Lettre ouverte au peuple béninois
10 mars 2009 - FRATERNITE
par La Rédaction
Les preuves évidentes de la crise politique persistante dans le pays, les causes et origines lointaines ainsi que les scénarios et solutions envisageables justifient à plus d’un titre la nécessité de multiplier des appels à la vigilance, à la raison et à la mobilisation pour prévenir le pire...
Béninoises, Béninois de toutes régions,
Béninoises, Béninois de toutes cultures,
Béninoises, Béninois de toutes tendances politiques,
Béninoises, Béninois de tous âges,
Béninoises, Béninois de toutes conditions,
Béninoises, Béninois,
En guise d’aperçu pour le message que je vous adresse, ...
La présente lettre vise à vous faire prendre conscience des preuves évidentes et scientifiquement établies de la crise politique persistante dans le pays, de ses causes et origines lointaines ainsi que les scénarios et solutions envisageables. En espérant qu’au terme de cette lettre vous saurez comprendre qu’aucune issue ne se trouve dans la prise de position pour ou contre un des camps politiques en conflit, et que la crise est liée à la nature même de nos pays conçus pour être instables, j’ai la ferme conviction que chacun comprendra le besoin impératif et urgent d’un consensus minimum qu’il ne faut du tout confondre ni à des solutions qui font l’unanimité, ni à la convergence sur tous les points. Les bases fondamentales de la vie du pays nécessitent cependant un minimum de consensus.
Partons d’un rappel de l’histoire et des conditions de la création de nos pays ...
Les territoires actuels de nos pays sont décidés depuis la Conférence de Berlin qui visait à créer les conditions d’occupation et d’exploitation de l’Afrique par les Européens. Cette conférence et le découpage de l’Afrique qui en a découlé sont fondés sur des principes et intérêts étrangers a priori incompatibles avec toute possibilité de mobilisation interne des peuples de nos territoires.
La stratégie d’occupation des territoires et de soumission des peuples a en effet connu trois niveaux : au premier niveau, d’abord sur le plan militaire, la force a été utilisée pour maîtriser et soumettre chaque peuple individuellement. Ensuite, une fois qu’un peuple a été soumis, les actions suivantes au second niveau sont sur le plan politique. Ces actions ont consisté d’une part, à utiliser les aspects qui divisent les peuples et communautés entre eux et en leur sein, afin d’affaiblir les capacités de l’ensemble de ces peuples à résister. D’autre part, toujours sur le plan politique, les actions ont identifié tout ce qui unissait les peuples afin de le détruire pour que cela ne constitue pas une menace à l’occupation. Au troisième niveau, ce sont les actions économiques qui ont été menées selon une stratégie essentiellement tournée vers la satisfaction des besoins économiques de l’Europe. En même temps qu’il était question de fournir des matières premières aux industries européennes par le travail forcé, la confiscation des produits et biens des populations indigènes a été systématique tandis que la stratégie devrait s’étendre à la création de nouveaux besoins chez les Nègres notamment des besoins dont les colonisateurs s’assuraient que les Nègres ne pouvaient pas disposer de moyens de les satisfaire autre que de recourir au commerce européen qui se créait ainsi des débouchés nouveaux dans le cadre d’un commerce déséquilibré.
Jusque là, les Noirs sont considérés comme une espèce ayant un retard mental et social par rapport à l’espèce blanche. En effet, selon les témoignages révélés dans des archives précoloniales, il a été mentionné que des constats précis ont fait considérer la race noire comme inférieure, notamment en comparant la taille et le volume de son cerveau en moyenne faible par rapport à la consistance du cerveau des Blancs, ainsi que la passiveté et la soumission des Noirs aux conditions de la nature sans grande résistance, à quoi s’ajoute l’indifférence des Nègres vivant à la limite de la misère au milieu des ressources et potentialités naturelles importantes disponibles dans leur environnement ambiant.
