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  Aléjo gbaja’aaa , Assane Séïbou : " Je ne me laisserai pas anéantir par le roi Boni 1er"

 

 

 6 mai 2009 - LEMATINAL


 


Qu’est-ce qu’on peut savoir sur vous ?
 
Je suis ancien député à l’Assemblée nationale en exercice au Parlement de la Cedeao. Je suis né à Copargo vers 1967 où j’ai effectué mes études primaires puis le secondaire à Djougou. Par la suite j’atterris à l’Université nationale du Bénin, d’où j’ai obtenu une maîtrise en gestion des entreprises en 1992. Ensuite j’ai été encadreur national du projet Entreprenariat jeunesse au ministère de la jeunesse de 1993 à 1996. De 1996 à ce jour j’officie au Groupe Rnc en qualité de conseiller spécial et assistant du Pdg. Par ailleurs, de 1996 à 1999, j’ai présidé l’Organe consultatif de la jeunesse. Avec son statut de député du parlement de la Cedeao, j’ai effectué des stages dans le domaine des négociations et règlement de conflits. Vous n’êtes pas sans savoir que je suis membre du Mouvement africain pour la démocratie et le progrès (Madep) en qualité de 2ème vice président. Marié je suis père de quatre enfants
Etait-ce facile pour vous d’aller à l’école ?
J’ai perdu mon père en 1972. De toute ma famille, j’étais le seul à pouvoir faire les bancs. Ma maman a fait dix enfants dont cinq survivants. Des cinq vivants, je suis le seul intellectuel. Pour en arriver là, je dois vous dire que je suis ce que moi-même j’appelle la dîme de l’Etat, ou le sacrifier pour l’Etat. Vous savez mon père est un immigré. Pour lui à l’époque, l’école était catholique. C’était des écoles qui n’étaient pas laïques avant nous. Donc il s’est bâti la conviction selon laquelle, l’école est un lieu de culte. C’est le catholicisme. Et pour lui, c’était une guerre sainte que de s’opposer à l’école. C’était une guerre sainte d’envoyer son enfant dans cette école qui l’écarte de l’islam. Pour tous mes frères qu’on envoyait dans cet établissement, ça débouche sur des bagarres rangées entre lui et d’autres sages du village. Il était déjà vieux et fatigué par le poids de l’âge. Il était malade. Pourtant quand on m’a inscrit, il n’était pas d’accord. Mais il était faible pour faire la bagarre.
 
C’était une chance pour vous alors ?
 
Peut-être. Mais celui qui m’a permis d’aller à l’école, c’était un ancien combattant de mon village. Il était un ami à mon papa. Le seul avec qui il se bagarre et il s’entend tout le temps. Ils sont de la même génération. C’est lui qui est venu lui dire ceci. Tu as cinq enfants. L’Etat dahoméen a décidé, comme tu es venu faire des enfants au Dahomey, il a droit de prendre un comme esclave. Et celui que l’Etat dahoméen a décidé de prendre comme esclave, c’est Assana Séïbou. Il doit accepter ça là, sinon sa famille ne va pas exister. Etant donné que cela se passait à une époque où ces gens là versaient quelque chose au roi, au chef, il a accepté. Et tout en acceptant, il a répondu « je ne suis pas dans mon pays, c’est pour ça on me fait ça. Si c’est cela la loi de chez vous, faites le. Je ne peux pas rentrer maintenant. Je suis fatigué. Je reste ». Il m’a tout simplement dit « que Dieu te protège. ». C’est de cette manière que j’ai été le seul enfant de ma famille à continuer les classes. Donc je suis celui qu’on a arraché au père pour donner à l’Etat comme esclave. J’étais convaincu que mon père c’est quelqu’un qui m’aimait beaucoup. Vous savez ma maman a fait deux fois des jumeaux et je suis le seul survivant. Cela a crée une sorte de protection de la part de mon papa. Il croit que j’étais fragile et il me protégeait énormément et selon les croyances d’antan, on disait que les jumeaux quand ils naissent, ils s’en vont toujours. Et pour lui, moi qui suis là, un survivant, c’est moi que l’Etat dahoméen vient prendre. Il vivait ça très mal. Je suis allé à l’école de cette façon là. Cela participe parfois de ma perception de l’Etat, de mon pays. Effectivement quand je suis allé à l’école, mon père ne mettait plus de velléités pour m’en empêcher. Parfois quand le maître me frappe il est hors de lui. Une fois, j’ai été rossé au point où il y avait du sang qui coulait. Quand mon papa a vu cela, il a failli aller se bagarrer avec l’instituteur. Mais une fois encore son ami ancien combattant qu’il est allé voir pour se plaindre du maître lui a dit : « s’il tue l’enfant, c’est son droit absolu. Je t’ai déjà dit qu’il est un esclave de l’Etat. Il ne t’appartient plus ». Ce qui fait que parfois je dis que suis celui que je suis. Je suis un cadeau fait à l’Etat béninois. Ces phases de la vie sont des choses qui vous marquent et qui font que vous subissez l’injustice.
 
