MCA-Bénin
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jeudi 19 mars 2009, par DP Le Grand Journal
Inattendu au pouvoir, Boni Yayi devenu président du Bénin par hasard, a vite découvert les délices de la magistrature. Aujourd’hui dépassé par le rouleau compresseur des G et F et la déception des populations, l’homme de Tchaourou incertain de sa réélection, montre des signes d’un homme prêt, à écarter ou à affaiblir une quelconque candidature autre que la sienne. Aujourd’hui, Pierre Simon Adovèlandé est dans sa ligne de mire.
Romain L. KIKI
Boni Yayi sait qu’il ne pourra rien pour dissuader maître Adrien Houngbédji d’être candidat en 2011. Même si les militants et responsables de son parti sont souvent victimes d’acharnement et d’exclusion.
Hier il a fallu que certains leaders de ses fiefs septentrionaux qui se sont désolidarisés de lui, posent des actes qui suscitent la candidature de Bio Tchané, pour qu’on assiste à des tournées ministérielles pour glorifier Boni Yayi dans le nord du pays et précisément dans la Donga. Les directeurs d’entreprises publiques ont été eux aussi mis dans le jeu. Et pourtant Bio Tchané fils authentique du nord n’a jamais déclaré ni officiellement ni publiquement qu’il est candidat.
Aujourd’hui c’est le coordonnateur national du Millénium Challenge Account-Bénin (MCA), Pierre Simon Adovèlandé qui est ce qu’il convient d’appeler la cible de Boni Yayi pour la simple raison qu’il aurait confié en privé son intention d’être candidat en 2011.
Depuis les actions du MCA-Bénin ont la pédale douce parce que le gouvernement béninois ne joue plus sa partition. Les démarches faites par l’ambassadrice des USA près le Bénin, la représentante du Millénium Challenge Corporation (MCC) n’ont pas suffi à convaincre Boni Yayi sur la nécessité d’agir pour que ce programme accordé par les USA, à huit pays africains seulement, aille jusqu’à son terme. La logique est qu’il faut tout faire pour ravir le contrôle du MCA-Bénin et évincer ou rendre inefficace son coordonnateur sélectionné par les Américains parmi plusieurs candidats. Adovèlandé qui a par ailleurs reçu un satisfécit du gouvernement Américain a commis un péché : L’intention d’être candidat. Il faut donc impérativement l’affaiblir. Pour cela, le chef de l’Etat a convoqué le 12 février dernier l’ambassadrice des USA et la représentante du MCC en présence du coordonnateur béninois pour leur signifier que, " MCA est un programme du Bénin financé par les Américains. C’est donc un programme de tous les Béninois.
Dorénavant, toutes les actions qui seront posées sur le terrain le seront en présence des ministres du gouvernement concernés " dixit le ministre des Finances, Soulé Mana Lawani qui a assisté lui aussi à l’audience. Il a particulièrement mis l’accent ce jour là sur le volet communication.
Dans l’exécution du programme, le MCA-Bénin médiatise certaines de ses activités. Ce qui rend visible Pierre Simon Adovèlandé. Mais est-ce la faute du prédicateur Adovèlandé, si ses fonctions le rendent visible ? Certainement pas.
Cependant, son erreur, c’est d’avoir oublié que Boni Yayi a eu à déclarer qu’au Bénin, après Dieu, c’est lui. Devenir plus visible que Boni Yayi au Bénin est blasphématoire et, avoir l’intention de concourir pour présider aux destinées du Bénin est un crime de lest majesté.
Boni Yayi n’a pas oublié que c’est grâce à la manipulation médiatique des investissements de la Boad dont il était le patron qu’il a pu séduire les Béninois en se présentant comme un messie aux dernières élections présidentielles de mars 2006. Maintenant qu’Adovèlandé est dans la position de quelqu’un qui agit pour régler des problèmes cruciaux de développement, maintenant que la plupart de ses projets entre dans leur phase active, qui le conduira sur les chantiers et améliorera son charisme audiovisuel, il faut le sauter pour avoir moins de challengers en 2011.
Ce qui inquiète le gouvernement et son chef, c’est aussi les 170 milliards dont est doté le MCA-Bénin.
Quand les Etatsuniens mettaient Adovèlandé à la tête du MCA sous le régime Kérékou en 2005, personne ne savait que Boni Yayi allait devenir président du Bénin. Il était donc loin des étapes et études très sérieuses qui ont permis à notre pays d’entrer dans le cercle restreint des pays bénéficiaires. Mais ce n’est pas une raison pour ignorer le " Benin compact ", le contrat qui lie notre pays aux USA dans le cadre de MCA-Bénin. Les différentes pressions pour évincer ou décourager Adovèlandé ont échoué. Les Américains rigoureux et fidèles à leur signature ont sèchement demandé aux Béninois de ne pas toucher au poste inamovible du coordonnateur national. Alors il faut trouver d’autres moyens pour le ridiculiser.
L’exécutif s’est lancé dans ce qu’il convient d’appeler dilatoire et tarde à remplir les conditions indispensables au décaissement des fonds par le gouvernement américain.
On pensait qu’après la rencontre du 12 février 2009, les choses allaient rentrer dans l’ordre puisque ce jour là, le ministre des Finances a précisé que le président de la République a donné des instructions fermes aux différents ministres concernés par cette situation de blocage. Mais à la surprise générale et de façon unilatérale, Boni Yayi pousse le bouchon loin en modifiant unilatéralement la composition du Conseil d’administration du MCA-Bénin, contrairement aux dispositions du " Benin compact ". Mieux il bloque la tenue du Conseil d’administration (CA) du MCA-Bénin dont le président n’est autre que son directeur de cabinet, Nestor Dacko. Ce dernier a annulé in extrémis le CA qui devait se tenir le 4 mars dernier prétextant qu’il revient aux nouveaux membres de fixer une nouvelle date malgré la remarque faite par les USA au Bénin par l’intermédiaire de leur ambassadrice sur l’impossibilité de modifier le CA dans ces conditions là.
Si Boni Yayi ne revient pas rapidement sur sa position, cela viciera nos relations avec les USA et fera perdre à notre pays des dizaines de milliards. Etant donné que tout décaissement de fonds est subordonné à l’acheminement à Washington, des comptes rendus des CA. Mais le constat est que Dacko et son patron restent indifférents, simplement parce que quelqu’un aurait eu l’intention d’être candidat en 2011. Jusqu’où pourra aller ce régime du changement ?
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