La nécessité de cohabiter avec les Nègres dans le cadre de l’exploitation coloniale a amené les Blancs à engager des actions visant à améliorer les capacités mentales des indigènes. Les actions sociales plus généralement et en particulier l’instruction à la limite du dressage sont donc menées. Des enfants issues des communautés noires vont connaître l’école occidentale pour peu à peu s’occidentaliser et accéder aux fonctions de collaborateurs du colon. Les conditions sociales privilégiées auxquelles l’instruction donnait accès à des Nègres sont essentiellement liées à la délégation des missions colonisatrices moyennant le partage de quelques avantages dont le colon jouissait dans l’exploitation des peuples d’Afrique. Ces privilèges n’avaient aucun lien avec une meilleure productivité des personnes instruites. L’instruction ne visait donc pas à rendre les personnes plus utiles dans leurs communautés d’origine, mais plutôt à les rendre plus utiles aux missions qui profitent aux colonisateurs. Les privilèges que donnait l’instruction se sont donc imposés comme un idéal et référence pour les ambitions des nouvelles générations de Noirs aspirant à faire partie de l’élite dans les communautés locales afin d’être ainsi épargnés des traitements d’exploitation plus contraignants auxquels les populations indigènes étaient soumises.
La présence Blanche devient de moins en moins avantageuse face une élite noire locale exigeant plus de pouvoirs mais dont le colonisateur s’assurait qu’elle fut loyale aux intérêts occidentaux... C’est dans ce contexte que, d’une part, les colonies ont été définies à la Conférence de Berlin pour les intérêts occidentaux et contre toute capacité de mobilisation des synergies locales déjà anéanties, et d’autre part, ces colonies ont été opérationnalisées suivant des principes dont les valeurs contributives sont défavorables à la prospérité des sociétés et peuples indigènes. A mesure que le colonisateur trouvait au sein des Nègres des représentants capables de pérenniser l’administration coloniale en faveur des intérêts occidentaux, la présence physique Blanche sur les territoires colonisés s’est progressivement révélée de moins en moins indispensable. La pression de l’élite noire locale déconnectée, bien que consciente de sa dépendance sociale vis-à-vis du colonisateur, lui aussi assuré de préserver ses intérêts économiques coloniaux, aboutit à une situation qui a rendu la présence physique Blanche de moins en moins nécessaire et de moins en moins avantageuse pour les deux parties. Le besoin de plus de pouvoir de l’élite locale en mal de jouir plus pleinement des privilèges encore sous le contrôle direct des colonisateurs va amener cette élite locale noire à la quête des indépendances en échange de la loyauté au colonisateur, à défaut de laquelle loyauté, tout comportement suspect de profonde et véritable indépendance se soldait par des interventions visant à mettre hors d’état de nuire aux intérêts coloniaux. Les éliminations systématiques et tous azimut de leaders africains épris d’indépendance, sont enregistrées dès que leur activisme tendait à menacer les intérêts coloniaux.
Les indépendances vont donc voir s’ériger en pays, les territoires contre nature et incohérents d’anciennes colonies, regroupant des peuples hétéroclites ayant à leur tête une élite déconnectée et sans compétences opérationnelles pour assurer la prospérité des communautés de base, autre que des compétences utiles en contexte de collaboration avec l’ancienne administration colonisation. Cette situation va être très difficile à gérer de manière durable car l’élite locale ne va par disposer du même contexte que celui de l’exploitation classique que le colonisateur pouvait mettre en œuvre. Ainsi, l’élite issue des communautés noires ayant hérité du pouvoir colonial d’administrer la colonie indépendante, n’a pas bénéficié des mêmes dispositions relationnelles avec les masses colonisées pour poursuivre sous sa propre responsabilité l’exploitation des peuples dont cette élite partage les origines. Cette élite n’a cependant pas renoncé aux privilèges coloniaux de son rang accordés du fait de son instruction. Les biens et richesses mobilisées par les peuples noirs et mis sous la gestion de l’élite vont ainsi servir à satisfaire les privilèges de cette élite héritière des pouvoirs politiques et administratifs coloniaux. Contrairement au colonisateur qui avait la mission ultime de satisfaire les intérêts des peuples occidentaux, l’élite locale au pouvoir n’avait pas d’impératifs vis-à-vis de son propre peuple et pouvait se contenter d’honorer par sa loyauté les intérêts de l’ancien colonisateur pour conserver les privilèges que lui confère le pouvoir.
