. Car, ils ont été au cœur de la chaîne à des degrés importants. Que ce soit dans l’administration douanière, dans l’entourage immédiat du chef de l’Etat ou dans le rang de ses partisans, des noms sont sur les lèvres du général Mathieu Kérékou et de ses protégés. Quand ils décideront de les lâcher un jour en public, ils vont ébranler le régime. Ils vont alors mettre sur la place publique, les sous de l’escorte perçus par certains hommes de Yayi Boni, avec pour seuls témoins des écrits en guise de décharge, mais aussi les regards du bon Dieu. Le locataire des filaos a confié à des proches qu’il peut toujours fait état des réunions qui se tenaient à l’époque sur l’activité et ceux qui y prenaient part. De vraies révélations en perspective pour montrer le rôle de chacun et les complicités de l’administration douanière. Mais au-delà, de telles révélations risquent de fournir à l’opinion publique les vrais chiffres de l’activité de l’escorte. Car, pour les anciens acteurs, le gouvernement fait économie de vérité sur le dossier. Il se trouve que ceux qui font le procès du régime sont pour la plupart des leaders du G13. Or à l’initiative de l’ancien président de la République Mathieu Kérékou, ils ont été reçus vers fin novembre 2008 par le chef de l’Etat Yayi Boni dans le but de décrisper la tension politique. A l’époque, soutenus par leur père protecteurs, ils avaient signifié au Président de la République que le prix à payer à la réconciliation était le départ du professeur Mathurin Nago du perchoir. Cette condition n’a pas été acceptée par Yayi Boni ce qui explique la situation qu’on vit aujourd’hui et qui fait que l’affaire des véhicules d’occasion est venue envenimer un climat déjà tendu. Le gouvernement semble s’y mal prendre puisqu’il a décidé de mettre ceux qui le critiquent dans le même panier que l’ex chef de l’Etat Mathieu Kérékou, poussé à rejoindre le grand cercle des mécontents, déjà composé de deux anciens présidents de la République, Nicéphore Soglo et Emile Derlin Zinsou, puis de Bruno Amoussou, de Adrien Houngbédji, de Séfou Fagbohoun, de Lazare Sèhouéto…etc. A coup sûr, Abdoulaye Bio Tchané complètera la liste.
Fidèle Nanga
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