Vous étiez un bagarreur comme votre papa ?
 
Non, Du tout pas. J’étais trop timide. Quand les gens se bagarraient quand j’étais petit, je me posais la question de savoir pour ils font ça. Ce n’est pas bien.
 
Qu’est-ce qui vous intéressait en ce moment ?
 
C’est de jouer avec les autres. J’ai toujours aimé le sport, le football en particulier. Je faisais partie des meilleurs de mon village et de ma commune. J’ai été sélectionné plusieurs fois dans l’équipe provinciale, mais j’ai souvent fait défection.
 
Pourquoi ?
 
Chaque fois qu’on venait faire la sélection, c’est comme le service militaire et je me cachais, puisque que si vous vous engagez dans cette aventure, il n’ y a pas de raison que vous n’ayez pas un gap à combler en classe. Une fois on m’a sélectionné pour aller jouer à Natitingou et quand on était de retour à Djougou où je faisais le secondaire, j’avais raté deux jours de cours et je me suis mis à recopier les leçons. Alors j’ai décidé de ne plus continuer. A l’époque, si tu n’étais pas talentueux, on ne pouvait pas te sélectionner. Je ne dis pas que j’avais le talent de certains joueurs de cette époque. Mais dans mon village j’étais un joueur de référence. Dans la ville de Djougou, les gens me respectent jusqu’à ce jour à cause du football. Tout cela ne suffisait pas pour me garantir mes études.
 
Aviez vous le soutien de votre maman ?
 
Si j’ai été à l’école, je le dois aussi à ma maman. Mon père est cultivateur et boucher. Donc il a fait ses enfants et sait ce qu’ils doivent faire. C’est de travailler dans ses champs. Ma mère me disait, que quelque soit ce que le vieux va dire, ne l’écoute pas. Vas-y. Parfois quand elle sent qu’au moment d’aller à l’école mon père pas content, elle me fait contourner la maison. Donc si vous n’avez une mère qui veut de votre bonheur, vous n’arriverez pas. Je ne crois pas. Surtout si vous vivez à côté d’elle. Vous savez entre l’école et ma maison, c’est environ 2 km. Elle ne pouvait pas me donner l’argent de petit déjeuner. Pour cette raison elle délaie ce qu’on appelle le « foura » chez les Haoussa qu’elle me mettait dans une bouteille les matins, parce qu’elle sait qu’à la récréation mes camarades vont manger quelque chose et je dois les regarder. Le foura étant bien apprécié dans le milieu quand sonne la récréation, on lutte pour avoir un peu chez moi. Parfois, on casse la bouteille. Quand elle le fait, vous êtes tenu de lui apporter une récompense. Et j’avais la chance déjà de travailler à l’école. En son temps je ne savais pas comment les maîtres notaient, mais à la fin, on me disait que je suis premier ou deuxième de ma classe. C’est comme ça que j’ai fonctionné jusqu’à obtenir mon diplôme pour le collège. J’ai eu la chance d’avoir des instituteurs qui donnaient du répondant à mon père sans savoir qu’il était opposé à l’école. Il y a des prix qu’on me donnait. C’est-à-dire des cadeaux que recevait en réaction à des réponses bien précises.
 
Il y en un qui a marqué de façon spéciale ?
 
Bien sûr. C’est quand j’étais au Cp. Le maître était tellement content de ma réponse au sujet d’un exercice dont j’ai oublié le sujet. Vous savez ce qu’il m’a offert ?
 
Non. C’était quoi ?
 
Du pain. Il l’a amené en classe devant tous mes camarades. Il l’a coupé au moyen d’un couteau de table et m’offre un morceau. Honnêtement j’étais ému et je n’ai pas pu le manger devant mes camarades. Je suis revenu à la maison avec mon cadeau que j’ai montré à ma maman qui était très contente jusqu’aux larmes. Je ne sais plus comment-ce que j’ai mangé le pain. En ce temps ce n’est pas tout le monde qui pouvait en prendre. En tout cas pas dans mon village. Une autre fois, c’est mon maître qui m’a mis sur sa mobylette pour rentrer à la maison. Le jour-là, même mon père qui n’aimait pas l’école quand on m’a descendu de la moto, il n'en revenait pas. Chapelet à la main, il est resté sans bouger à nous regarder. Il ne pensait pas que ces gens là allaient aimer son enfant jusqu’à ce point. C’est aujourd’hui en tant que père de famille, quand je repense à la scène, que je devine l’émotion qu’il avait.
 