Au sein de l’élite locale noire, chaque gouvernant ou administrateur de l’ancienne colonie désormais indépendante, dispose ainsi de pouvoirs qui couvrent de vastes territoires et des ensembles de peuples, dépassant largement les limites des peuples auxquels ce gouvernant ou administrateur noir s’identifie profondément. Au sein de la communauté la plus proche du gouvernant noir, la considération que réserve l’élite aux masses non instruites est aussi banalisée que celle que réservaient les colonisateurs à ces indigènes. A la limite, le sentiment de parenté ou d’appartenance à la même communauté de base, a pu parfois et si souvent permettre de privilégier son village, son clan, son ethnie ou sa région selon les moyens, laissant le gouvernant Nègre si souvent se comporter en colonisateur des peuples et communautés dont il ne perçoit que peu d’affinité avec ses origines personnelles. Des relations de mépris ou d’indifférences et des conflits d’intérêts entre les communautés et peuples autres que ceux du gouvernant avec ces derniers, s’ajoutaient dans le subconscient des hommes de pouvoir qui pouvaient bien entretenir le sentiment de ne pas mal faire lorsque les ressources destinées à un ensemble de peuples du même territoire sont consacrées aux communautés proches du gouvernant, à sa propre personne, aux intérêts coloniaux ainsi qu’aux autres personnes qui font partie de l’élite mais qui sont mises à l’abri du besoins par le système bureaucratique d’affectation dans l’administration publique avec le droit de gagner sans rien produire parce qu’on est instruit ou nanti d’un diplôme, système colonial oblige.
Les appétits voraces et gloutons de l’élite vont progressivement épuiser les ressources disponibles par deux moyens : d’une part, les ressources mobilisées et les capacités productrices des entreprises héritées de la colonisation vont peu à peu s’estomper en raison de la mauvaise gestion. D’autre part, le contexte sociopolitique et juridique va faire émerger des questions de droits de l’homme et de libertés qui ne vont plus permettre à l’élite locale noire au pouvoir d’exercer une administration d’exploitation des siens par force. Dans une certaine mesure ce type d’exploitation s’est établi vis-à-vis des communautés les moins voisines de celle de chaque gouvernant.
Les luttes d’intérêts pour le pouvoir au sein d’une élite divisée par des intérêts identitaires divergents vont alimenter l’instabilité originellement programmée dans le découpage des territoires d’Afrique par le colonisateur. Les choses qui divisent deviennent donc de loin plus importantes que celles qui unissent au sein des pays hérités d’anciennes colonies. Et par conséquent, les pays africains sont demeurées des tours de Babel dont les ouvriers sont condamnés à ne pas pouvoir se comprendre et même se parler pour poursuivre et achever un ouvrage. Ces pays sans identité, vont progressivement asseoir leurs bases incompatibles avec tout esprit de Patrie et de Nation. Au fur et à mesure que l’élite ou la population instruite s’accroît, les champs territoriaux de pouvoirs conflictuels avec les privilèges attendus de l’instruction se ramènent à des territoires plus réduits localement à une région, une ethnie, un clan, une famille, etc.
La division du pays en différents grands groupes d’intérêt sur des bases identitaires en fait une véritable tour de Babel...
