Hebdomadaire Catholique: Justice - Vérité - Miséricorde
LA CROIX DU BENIN - 06 mars 2009
Le Testament de Mgr de Souza
Mgr Isidore de Souza, Archevêque Coadjuteur de Cotonou
Cotonou, le 1er avril 1984
Si l’interview du père Villaça présente le côté humain de Mgr de Souza, son testament nous laisse entrevoir la grandeur d’un homme qui était entier.
Il s’agit bien de mon Testament et non d’un poisson d’Avril ! Il sera bref mais c’est bien là mes dernières volontés, si volonté il y a. Le serviteur a-t-il d’autre volonté que celle de son Maître ?
1 - « Rendez grâce au Seigneur, car il est bon !
Car éternel est son amour ! » Je voudrais que mes funérailles soient une fête, une splendide fête d’action de grâce, dans la prière, la joie et l’exultation. Si je peux me permettre de faire une entorse aux dispositions liturgiques, je souhaiterais que soit dite la messe de Pâque avec les textes de la dite messe. (Eviter le latin; de préférence des chants populaires en fon et en français…)
2 - Grande fête oui ! mais dans la simplicité la plus totale possible. Je dois disparaître pour laisser toute la place à Dieu. Ce que je n’ai pas toujours su faire de mon vivant, je voudrais que se soit à l’occasion de mon enterrement. Qu’on m’enterre comme une épouse du Christ. Car c’est ce que j’ai la conviction d’être (Kristusi) même si bien des fois je me suis prostitué à d’autres dieux que mon Seigneur et Maître. Qu’Il me pardonne Lui qui est Amour et Miséricorde.
Je demande aussi pardon à toux ceux et toutes celles que j’ai offensés durant ma vie sur cette terre, spécialement à tous ceux qui ont cherché à découvrir le Christ en moi et qui ne l’ont pas vu en moi. Je n’ai à pardonner à qui que ce soit ; j’ai toujours essayé de voir le Christ en chacun, faisant effort pour aller au-delà des opacités humaines et rejoindre mon frère. Mais si quelqu’un a quelque chose à se faire pardonner, je lui pardonne en toute simplicité… « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons… »
3 - Je désigne l’Archevêque qui prendra ma succession comme mon légataire universel: tout ce qui pourra être trouvé chez moi au séminaire ou à l’archevêché, dans mes comptes à Ouidah et à Paris, tout, tout et tout reviendra à l’archidiocèse. Monseigneur l’archevêque verra s’il faut donner quelque chose à l’une et l’autre de mes sœurs encore vivantes.
4 - Je souhaite enfin que le jour de mon enterrement, un bon repas soit servi aux prisonniers de la prison centrale de Cotonou.
5 - Qu’on m’enterre où l’on voudra. Un seul souhait à ce sujet: libérer mon cercueil de toute couronne de fleurs artificielles ou naturelle : Je voudrais pouvoir y respirer seulement l’odeur de Dieu ! La vie ici bas et dans l’eau est identique, une seule différence : Celui que nous voyons ici comme dans un miroir, nous le verrons face à face dans une profonde et éternelle éternité…Mais nous ne nous quittons pas!
A toujours !
Christi Servus in Patris spiritu
Fait à Cotonou-Ouidah
ce 1er avril 1984
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