L’école n’est plus la même ?
 
Tout le monde le sait. Tout a changé dans le mauvais sens. Je m’en vais vous compter une histoire. Quand j’étais au Ce2, il y avait un maître qu’on appelait Hyacinthe Azimblibo avec qui on a passé toute une année scolaire sans qu’il ne soit absent. Je n’ai jamais vu ça. A un moment je voulais qu’il tombe malade pour que je ne puisse pas aller à l’école. Mais il n’a jamais raté les classes. Je dis jamais. Quelque fois, quand c’est un jour férié, il y va avant de s’en rendre compte. C’est quelqu’un qui avait de l’amour pour sa profession. Il était capable de venir jusqu’à la maison, chez moi pour préparer son cours. Pour lui si je comprends, c’est que d’autres élèves doivent comprendre. S’il se reconnaît je voudrais bien le revoir. Je l’ai revu quand je suis venu au collège. Mais depuis, je n’ai plus eu de ses nouvelles.
 
Qu’est-ce qui vous a marqué au collège ?
 
Là c’est un mauvais souvenir. Mon échec au Bac. Ça m’a découragé et je ne voulais plus continuer. Personne ne s’y attendait étant donné que je faisais partie des meilleurs élèves. Maman a pleuré tout le temps pour que je revienne sur ma décision. Et j’ai fini par lui promettre de reprendre. C’est des choses que je ne peux pas oublier surtout quand je me souviens de ma chère maman.
 
On dit de vous, un homme ouvert aux débats d’idées. Votre avis ?
 
Vous savez, aimer la contradiction, les débats d’idées, c’est une chose parfois innée, ou qu’on acquiert au cours de sa formation, dans l’éducation même au sein de la famille. Moi j’ai toujours accepté les autres qui pensent autrement que moi. J’apprends d’eux parce que, ce que l’autre est en train de dire, tant qu’il n’a pas dévoilé sur quel fond il intervient, sur quoi il se base pour adopter sa position et tant que vous n’avez pas compris ça, il a peut-être raison. Et, c’est la seule raison qui permet de faire des débats. Vous devriez avoir en idée que l’évolution vient toujours de la discussion qu’on fait avec les autres. Vous êtes d’accord avec moi qu’aucun homme, ou aucun pays ne prospère, s’il n’est pas ouvert aux autres, à l’étranger par rapport à lui. Puisque, dit-on l’étranger amène toujours ce que tu ne connais pas et qui va te faire évoluer. Si tu n’acceptes pas les débats d’idée, comment peux-tu ouvrir ton horizon pour voit mieux et décider mieux ? C’est pour cela que moi j’aime les débats d’idée. C’est une qualité que je dirai, est en moi depuis mon enfance. J’ai grandi avec d’autres enfants et je ne pouvais pas m’imposer moi seul à eux tous. Vivre avec quelqu’un, manger ensemble, faire des choses ensemble, c’est faire des concessions tout le temps. Ça vous laisse une trace dans tout ce que vous faites. Pour avoir vécu dans un milieu où nous étions immigrés, cela vous impose une ligne de conduite, de compromis avec les autres. Ensuite se faire accepter par les autres, demande de la mesure et on a un certain nombre de considérations qui constitue un ferment pour quelqu’un qui doit bâtir sa vie et son avenir.
 
Comment cela s’est passé après votre adhésion au Madep, suivie de l’élection législative et vous avez été tête de liste en 1999 ?
 