Dans le cas du Bénin, les intérêts identitaires défendus par les premières élites en quête de pouvoir divisent le pays en trois voire quatre grands groupes d’intérêts dès 1945. Les difficultés de convergence vont justifier le recours à la force par des coups d’Etat. Toutes les tentatives de concertation et de négociations vont échouer faute de confiance suffisante entre les groupes représentés par leurs leaders au sein de l’élite. Même le recours aux outils démocratiques s’est soldé depuis 1960, par des élections présidentielles jamais menées à leur terme. Le seul moyen courant d’accès au pouvoir a été la force par les coups d’Etat. Une tentative de partage du pouvoir a même envisagé une entente entre trois des leaders de groupes d’intérêts pour qu’ils passent à tour de rôle au pouvoir, signifiant ainsi à quel point il était important d’avoir le pouvoir, mais qu’il était difficile de le confier à l’un des groupes de peur que les autres groupes soient desservis. L’expérience d’un pouvoir de force obtenu et conduit par la force, avec une option idéologique unique, semble avoir été source de plus de stabilité politique dans le pays, tant que le pouvoir en place pouvait cultiver des valeurs d’unité.
La situation observée au sommet du pouvoir a tôt fait de descendre à tous les niveaux plus bas de la gestion publique. Toute responsabilité exercée par une personne au nom de tout le pays, donne le sentiment qu’on a beaucoup de ressources à gérer mais peu de communautés à servir au détriment du reste des communautés qui auront commis le seul péché de ne pas être de la même identité ou origine qu’est la famille, le clan, l’ethnie, la région de la personne mandatée. Aujourd’hui, avec les tentatives de délégation des pouvoirs au niveau local, le même phénomène tend à se reproduire au niveau local dans la mesure où les unités locales qui opérationnalisent ces pouvoirs locaux sont issues du même schéma colonial qui a promu la division des communautés homogènes pour les regrouper en de nouvelles communautés hétéroclites ayant des traditions de voisinage conflictuel, de méfiance et de mépris. L’instabilité à la tête des collectivités locales et les divergences d’intérêt politiques sont manifestes. Aux frontières de l’ensemble du territoire, le sentiment d’appartenance au pays est presque absent. Les communautés de pays voisins sont parfois ressenties comme plus proches de part et d’autre des frontières. Les conflits frontaliers sont permanents puisque les frontières artificiellement établies à partir de la Conférence de Berlin jusqu’aux indépendances n’ont aucun lien avec l’histoire et les intérêts des communautés et peuples.
Voilà l’état de pays qu’on traîne depuis la colonisation et les indépendances jusqu’à ce jour. De rares hommes de pouvoirs qui ont réussi à stabiliser politiquement nos pays l’ont fait au prix de la force et du mythe.
Voici les manifestations logiques de la crise et les causes actuelles évidentes...
Au Bénin en particulier, on retiendra que sur les 49 années des indépendances depuis 1960, 12 années de 1960 à 1972 ont été très instables politiquement avec 6 coups d’Etat militaires, 17 années de pacification politique 1972 à 1989 ont connu l’imposition d’un parti unique après un coup d’Etat. Les 15 années de 1990 à 2006 ont été politiquement pacifiées par un consensus sur le choix de l’option démocratique grâce à une Conférence des forces vives.
Quels scénarios devrait-on envisager pour le Bénin à partir de 2005...
