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Le reflet perdu

vendredi 13 mars 2009, par Arimi CHOUBADE

 

Que ne donneraient pas les émergents pour revivre la même campagne électorale qu’en 2006 ? À l’époque où, en panne de repère, le Bénin était prêt à n’importe quelle aventure. L’essentiel était de sortir de l’impasse Kékéréké. Le docteur-banquier pouvait alors vendre à bon marché l’illusion de l’homme providentiel, le hoodjato (coupeur d’argent) comme on le désignait avec emphase dans les villages du Mono-Couffo. Le principe était d’une platitude déconcertante : il suffisait au président de la Banque ouest africaine de développement d’alors, Yayi Boni, de se montrer aux côtés des ministres voire du président Kérékou sur tous les chantiers financés ou cofinancés par son institution. Des séances d’exhibition empreintes de folklore et d’exotisme admirablement mis en scène du genre de la parade à cheval dans les rues de Parakou dont le maître de cérémonie n’était rien d’autre que l’honorable Rachidi Gbadamassi, ancien maire de métropole du septentrion. A l’occasion notables, chefs religieux, têtes couronnées adulaient ce bienfaiteur promis à la succession du général-caméléon.

 

En 2009 sur la route de 2011, autre décor. Trois ans d’embourbement du Changement, le docteur-président qui court désespérément après un reflet qui avait si bien marché. Celui de l’exhibitionnisme médiatique bousculant toutes les règles de la communication moderne. Une pose de première pierre, une inauguration, un concert, un chantier d’infrastructure à visiter, une mission à l’étranger ou à l’intérieur du pays ; tout est prétexte pour saoûler les téléspectateurs béninois. Au petit déjeuner, au déjeuner, au dîner. Les téléfilms du Changement absorbent tous les chefs de programmes de télévision. Voir Yayi Boni au réveil, au bureau, au bistrot, au marché et avant de s’assoupir le soir. L’image de cet infatigable développeur doté d’un surnaturel don d’ubiquité. Le Yayi partout...

 

Les experts de la Marina auraient quand même pu faire preuve d’un peu d’ingéniosité en se convaincant du fait que le contexte a beaucoup évolué. La posture du magicien qui se met en évidence à l’occasion d’actions de salut public comme la construction d’infrastructures sociocommunautaires ne fait plus recette. Cette sorte de père noël traversant toutes les saisons de l’année dès l’instant où le peuple affamé a besoin de lui. Après trois années passées à la Marina, c’est un Yayi Boni, président d’un Etat pauvre très très endetté qui apparaît devant ses compatriotes, impuissant face à l’immensité de la misère. Un président contraint de trancher entre les revendications des travailleurs, l’entretien de la cour de courtisans et la réélection. Des défis concurrents. Chaque fois qu’un conseiller technique s’achète un rutilant carrosse, au dessus de ses moyens, en se servant des deniers publics, ce sont des écoles, des dispensaires qui manquent de financement.

 

Que dire de l’argent stocké dans un compte spécial à la Bceao alors que l’aménagement des pistes rurales est resté gelé pendant des années pour des raisons d’austérité budgétaire ? Parce qu’il fallait entretenir marcheurs et organisateurs de meetings en vue d’une réélection. Avec une telle relation opportuniste avec les ressources de l’Etat, le Changement ne peut plus mousser comme en 2006. Et puis, drapé de son drap immaculé, Yayi n’avait pas à gérer le courroux de gens martyrisé à des fins de propagande comme Fagbohoun, Talon, Lawal, Adjovi, Salé, Soglo, Amoussou ; la liste n’arrête de s’allonger. Les émergents sont plus loin du scénario gagnant qui les a amené au pouvoir. La tromperie et l’usurpation ont vécu. Le temps d’un mandat. Ce n’est pas de machines agricoles que Yayi a besoin pour reconquérir les cœurs mais d’une machine à remonter le temps.

 

La magie de 2006 a pris beaucoup de rides…



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Tag(s) : #EDITORIAL
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