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Courrier international - 13 mars 2009

BURKINA FASO - Touche pas à mon "poulet-bicyclette" !

 

Au Burkina Faso, l'élevage de poulets est une activité en plein développement. Les consommateurs, eux, font clairement la distinction entre les poulets locaux et les "poulets de Blancs", témoigne Le Pays.
Ouagadougou pullule de vendeurs de poulets grillés. C'est le fameux "poulet-bicyclette", cette race locale aux longues pattes qui a fait et continue de faire la réputation du Burkina à l'extérieur. Chaque quartier de la ville de Ouagadougou a pratiquement sa rue de grilleurs de poulets. Les vendeurs les proposent sous toutes les formes : sautés, grillés, à l'ail... Les prix varient en fonction du lieu et de la forme choisie. Ainsi, chez Poulet Bissimilah, Moussa affiche ses prix : 2 300 francs CFA [3,50 euros] le "poulet télévisé" [à consommer devant la télévision]. En ce début de soirée, ce n'est pas encore la grande affluence chez lui. Mais, Inch Allah ! il espère en vendre une dizaine avant la fermeture. Chaque étal de grilleurs emploie au moins deux personnes. En période de fêtes, comme les baptêmes chrétiens ou le nouvel an, des pics de consommation créent la pénurie chez les grilleurs, ce qui renchérit le prix du poulet. Autant dire que la filière aviaire traditionnelle a de beaux jours devant elle : l'élevage de poulets est devenu une occupation lucrative et est en train de se structurer dans les zones rurales. Ainsi le département de Poa, dans la région de Koudougou [une ville moyenne à l'ouest de la capitale] a-t-il désormais sa fête du poulet, un rendez-vous annuel pour tous les amateurs de gallinacés. "Je suis dans ce type d'élevage depuis huit ans, explique Ablassé Nana. Cette activité me permet d'assurer la scolarité de mes enfants et d'entretenir ma famille." La commercialisation est devenue plus aisée avec l'opportunité de la fête du poulet de Poa, qui permet de faire de bons chiffres d'affaires. Rasmané Zongo est lui aussi dans l'élevage traditionnel. La trentaine bien sonnée, il est devenu aviculteur par la force des choses. "Je fréquentais l'école, et c'est par manque de soutien que je suis venu à la terre et à l'élevage. C'est une activité que nos grands-parents ont toujours pratiquée, donc je n'ai pas eu trop de difficultés." La région de Poa compte pas moins de 20 000 têtes de poulets. L'élevage traditionnel est pratiqué dans presque toutes les familles, et certaines fermes comptent plus de 1 000 têtes. La race locale [le "poulet cycliste"] est dite plus résistante, supporte mieux certaines maladies. Le Burkina en produit plus de 34 millions par an pour ses besoins de consommation, et le surplus est vendu à l'exportation. De surcroît, elle ne coûte pas aussi cher en alimentation que les "poulets de Blancs", affirme Zongo. Ces derniers, issus de l'aviculture moderne, apparaissent sur le marché de la volaille notamment pendant les périodes de grandes fêtes. Certaines fermes sont spécialisées dans ce qu'on appelle les poulets de chair. Le poulet est nourri et mis sur le marché au bout de quatre mois. "C'est un boulot qui n'est pas facile, soupire Mme Compaoré, parce qu'il faut beaucoup d'attention et d'argent pour faire tourner l'exploitation." D'ailleurs, en face de son bâtiment, une grande ferme est vide : le promoteur n'a pas pu tenir le coup. Mme Compaoré a dû embaucher trois jeunes pour la relayer et, au besoin, elle dort sur le site pour surveiller les poussins. Toutefois, de nombreuses fermes avicoles ont succombé au passage de la grippe aviaire [en 2006]. Aujourd'hui, le cheptel est estimé à 168 000 têtes, contre près de 400 000 avant la pandémie.
Et la flambée générale des prix des céréales n'arrange pas les choses. Le prix du maïs, du son de blé et du soja, qui entrent dans la composition de l'alimentation de la volaille, a littéralement explosé, alors que celui de l'œuf stagne. Nikiema Saydou, vendeur de poulets depuis 1979, reconnaît cependant faire plus de marge sur le poulet réformé quand le poulet local se fait rare. Mais c'est ce dernier que les ménages préfèrent, souligne-t-il. Il est plus facile à cuire et nécessite moins d'assaisonnement. "Même les grilleurs qui viennent acheter ici font cuire les poulets réformés à l'huile ou les font rôtir", constate un autre vendeur, Gamba Kafando. "Leur cuisson prend plus de temps parce que leur chair n'est pas aussi tendre que celle du poulet local." Ce n'est donc pas demain que le "poulet de Blancs" concurrencera le poulet local.



Repère

Le "poulet-bicyclette" est une institution au Burkina comme dans d'autres pays du Sahel. Il a beau étonner les visiteurs étrangers par sa petite taille et son faible gabarit, sa chair est très savoureuse. Selon le journaliste du Pays, le terme "poulet-bicyclette" aurait deux origines : il serait dû, certes, à la façon de courir de ces poulets, propulsés sur leurs longues pattes comme par des tours de roue, mais ferait aussi référence aux vendeurs de poulets qui, du village, se déplacent à vélo vers le marché. Pour protéger la filière avicole, les pouvoirs publics ont mis en œuvre une campagne de vaccination des volailles. Car, en cas de maladie, le taux de perte peut atteindre 80 % d'une basse-cour. Par opposition à l'élevage traditionnel, la filière avicole moderne vise la production d'œufs et ne vend des volailles qu'en fin de parcours, les poulets "réformés".



Abdoulaye Tao
Le Pays
 © Courrier international 2009 | ISSN de la publication électronique : 1768-3076    


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Tag(s) : #COUPS DE COEUR
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