Depuis 2005, une nouvelle expérience est entamée. L’histoire politique du pays nous a déjà suffisamment révélé des phénomènes connus par le passé et qu’on observe actuellement. Ainsi, on a pu envisager progressivement l’existence de cinq scénarios à partir de 2005. Le 1er scénario dit optimiste mais qui s’est révélé peu réaliste prévoyait en 2005, un pouvoir en place qui rassemblerait par sa neutralité, toutes les forces vives comme ce fut le cas 15 ans auparavant après la Conférence des forces vives au cours d’une transition. Toute initiative visant ce scénario aurait paru comme une tendance de l’ancien pouvoir de ne pas vouloir mettre un terme à son mandat et n’aurait pas eu l’adhésion de toutes les forces en raison de la mobilisation général autour des combats contre la révision de la Constitution et pour une alternance. D’où ce scénario ne pouvait pas être réaliste ; un 2nd scénario dit réaliste envisageait à partir de 2006 que tout pouvoir mis en place ait eu la lecture empirique et historique du besoin de réaliser un consensus au plus tard en 2005. Dans ce contexte, il aurait fallu que ce pouvoir se donne un caractère de transition, engage de vastes chantiers de recherche de consensus politiques, établisse les bases politiques consensuelles d’une génération de 15 ans et actualise les domaines fondamentaux aujourd’hui contentieux comme la constitution, le dispositif électoral, le découpage territorial, etc. Il a été cependant observé une orientation politique optionnelle qui est en face de divergences d’intérêts des groupes politiques. Cette approche est peu favorable au scénario réaliste. Un 3ème scénario plutôt pessimiste envisage avant les législatives de 2007 la formation de 2 groupes raisonnablement opposés à savoir d’un côté le nouveau pouvoir s’associant à un des anciens camps politiques contre l’autre (FCBE + ancienne mouvance contre ancienne opposition, ou FCBE + ancienne opposition contre ancienne mouvance). Ce scénario qui aurait poursuivi l’atmosphère vécue au cours des anciens régimes aurait permis de maintenir le statu quo pour éviter d’autres scénarios moins souhaitables. Cependant, suite à la formation bloc homogène autour du pouvoir, on a observé la non adhésion des anciennes forces politiques à la tendance unitaire autour du pouvoir. D’où le scénario 3 n’a pu se réaliser ; le 4ème scénario du moins catastrophique envisagé au lendemain des législatives de 2007 est de voir émerger trois camps mettant en scène les deux anciens groupes politiques opposés toujours séparés d’une part en face d’autre part, d’un troisième nouveau camp au pouvoir (UBF, RB, FCBE). Ce schéma ne s’est pas observé pendant longtemps à la suite de l’installation du bureau de l’assemblée, de démobilisation du gouvernement qui associait les alliés du 2nd tour des élections ainsi que les adversités nées des divergences autour des municipales et de la désignation des membres d’institutions de la république. Il y a dès lors plus à s’inquiéter pour ce qui se réalise actuellement, car, nul ne pouvait envisager un 5ème scénario apocalypse aujourd’hui plausible, où deux camps rangés sont en antagonismes, avec au sein de l’un des camps, une coalition d’anciennes forces politiquement opposées ou adversaires (UBF et RB) qui se mettent ensemble (G et F) contre au nouveau pouvoir (FCBE). Pour les stratèges, au plan militaire, deux anciens adversaires ne se mettent pas ensemble contre un troisième pour négocier. En règle général, un tel scénario est apocalyptique en contexte de crise, car ce genre d’union entre adversaires n’est possibles que dans deux cas : soit pour une nécessité de se réconcilier parce que les divergences sont aplanies (éventualité exclue), soit pour aller en guerre contre un adversaire commun (éventualité probable).
Dans tous les cas, aucune analyse stratégique inspirée des règles militaires ne permet un optimisme en cas de mobilisation des forces en deux camps. L’esprit de guerre n’est souvent plus loin. S’il est permis, de prévenir le scénario actuellement le plus probable, la situation au regard de l’histoire politique du pays n’est pas d’esprit à plaisanter comme on semble se plaire à le faire selon qu’on soit proche du pouvoir, ou qu’on se sente méprisé dans les méthodes actuelles de gestion du pouvoir et les modes de mobilisation et d’organisation des groupes d’intérêts politiques. En guise d’analyse des issues de la crise encore envisageables, on retient qu’en dépit de toute stratégie, on est bel et bien dans une crise politique qui en plus va au-delà des scénarios pessimistes et catastrophes pour nous soumettre au scénario apocalypse... Les solutions sont à rechercher dans les expériences et l’histoire du pays. En nous inspirant du " Manifeste de science politique nouvelle pour un Bénin de consensus ", l’analyse ci-après propose des solutions envisageables.
Quels sont donc les modes de sortie de crise connus au Bénin au lendemain des indépendances et les perspectives de leur utilisation actuelle ?
