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Seulement 12% des immigrés en France sont des Subsahariens

 

25-03-2009 - Les Afriques

 

L’Afrique subsaharienne est de loin la région dans le monde ou la propension à émigrer vers l’OCDE est la plus faible. Une étude longtemps sous embargo tord le cou aux clichés.

 

Par Yassin Temlali, Le Caire
 

Le Mémorial aux émigrés portugais, Mont Félix.
Le Mémorial aux émigrés portugais, Mont Félix. 

 

Les immigrés originaires d’Afrique subsaharienne ne représentaient, en 2004, que 12% de l’ensemble des immigrés installés en France, soit trois fois moins que les Maghrébins et les Européens. Ce constat, qui met à mal bien des idées reçues médiatisées, a été établi par l’Institut national d’études démographiques (INED, France) dans un numéro de sa revue « Population et sociétés » paru le 19 février dernier.

 

Les Subsahariens, précise l’INED, migrent peu en dehors d’Afrique, malgré les conflits armés que connaît le continent.

Le fait que ces chiffres, révélés dans l’étude de l’INED, soient ceux de 2004 et parfois d’années antérieures est étonnant. Il pourrait, toutefois, s’expliquer par un embargo ordonné sur certaines données liées à l’immigration. Un exemple de ces embargos a été celui qui a frappé, en 2002, les données du « rapport Le Bon » (direction de la Population et des Migrations, ministère du Travail) et retardé leur publication jusqu’à 2004.

 

David Lessault et Cris Beauchemin, les deux démographes qui ont élaboré l’étude, ont exploité et croisé une grande somme de données. Ces données comprennent les chiffres des « stocks d’immigrés », obtenus grâce aux Recensements généraux de la population, et ceux des « flux d’entrées », collectés au niveau des ministères de l’Intérieur et de l’Immigration (nombre de titres de séjour délivrés) ainsi que de l’Agence nationale de l’accueil des étrangers et des migra­tions (ANAEM), qui comptabilise, lors de leur visite médicale, les personnes admi­ses à résider dans ce pays pour trois mois au moins.

 

« L’appel d’air » des régularisations n’est pas vérifié.

 

Evalué à 570 000 en 2004, le nombre d’immigrés subsahariens en France a été, certes, multiplié par 27 en 42 ans, mais, avertit l’étude, « on partait de très bas » car, en 1962, ils n’étaient que 20 000. Bien qu’entre 1994 et 2004, la part de l’immigration en provenance d’Afrique subsaharienne soit passée de 10 % à 17 % de l’ensemble des en­trées sur le territoire français, celle-ci « est restée largement devancée par les flux venant du reste de l’Europe ou du Maghreb », y lit-on encore.

 

Ces conclusions tiennent-elles compte de l’immigration dite clandestine ? Oui, partiellement, car, d’un côté, les recensements généraux de la population peuvent inclure des immigrés non installés légalement dans le pays et, de l’autre, les chiffres des titres de séjour attribués comprennent ceux accordés à des « illégaux » régularisés en 1997-98 (par le gouvernement de Lionel Jospin) et dans les années suivantes.

 

Le « pic » des entrées, constaté en 1997-98, ne correspondrait ainsi pas à une explosion subite du nombre d’arrivées de Subsahariens en France. Quant à la hausse constante du nombre de leurs arrivées dans les quelques années qui ont suivi, elle s’explique aussi par la poursuite des régularisations sous la forme dite « au fil de l’eau » (opposées aux régularisations massives du gouvernement Jospin).

 

L’étude de l’INED bat en brèche une autre idée reçue sur l’immigration subsaharienne en France, celle qui fait des migrants irréguliers subsahariens l’essentiel du stock des « irréguliers » dans ce pays. Les Subsahariens, affirme-t-elle, ne représentent que 40% des personnes ayant obtenu un titre de séjour lors des régularisations de 1997-98. Ils ne représentent que 31 % de celles ayant été régularisées entre 1999 et 2006.

 

Conclusion : « Aucun pays d’Afrique subsaharienne ne figure dans le trio de tête des bénéficiaires des régularisations, formé par l’Algérie, le Maroc et la Chine. »

4% des migrants en Espagne et 8% en Italie.

 

L’étude résume en ces termes son constat général sur l’immigration subsaharienne en France : « [Elle] est récente et son apport reste modeste ». Ce constat vaut pour le reste Europe. « En 1993, [les Subsahariens, NDLR] ne représentaient que 6 % des étrangers de l’Europe des 15, la moitié d’entre eux étant origi­naires de la seule Afrique de l’Ouest. […] En 2000, [ils] représentaient seulement 4 % des immi­grés installés dans les pays de l’OCDE. » Même en Espagne et en Italie, nouvelles destinations des flux migratoires africains, ils ne constituent pas l’essentiel du « stock » d’immigrés, « irréguliers » compris (4 % et 8 % respectivement, en 2006). Les Subsahariens, précise l’INED, migrent peu en dehors d’Afrique, malgré les conflits armés que connaît le continent : « Presque à égalité avec l’Asie, l’Afrique subsaharienne est le continent où la propension à émigrer vers les pays de l’OCDE est, de loin, la plus faible du monde : en 2000, moins d’une personne née en Afrique sub­saharienne sur 100 vit dans un pays de l’OCDE. »

 

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Tag(s) : #Contribution de la Diaspora
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