Mon ambition n’était pas d’être sur la liste. Mais plutôt d’y amener Issa Kpara. Et c’est là où s’est joué mon sort. Je m’estimais encore très jeune par rapport à lui, et je préférais commencer une carrière d’’homme d’affaires parce que je ne voulais pas travailler dans l’administration publique. De plus, toutes mes recherches de bourses d’étude de 3ème cycle, ont été vaines. J’ai estimé que ce que Dieu a fait pour moi, était déjà suffisant. Et je voulais m’en contenter pour une vie décente avec ma famille. Déjà en prenant part à la campagne électorale de l’Unsp en 1995, c’est pour Issa Kpara que je l’ai fait. Moi-même, je n’avais aucune ambition personnelle. En 1999, lorsqu’on établissait la liste, Issa Kpara a été le premier à suggérer et même à imposer que je sois son suppléant. C’est la condition pour qu’il accepte de se porter candidat. Connaissant tous les autres membres qui souhaitaient être son suppléant, il m’a préféré à eux bien que je sois originaire d’une autre localité. Il a prétexté de son indisponibilité à faire campagne en raison de ses occupations professionnelles. C’est comme ça, j’ai été amené à diriger la campagne électorale avant qu’il ne nous rejoigne par suite. Après notre victoire, il a fini par nous parler de son entrée au gouvernement. C’est plus tard que nous avons compris le coup qu’il nous avait préféré. C’est comme ça que tous les autres m’ont imposé d’accepter de siéger au parlement. C’est après qu’il a déclaré que dès le début, il n’avait aucun intention d’être au parlement. Ce qui est d’ailleurs contraire à ses aspirations et à sa conception. Je souligne au passage que dans mon village à Copargo les gens l’avaient massivement soutenu aux élections, que ces efforts soient récompensés. Voilà comment j’ai été au parlement. Pour l’élection suivante, j’ai été titulaire parce que Issa Kpara avait déjà rejoint un poste diplomatique à l’étranger.
 
Comment en fils issus de parents pauvres vous avez vécu cette 1ère expérience ?
 
Lorsque j’ai mis pied au parlement, j’étais émotionné parce que je me considérais comme « l’impôt » de l’Etat arraché à mon père qui s’était installé par la force des choses dans un pays autre que le sien. C’est donc justice faite pour que je mette comme serviteur des autres en tant que fils d’immigré. C’est pourquoi pour avoir vécu cette expérience, j’ai décidé de me battre désormais contre toute action qui viserait à compromettre les chances de tout béninois. Même, si on devait un jour voté une loi allant dans le sens de l’exclusion. C’est pourquoi, je ne vois aucun citoyen plus béninois que moi aussi bien au plan moral, psychologique et même au point de vue de la conviction. Dès lors, je me considère comme serviteur de tous les autres béninois que destin à choisi même issu de parents émigrés. Donc le jour où j’ai intégré le parlement j’ai remercié Dieu pour ça. Je précise que je ne me bat pas de façon superficielle pour le Bénin. Je me souviens d’une scène, lorsque j’étais au parlement de la Cedeao au Nigéria après la lecture d’une déclaration béninoise sur la fermeture des frontières ici. On a failli en venir presque aux mains avec les 35 parlementaires nigérians de la cedeao. Nous ont étaient cinq. A un certains moment donné on s’injuriait presque en langue haoussa avec nos hôtes nigérians. Il y a un qui m’a reproché d’avoir des origines au nigérianes et pourtant je viens attaquer les nigérians de cette façon. Ce jour là, j’ai répété le plus fièrement possible et clamé fort : je suis béninois. Il fallait faire cette épreuve pour avoir le sentiment du nationalisme profond. Alors à chaque fois que l’on me confie une responsabilité, je fais en sorte que le Bénin gagne ce qu’il mérite. Car c’est de ma vie qu’il est question. J’avoue que je ne tiens pas à travers ces propos le langage du politicien.
 
Comment s’est effectué le passage de la 3ème à la 4ème législature ?
 
Au cours de la 3ème législature, j’étais arrivé lorsque le poste de vice-président de la commission chargée de la défense et de la sécurité était vacant. A cette place, il fallait procéder à une autre élection, pour remplacer mon titulaire Issa Kpara qui l’occupait. Mais comme nous sommes en politique, les gens ont estimé qu’il fallait faire une élection ouverte. Donc il faudrait ouvrir une campagne pour Nathanaël Bath feu Saka Saley et moi. Je voyais en mes deux challengers de grands titans du parlement que je ne pouvais pas affronter. Même mes autres collègues avec nous allés au même moment au parlement étaient de cet avis. Suite à un scrutin à deux tours, j’ai pu battre mes adversaires, grâce à mon bagage de militantisme je savais comment mener ce genre de campagne.
 
Il y avait la main invisible de votre leader Fagbohoun.
 
Pas du tout. C’est une impression extérieure qui fait croire que Fagbohoun est toujours derrière toutes les actions. Même pour la campagne électorale pour les législatives, il a donné en tout cinq millions et des tee-shirts à tous les béninois pour faire connaitre les couleurs du parti. Et c’est tout. Si Fagbohoun a donné cette contribution ce n’est pas ce qui fonde la décision de notre campagne. En 99 comme en 2003, c’est nous qui avions dirigé notre compagne après avoir mobilisé nos fonds
 
En 2003 cela été beaucoup compliqué pour vous. Quelles en sont les raison ?
 