Les crises politiques au Bénin après les indépendances on connu trois types d’issues : la 1ère forme d’issue est celle des coups d’Etat militaires qui interviennent lorsque les pouvoirs laissent persister la crises. La 2ème forme d’issue qui a été unique et très brève parce que inadéquate est l’entente officielle entre des leaders politiques pour passer à tour de rôle au pouvoir au sein d’un directoire surnommé le " monstre à trois têtes " ; on note donc après 1960, plus d’une décennie d’incapacité à trouver des issues démocratiques souvent marquées par des élections terminées par des affrontements entre les parties en compétition jusqu’en 1972. La 3ème issue est celle unique, durable et consensuelle offerte par l’historique Conférence des forces vives, qui a connue une entente formelle (non pas entre des leaders) mais entre des composantes représentatives des forces vives des peuples et communautés du pays, assortie de consensus sur les options et bases politiques à envisager. Cette 3ème issue a ouvert la récurrence de la 4ème forme d’issue qu’est celle des élections démocratiques non pas sans quelques insuffisances. Ces élections déjà expérimentées à quatre reprises depuis 1990 pour les présidentielles, présentent deux éléments majeurs de comparaison avec les tentatives démocratiques de la première décennie des indépendances. Ainsi on observe ce qui suit ;
Les similitudes entre la décennie des indépendances et l’ère du renouveau démocratique : les élections se déroulent depuis 1990 dans les mêmes conditions de faible crédibilité des résultats qu’aux élections de la 1ère décennie 1960-1970 après les indépendances. La faible crédibilité s’est exprimée par les annulation de près de 35% des suffrages en 1991 en raison de violences électorales dans les fiefs d’un candidat ; les arrestations politiques (affaire KOUANDETE) et les fusillades à Tanguiéta (affaire BANDELE suite de l’affaire TAWES) à la veille des élections présidentielles dans les fiefs d’un candidat potentiel favori en 1996 avec un risque de violences électorales ; les démissions en cascade des candidats boycottant le second tour de l’élection présidentielle de 2001 pour dénoncer des irrégularités en face d’un candidat arrivé en tête du 1er tour, mettant le pays en face d’une situation non prévue par la constitution ; les conditions d’organisation des élections présidentielles de 2006 marquées par des incertitudes jusqu’à leur terme le 05 avril 2006. Toutes ces conditions étant semblables à celles des consultations électorales inachevées entre 1960 et 1972, auraient pu aboutir aux mêmes situations.
Les dissemblances entre les conditions et issues des consultations électorales des deux périodes : les résultats des élections ont été en général rejetés dans les années 60s alors que ceux depuis 1990 sont acceptés ou respectés malgré les doutes sur leur crédibilité et les conditions similaires d’obtention des résultats sur les deux période. Plusieurs éléments différencient les deux périodes. Un premier élément constant est la participation du Président Kérékou, qui a su souvent renoncer à une par du pouvoir pour ne pas remettre en cause l’issue ou le déroulement des élections. Il a toujours été présent dans ces élections soit en tant que candidat malheureux malgré les failles électorales (annulation des voix en 1991), soit en tant que candidat vainqueur (1996 et 2001), soit comme candidat sortant (2006). Une présence qui semble avoir permis que les élections aillent à leur terme dans le respect constitutionnel. Cet acteur aurait pu remettre en cause l’issue des élections de 1991 au péril du pays en prétextant les conditions de déroulement des élections. Il en a accepté les résultats pour s’en aller. En 1996 une récupération politique des événements préélectoraux (arrestations politiques et fusillades) aurait pu se faire sur la base des dénonciations et revendications pour perturber les élections. Ceci n’aurait pas permis le déroulement paisible des scrutins. En 2001, on a pu simplement constater des défections qui auraient pu amener un candidat à s’autoproclamer gagnant des élections au 1er tour, mais de lourdes concessions politiques de sa part ont été nécessaires pour poursuivre le jeu démocratique. En 2006, le pays aurait pu tomber dans un piège si la convocation in extremis du 2nd tour n’avait pas eu lieu et qu’il y eut un vide constitutionnel le 05 avril 2006 faute de résultats disponibles pour le 2nd tour. Une telle opportunité aurait pu amener des acteurs politiques à récupérer la situation pour conserver le pouvoir et faire reprendre les élections en passant par l’intérim du Président de l’Assemblée Nationale puis une nouvelle organisation dans les délais de trois mois, mais avec un risque de ne pas garantir la neutralité que constituait l’organisation d’une élection par un Président qui ne se représentait pas comme candidat et qui ne pris partie officiellement pour aucune des candidatures en compétition, neutralité facilitant l’acceptation des résultats par tous.
