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La gratuité de la césarienne : une question de méthode


Mercredi 18 mars 2009

Pour être vraiment bonne, une décision se doit d’être exécutée dans de bonnes conditions. C’est l’exigence qu’il convient d’affirmer au sujet de la gratuité de la césarienne. Car que vaudrait une mesure de portée sociale, mais qui, dans sa mise en œuvre, devait éclore sur un terrain à peine déblayé, avec, pour la suivre, des gens à peine préparés et informés ?



La gratuite de la césarienne aurait dû intervenir depuis décembre 2008. On  suppose qu’une telle date n’a pas été arrêtée par hasard, qu’on s’est donné assez de raisons et de chances de l’honorer, qu’on a planifié, dans le temps, un certain nombre d’actions devant y conduire, devant y aboutir.
C’est parce que nous ne nous sommes pas assez interrogés sur les conditions à réunir pour rendre effective, à date échue, cette mesure que nous avions été obligés de battre en retraite, nous risquant, une fois de plus, à prendre un autre rendez-vous avec les Béninois pour le 1er avril 2009. Sur  cette date, gardons-nous, de jeter la pierre à ceux qui y ont vu « un gros poisson d’avril ». Ils ont plus de suite dans leur esprit que nous, nous n’en avons dans nos décisions.

Les Béninois attendent de pied ferme la gratuité de la césarienne le 1er avril prochain,  malgré les gags et les plaisanteries qui marquent cette journée. Les plus pauvres et les plus démunis d’entre eux anticipent leur bonheur, celui de se libérer d’une obsession longtemps entretenue et qui les fixait sur l’équation « césarienne égal mort ».

Malheureusement, tout nous porte à croire que nous n’avons pas mis à profit le délai des trois mois supplémentaires que nous nous sommes accordé. Sinon, comment comprendre que c’est seulement depuis ce lundi 16 mars, soit deux semaines avant le 1er avril, que le Ministre de la Santé publique démarre la tournée de nos principaux centres hospitaliers ? Ce rush de dernière heure renvoie, pour méditation, aux bons et sages conseils du fabuliste : « Rien ne sert de courir, il faut partir à point ». Pour comble d’impréparation, donnant la mesure de l’improvisation qui risque de présider à cette opération, les divers syndicats de santé disent être hors du coup. Ils s’attendent, par conséquent, à être mis devant le fait accompli.

Allons-nous, une fois de plus, rater le coche et nous obliger à choisir une nouvelle date ? Allons-nous nous jeter à l’eau, quoi qu’il advienne, assumant notre impréparation, anticipant, par conséquent, notre échec ? Dans un cas comme dans l’autre, c’est montrer trop de désinvolture face à la misère d’une majorité de Béninois, c’est étaler trop d’ignorance sur l’état d’esprit de ceux-ci. Au cas où on ne le saurait pas, ces Béninois attendent l’effectivité de la gratuité de la césarienne. Cela a, pour eux, valeur d’une planche de salut, d’une bouée de sauvetage.

En effet, dans les différents centres de santé de notre pays où cette intervention médicale a cours, le coût moyen de l’acte est à estimer dans une fourchette de prix variant entre 80 000 et 200 000 francs CFA. C’est nettement au-dessus des capacités financières des 2/3 des ménages béninois. Dans un pays où les trois repas quotidiens ne sont pas assurés à tous. Dans un pays, également, où le Smig reste désespérément scotché au plafond des 27 500 francs CFA. Dans un tel contexte de pénurie et de misère, on ne traite pas à la légère ce qui, pour l’immense majorité des gens, prend tragiquement les allures d’une question de vie et de mort.

Sur un autre plan, les responsables des hôpitaux directement concernés par la gratuité de la césarienne estiment, jusqu’à plus amples informés, n’avoir aucune précision sur les modalités pratiques de mise en oeuvre de la mesure. Gratuité totale ou gratuité partielle ? La césarienne ne se limite pas à l’acte médical proprement dit. Elle touche, également, aux médicaments, aux analyses, à l’hospitalisation ainsi qu’au suivi post opératoire.

En tout cas, on estime à 30 milliards de nos francs le coût de l’opération si elle devait prendre en compte tous ces aspects.  Aurions-nous immédiatement les moyens de notre ambition ? La question mérite d’être posée, par ces temps de crise qui met à genoux la plupart des pays dans le monde. Ne vaut-il pas mieux partir petit avec la volonté d’inscrire cette opération dans la durée que de démarrer en fanfare pour se retrouver complètement aphone, dès l’entame d’une si belle action ?

Et pourquoi devons-nous généraliser la gratuité de la césarienne sans l’avoir d’abord expérimentée dans le cadre d’un projet pilote, sur un espace maîtrisé, avec l’espoir d’en tirer le maximum d’enseignements qui nous confortent dans notre volonté de mener à bien cette belle entreprise ? C’est  une question de méthode, de cohérence et d’organisation.

Jérôme Carlos
La chronique du jour du 18 mars 2009



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Tag(s) : #Politique Béninoise
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