C’est normal quand vous avez été député pendant 4 ans vous avez des adversaires. Il y a qui s’activent déjà à prendre votre place. Ma difficulté a été la mise du système Ubf qui s’apparente au système Fcbe. Ubf était la machine à broyer de Kérékou.
 
En 2007 ça n’a pas marché pour vous. Pourquoi ?
 
On m’avait beaucoup volé. Je n’ai même pas déposé les recours et jusqu’à présent mes militants sont contre moi. En fait quel recours des gens a-t-on étudié à la Cour Constitutionnelle ? J’avais présagé qu’ils n’étudieront rien. Ils ne prendront aucune décision et tel que j’au vu les choses dans mon milieu, on a mis les enveloppes dans une salle en les ouvrant devant le tout monde. Mais qu’est-ce qu’on faisait là comme ça ? Le président de la Commission électorale départemental de l’Atacora-Donga des législatives, n’a qu’à répondre. Les gendarmes sont venus, puisqu’il n’ y avait pas d’huissier, ils ont vu les choses qui se passaient. Mais ils ont dit qu’ils ne peuvent rien et que ce n’est pas leur problème. Ils ont tous fait, mais ils ne contrôlent pas ces communes. C’est là ou j’ai compris les raisons de l’acharnement du chef de l’Etat.
 
Si on reprenait les élections législatives, êtes-vous certain de retrouver votre fauteuil ?
 
C’est incontestable. Je vais retrouver mon fauteuil si les dernières élections étaient la députation parce que les Fcbe en chiffres auraient eu une avance sur moi, mais les additions étaient en ma faveur. J’avais fait plus de 13.000 voix.
 
Le chef de l’Etat vous en veut-il vraiment. Si oui pourquoi ?
 
Comme la candidature de Bio Tchané se profilait à l’horizon et étant donné qu’il est de Ouaké, donc un peu de Copargo, le Président de la République a essayé d’éradiquer tout ce qui serait résistant à l’idée qu’on ne maîtrise pas. On a peut-être du lui dire que je préparais sa chute. Sinon je ne comprends pas les raisons de cet acharnement. Je ne connaissais pas Bio Tchané de près dans cette période. Quand il était ministre, c’est quelqu’un que je respectais beaucoup. Je ne discutais pas politique avec lui. C’est un grand frère avec qui on travaille depuis un moment. Ceux qui sont proches de Yayi Boni et qui lui ont dit de se lancer sur cette voie, ceux qui vont le lâcher à la dernière minute.
 
Bio Tchané. Est-ce votre candidat ou celui de votre parti membre du G4 ?
 
Vous savez les calculs de 2011 sont délicats. Il faut dire les choses telles qu’on les pense. Je suis de ceux qui ont décidé qu’il y ait alternance en 2011. C’est ma position personnelle. Il faut l’alternance en 2011 et je suis heureux que la position du président de mon parti Séfou Fagbohoun soit aussi celle-là. Il est dans cette logique. Le temps que nos congrès et nos conseils, nous nous permettons de dire notre sentiment sur la question. Cela participe de l’argumentaire à l’endroit de nos militants, puisqu’au congrès nous ferons un débat. Nous ferons des débats sérieux et chacun voudra convaincre l’autre. Je suis heureux que le Président Séfou Fagbohoun soit de mon opinion et il dit que 2011, c’est un match, nous sommes des professionnels et nous prenons notre temps. J’ai des appréciations sur cette échéance et je me mettrai dans la logique de l’alternance pour beaucoup de raisons. Je vous ai déjà donné une. C’est celle de l’anéantissement de mon parti et de moi-même. On n’anéantit pas quelqu’un qui croise les bras. Non je ne suis pas né pour croiser les bras, sinon je ne serai pas là où je suis. Je suis convaincu que je ne me laisserai pas anéantir par Yayi Boni
 
Vous aviez la conviction qu’on veut vous anéantir ?
 
J’en ai la conviction. J’ai vu comment il s’est battu contre moi dans ma région et je connais les arguments utilisés que beaucoup ne connaissent pas. Il y a des arguments que je ne veux pas mettre sur la place publique, parce que c’est suffisamment grave. Mais je vais vous dire que s’il y a sectaire, s’il y a un discours plus sectaire qu’il ont utilisé contre moi, vous êtes en balade. Vous ne trouverez pas. Donc cela me paraît un facteur dangereux. Ma propre défense fait partie de mon tableau. Si le Président de la République doit me faire disparaître, son départ du pouvoir en 2011, doit aussi figurer dans mon plan. Je n’ai jamais parlé avec Yayi Boni depuis qu’il est arrivé. Il ne l’a même pas cherché. Au moins un homme politique parle avec tout le monde, même si c’est hypocrite.
 