On se souviendra également, que jamais des mouvements militaires intérieurs n’ont été enregistré sur les 27 années de pouvoir du personnage Kérékou et que des crises politiques ont toujours été évitées ou maîtrisées par son pouvoir qui à la limite de la contrainte et de la pression populaire, s’est souvent remis en cause. A l’opposé, les 22 autres années connues hors du pouvoir de ce personnage, sont les périodes marquées par des coups d’Etat persistants (1964-1972), des mutineries militaires d’officiers (cas TAWES de la période 1991-1996) et actuellement les remous et frustrations politiques d’une ampleur perceptible à la limite de la crise politique tels que analysés dans les scénarios ci-dessus. Enfin, notons qu’à la différence des systèmes politiques des années d’indépendances, les choix constitutionnels actuels ont pris la précaution d’envoyer les hommes d’armes aux casernes pour éviter le retour à leur intervention persistante. L’enjeux est de les y maintenir en gérant au mieux les crises politiques.
En conséquence, s’agissant des solutions qui nécessitent la mobilisation générale de tous et de chacun...
La 1ère question porteuse de solution est de savoir ce qu’il faut capitaliser comme expérience des pouvoirs qui ont réussi à stabiliser politiquement le pays et à éviter des crises qui en d’autres circonstances ont engendré l’intervention de la force militaire au Bénin. La 2ème question est de savoir en cas de crise, ce qui a été la meilleure approche pour en sortir. La 3ème question est de savoir comment tenir compte de l’histoire pour établir un pays dans lequel les conditions de crises peuvent être éliminées ou maîtrisées.
A ces questions, les réponses ci-après sont à considérer :
La stabilité politique et militaire est au prix de comportements qui évitent l’exclusivisme politique en inadéquation avec les divergences d’intérêt et d’identités des groupes vivant dans nos pays originellement incohérents et qui exigent le respect de la différence.
En cas de crise profonde, pour éviter les coups de forces, il faut opter pour des démarches consensuelles comme celle de la Conférence des forces vives
Et pour éradiquer les causes originelles profondes d’instabilité de nos pays, il faut systématiser la recherche du consensus durable. L’option proposée dans le Manifeste de science politique nouvelle pour un Bénin de consensus est l’institutionnalisation de la Conférence des forces vives au rythme cyclique de la survenue des crises observées chaque 15 ans, pour anticiper sur les crises et progressivement parvenir à un pays plus stable. Il s’agit du seul modèle expérimenté qui ait donné des résultats appréciables.
Le constat évident de la crise actuelle et l’existence des solutions sont en définitive de nature à ne pas permettre toute négligence des acteurs politiques quel que soit leur bord politique. Un appel à la mobilisation générale est donc lancé à toutes les forces vives. La présente lettre ouverte donne une synthèse de l’analyse scientifique de l’ouvrage de plus de 200 pages dont elle est inspirée et qui est intitulé "MANIFESTE DE SCIENCE POLITIQUE NOUVELLE POUR UN BENIN DE CONSENSUS : Relire l’histoire des peuples du Bénin pour recréer un pays de Consensus".
Cet ouvrage disponible en tirage spécial peut être commandé par les contacts ci-après Tel : 95-14-27-29/90-01-87-23/97-29-02-43 Email : erilyce@yahoo.fr
Vive le Bénin de Consensus !
Je vous remercie,
Eric NENEHIDINI
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