lundi 23 mars 2009, par DP Le Grand Journal
Le gouvernement béninois va acheter un oiseau volant dans les tout prochains mois. Dans cette perspective, un homme de confiance du chef de l’Etat (avec ou sans l’aval de ce dernier), en fait une affaire personnelle et ne fait que multiplier les initiatives informelles.
Titus FOLLY
L’achat de l’avion présidentiel est devenu une occasion pour cet officier supérieur proche du chef de l’Etat de programmer des visites touristiques à l’extérieur. Tout porte à croire qu’il vient de découvrir l’opportunité de connaître certains pays qu’il n’avait pas connus lors de son cursus professionnel.
Depuis la mi- décembre que le président Boni Yayi lui a confié ce dossier, il a déjà presque visité certaines grandes capitales au motif qu’il est en prospection. Dans la série de ses villégiatures, il a été déjà aux Etats-Unis pour prendre des contacts dit-il. Ensuite il a été au Brésil, en Russie avec escale dans deux pays de l’Est européen puis en Afrique du Sud. Il y a deux semaines, il était en France avec une cohorte de personnes dont une ressortissante de l’Afrique centrale. La prochaine destination de ce proche de Boni Yayi selon les sources très proches du dossier serait l’Arabie Saoudite et la Chine. Toutes ces démarches sont suspectes car elles ne respectent pas la procédure en la matière. Ce qui fait dire à certains spécialistes qui tiennent à la transparence dans ce dossier, qu’on tend vers un énième scandale sous l’ère Yayi.
D’abord pour acquérir cet appareil, il est de bon ton qu’on mette en place une commission interministérielle composée des départements des Finances, des Transports, de la Défense et de manière accessoire la présidence de la République pour identifier l’appareil et son coût.
Ensuite, c’est sur cette base qu’il faut faire une prévision et l’inscrire dans une loi de finances, loi qui doit être votée. La Commission nationale des marchés publics se chargera à l’étape suivante de lancer un appel d’offre international dans les règles de l’art pour l’acquisition de cet oiseau volant. Dans cette perspective, on doit savoir le type de l’annonce, l’avis d’attribution, le type de procédure, la date d’envoi à la publication, la date d’attribution du marché et la date d’envoi du marché. Aussi urge t-il de connaître l’annonce d’appel d’offre de référence et la référence d’identification du marché qui figure dans l’appel d’offre. Voilà des normes internationales immuables pour l’acquisition d’un appareil de ce genre.
Mais à l’analyse, il se fait qu’on observe déjà des violations quant à l’acquisition de cet oiseau volant. De sources proches même du Palais de la Marina, c’est par une démarche unilatérale que cet officier se retrouve en première ligne en lieu et place de la commission interministérielle. Mieux il n’a pas le profil comme ce fut le cas du général Mama Sika, un pilote chevronné qui s’est occupé d’un pareil dossier durant la décennie Kérékou. C’est sur la base de la simple confiance qui existe entre lui et le chef de l’Etat qu’il se retrouve au front. Conscient sûrement de sa situation illégale, il n’a pas daigné nous recevoir en dépit de toutes nos tentatives pour en savoir davantage sur ce dossier. Si on doit acheter un avion présidentiel au cours de cette année 2009, ce sera en violation des dispositions législatives. Mathieu Kérékou par exemple le sait très bien puisque en son temps, en 2002, une prévision pour l’achat de l’avion présidentiel a été faite dans la loi de finances même si cet achat n’a plus été une priorité. Malheureusement, il se fait que là où le général Kérékou faisait du respect des textes un point d’honneur, Boni Yayi, le financier n’en a que cure à moins que le gouvernement n’introduise un collectif budgétaire. En la matière, c’est une marque déposée pour le régime du changement.
Hormis cette disposition légale qui est violée, jusqu’à présent aucun Béninois, à l’exception de l’officier démarcheur et son chef Boni Yayi ne sait quel est l’objet du marché. Veut-on acheter un appareil neuf avec des concessionnaires sérieux dont la carte de visite est incontestable, ou veut-on aller tracter une cage à singes ? Cette dernière option n’est pas à exclure. A l’allure ou vont les choses, ils peuvent jeter leur dévolu sur un genre d’avion jouet comme « l’Albatros ». Aussi peuvent-ils privilégier les avions recyclés comme ceux qui tombent régulièrement au Congo démocratique sur les étalages des marchés de Kinshasa surtout quand on sait que des intermédiaires cupides ont déjà fait escale dans les pays de l’Est européen.
Si ces manœuvres et coups fourrés du négociant traitant n’ont pas la bénédiction du chef de l’Etat Boni Yayi, il va falloir que ce dernier mette un accent particulier sur la transparence. Cela passe pas une prévision votée par les députés puis un appel d’offre international qui requiert toutes les caractéristiques afin qu’on assiste pas aux mêmes récriminations que lors de l’achat des hélicoptères.
/image%2F1217104%2F20191118%2Fob_f52d34_benoit-illassa-et-patrice-talon.jpg)