C’est ce qui vous rend amer ?
 
Je ne crois pas. Je suis député de ma région et j’ai fait deux législatures. S’il parle avec des gens qui n’ont jamais pu être responsables au niveau local, ou de quartier, des gens amoraux, exécrables, c’est son droit. Mais pourquoi, c’est moi qu'il veut faire disparaître. Même par simple amitié, ou au non de la paix sociales, on pourrait échanger. Il devrait me demander pour quoi tes frères m’amènent à te combattre. Peut-être qu’on serait compris et la balle serait ramenée à terre. On aurait travaillé de la même façon en direction de mon parti. Il n’a pas voulu cela et c’est ma disparition qui le préoccupe de jour comme de nuit. Je ne me laisserai pas faire.
 
Après votre président, c’est votre tour ?
 
Vous-même regardez comment il a jeté Fagbohoun en prison. Ce dernier est revenu et celui qu’on a présenté comme un bandit, à peine une semaine après sa libération on lui envoie des ministres, on le supplie. Il est devenu l’homme adulé. On est passé de l’homme qu’on a dit amoral à l’homme moral sans dire au peuple comment cela s’est passé. Le monsieur est revenu blanchi par la justice, il faut le dire. Il faut avoir le courage de dire maintenant que la justice l’a blanchi, je veux composer avec lui.
 
Il l’a fait, n’est-ce pas ?
 
Vous savez, c’est la règle avec ce gouvernement de donner une apparence et de faire le contraire. Je me félicite parfois qu’il ne m’ait pas approché pour m’embrasser. Puisqu’au moment où il vous embrasse il vous plante le couteau dans le dos. Vous rendez compte qu’il a fini avec vous dès qu’il a fini de vous embrasser.
 
Quand Fagbohoun était en prison, comment ça se passait au niveau du parti ?
 
Même s’il n’était pas mon président, c’était douloureux pour moi ce que je voyais. Voila quelqu’un qui a sa propre fortune, sa société qu’on ferme pour dire qu’elle a été mal gérée. Ce n’est pas l’affaire de Séfou Fagbohoun seul. Naturellement, ce n’est pas acceptable. Le droit ne permet pas qu’on enferme quelqu’un qui a mal géré son propre bien. Si l’Etat a sa part dedans, il y a des voies légales pour l’amener à rembourser. Mais on l’arrête sans l’ordre de la justice et sur simple décision du directeur de cabinet du chef de l’Etat. Il fait deux ans de garde à vue. Je ne sais comment on peut appeler ça. Mais c’est ce qu’on a combattu dans ce pays. Même le général Kérékou ne faisait pas ça lui-même sous la révolution. Personne ne peut trouver trace d’un écrit du directeur de cabinet de Kérékou donnant un tel ordre. On avait compris que c’était de l’injustice et nous étions tous soudés au sein du parti.
 
Il n’y avait rien à reprocher à votre président dans l’affaire Sonacop ?
 
 La présomption est une chose contre nous tous. On est venu au pouvoir, et il se fait qu’on m’a raconté plein de chose sur un monsieur. Le droit permet au moins que vous ne passiez pas votre passion sur les autres. C’est son droit de soupçonner Fagbohoun sur la base de ce qu’on lui a dit. Mais ce n’st son devoir de l’arrêter de façon arbitraire. Il y a des voies pour l’entendre. Aujourd’hui je suis fondé de dire que c’est de l’injustice. Il y a eu du totalitarisme. La justice qui a été saisie du dossier a prononcé un non lieu. Il est en liberté.
 
Alors ?
 
Vous ne devinez pas que c’est des problèmes que Yayi nous entasse là pour les générations à venir. Aujourd’hui quel est le statut définitif de la Sonacop ? Elle pour qui ? Fagbohoun ou l’Etat ? Le monsieur a gagné son procès. Même le juge le plus méchant ne peut pas le condamner. Puisque vous l’avez dépossédé d’un bien. Attendez-vous qu’il aille à la justice un beau matin. Tôt ou tard. Il ne peut pas laisser tous ses biens. Ce n’est pas que la Sonacop qu’on lui arraché. Il y a aussi ses terrains dont il possède des titres de propriété privée. Malgré la décision de justice, les gens sont en train de construire sur ça. Nous ne sommes plus dans un Etat de droit. Un jour le chef de l’Etat s’en ira. Mais la justice sera toujours là, puisque c’est une institution. Le droit a été dit, mais Yayi dit de continuer à construire sur ses terrains. Si c’était Kérékou on aurait déjà appliquer cette décision.
 
Cette affaire date pourtant de l’époque du général Kérékou.
 
Si c’est Kérékou qui a initié pourquoi il n’a pas arrêté Fagbohoun ? C’est qu’il n’ y avait pas de quoi l'arrêté. Il ne s’agissait pas des malversations. Je suis à 100% que si on interroge Yayi Boni, il va reconnaître que sur beaucoup de points on lui a menti. L’acte étant déjà posé, il est obligé d’assumer en tant que Président de la République. Il ne pouvait plus se dédier. Je crois que l’amitié qu’il cherche aujourd’hui auprès de Fagbohoun participe de sa volonté de corriger quelque chose.
 
A vous entendre, vous semblez dire que le Madep gêne le chef de l’EtatCe parti le gêne.
 
Il a avec dans son gouvernement deux ministres issus de votre formation
 
C’est clair que le Madep n’a pas accordé. Nous nous sommes réunis sur les cas de François Abiola et de Kint Aguiar. Il y a eu des décisions. Le parti n’est pas représenté au gouvernement.
C’est toujours l’ambiguïté surtout avec les dernières déclarations du ministre de la fonction publique
Si Kint se retrouve là-bas, pour mois c’est d’autres considérations et il ne faut mettre ça dans la logique de l’entrée au gouvernement. Je dis non.
 
Le parti est divisé
 
Il n’y a pas eu division. Les dernières déclarations dont vous parlez constituent le propre du régime du Changement. Le Madep a une position. Que certains membres entrent au gouvernement, c’est une aventure individuelle. Le président du parti l’a dit et répété. Il a été chez Yayi et le lui signifier. L’instance du parti a décidé de l’inopportunité de son une entrée au gouvernement. Il est sorti et a signé un communiqué. A partir de ce moment le débat est clos. Ce que le pouvoir cherchait, c’est une couverture du parti, sinon qu’il avait déjà négocié son affaire avec les intéressés. Abiola était déjà là-bas. La preuve est que quand le président a été reçu par le chef de l’Etat, ce dernier lui a dit de lui proposer des noms en mettant Kint et Abiola sur la liste. Cela signifie, a dit Séfou fagbohoun, que tu avais déjà choisi tes gars. Il ajouté Abiola n’est pas dans notre compte d’ailleurs. Et c’est peut-être là que je fonde l’ambiguïté qu’on l’impression d’avoir avec Fagbohoun, vis-à-vis de Kint que vis-à-vis de Abiola.
 
D’entre les deux qui était plus proche de Fagbohoun ?
 
Abiola était juste un frère de région alors que Kint Aguiar est un responsable très proche du président. Ils partageaient des secrets
 
Quelle appréciation faites-vous alors de la décision de Kint d’aller au gouvernement ?
 
Certes, il est le secrétaire général. S’il est allé là-bas, pour moi, il n’ y a pas de polémique à avoir là-dessus. Il peut être au sein de l’Exécutif sans dire qu’il représente le Madep. Si la base avait décidé autre chose que le sommet, je vous assure que je le soutiendrais, puisqu’il méritait de nous représenter. Politiquement, c’était l’un des rares cadres du parti qui n’avait pas de base politique. Mais il avait ce dévouement. Il faut comprendre qu’il a atteint un âge de sa vie, où il a besoin d’un souffle. Un peu malade, il commence par avoir des problèmes de santé et on dirait que le sort s’acharnait sur lui. Je jure que, face à ces éléments, je l’aurais soutenu. Mais, c’est un principe de parti. Personnellement, je suis heureux pour lui.
 
Comment se porte le Madep après tout cela ?
 
Il se porte bien.
 
Et le G4 ?
 
Il n’ y aucun problème. Moi j’ai été rapporteur des « G » et « F ». Tous les partis représentés participent de bout en bout aux débats. Le Madep est parfois à la base de certaines initiatives. Pas mal de réunions des « G » et « F », se tiennent au siège du parti. Tout le groupe se porte bien.
 
Vous n’aviez aucune inquiétude avec tout ce qui se passe à l’Assemblée ?
 
Le G4, c’est un groupe de quatre partis, les plus grands d’ailleurs. Nous n’avions pas fait un congrès de fusion. Chacun reste dans son parti et nous composons une certaine discipline. Je crois que jusqu’à présent ça a très bien fonctionné. Très bien. Le principe a jusque là marché. Si vous faites allusion à un parti, c’est à l’Assemblée. Mais comprenez que c’est des périodes qu’on doit traverser. Il arrive que l’on fasse un choix stratégique qui est contraire à sa propre conviction. C’est pour faire traverser une tempête au parti.
 
La candidature unique au sein du groupe
 
Nous n’avions pas encore décidé. Si on en décidait on va en parler.
 
2011 on sent déjà la fièvre et on suscite la candidature de Bio Tchané. Ce n’est pas trop tôt ?
 
Vous faites allusion à ce qui s’est passé à Dassa le week end dernier. C’est des jeunes qui se sont retrouvés pour dire qu’ils veulent envoyer des messages à Bio Tchané et ils ont invité ses proches. Mais vous savez ce que cette sortie a suscité. Le ministre Fagnon a réagi par une marche pour dire que cela ne va plus se passer dans cette ville. Il ne veut pas que personne tienne une rencontre pour un autre candidat en dehors de Yayi Boni. C’est grave. Où allons nous ? Ce sera alors le début des interdictions et des violences Je parie que s’il le fait, il y a des régions plus violentes qui risquent d’interdire aussi que son candidat tienne des meetings. Il y des régions contre lesquelles on a lutté pour dire de ne pas faire de leur cité une citadelle ou personne ne se réunit. Et leur leader politique a tous fait pour que tout le monde puisse venir tenir sa réunion. C’est Porto Novo. Ces gens sont acquis à Houngbédji depuis. Quand les élections arrivent, ils interdisent qu’on mette les banderoles, mais j’ai connu la bataille que Houngbédji mène personnellement pour que les gens puissent tenir leur rencontre. Ce n’est qu’une réunion qui a provoqué ça là. Et les portraits, qu’est-ce que ça va donner ?
 
Vous avez des craintes ?
 
Vous, vous n’en avez pas ? Je vous dis que j’ai des craintes profondes. Et avec ce que j’ai vu je me suis dit que si tous les Béninois ne se lèvent pas pour condamner ça, nous irons droit à la violence. Quand le feu se déclenche, on ne sait pas quel ravage ça va faire. Il vaut mieux arrêter les fous qui ne savent pas à quel prix on a acquis la démocratie.
 
La 5ème législature, quelle image renvoie-t-elle ?
 
La conduite du parlement béninois n’a jamais été aussi catastrophique pour les quatre législatures passées. Idji Kolawolé a fait quatre ans, nous n’avions jamais connu ce qui se passe. Adrien Houngbédji était passé, il n’ y avait pas autant de problèmes. Même affolé sur certains sujets, il sait revenir en de meilleurs sentiments et ça passe rapidement. Mais depuis le début de cette législature, c’est des crises jusqu’ aujourd’hui. Je ne sais pas si en prenant place au perchoir, le président de l’Assemblée nationale se rend compte que la majorité des députés ne l’acceptent pas. Le jeu n’est pas décrispé et je ne sais pas si les députés vont pouvoir apprendre grand chose en matière de pratique parlementaire. C’est en tout cas, la législature qui a le moins travaillé. Elle ne pourra battre aucun record, parce qu’on passe le temps dans les calculs politiciens. Ça ne va pas du tout. Je ne suis pas à l’intérieur, mais à entendre ceux qui sont là-bas, ce n’est pas ce qu’on attendait. Mais cela reflète ce que veut le chef de l’Etat. S’il veut il peut fermer le parlement béninois, puisque c’est lui qui commande l’armée et tout. Mais s’il veut qu’il y ait une société démocratique il y en aura.
 
Réalisée par Fidèle Nanga
Transcription Djibril Ibrahim

Considéré comme fils d’immigré, Assane Séïbou se présente comme un esclave de l’Etat, que son papa a dû offrir au Dahomey, comme impôt à payer à son immigration. Très humble, homme de destin ou encore le survivant, le fils du cultivateur n’aurait pas connu son ascension, si son géniteur très opposé à l’école ne commençait pas à céder sous le poids de l’âge. A quelque chose malheur est bon, dit-on, puisqu’il a fallu la vieillesse doublée de maladie de son papa avant qu’il ne poursuivre ses études. Brillant élève, il aurait du devenir un cultivateur ou un boucher comme le voulait son géniteur. L’homme au destin tracé est contre l’injustice et la violence. Sur le terrain de politique, il se dit de lui un grand rassembleur. Deux fois députés, l’avènement du Changement est venu le priver d’un troisième mandat consécutif. In en veut au chef de l’Etat Yayi Boni lui aurait barré la voie et s’ingénie à l’anéantir. Et, il jure de ne pas se laisser faire. Lire cet entretien.
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Tag(s) : #Politique Béninoise
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