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  Aléjo Gbajaaa’a - Pour Raphaël Akotègnon, Le G 4 traîne un fardeau nommé RB

 

13 mai 2009 - LEMATINAL



Matinal Présentez-vous ?
 
Akotègnon : Je suis né le 24 octobre 1960 à Porto-Novo où j’ai fait une partie de mes études primaires. J’ai fait l’autre partie à Savè. Après mon Cep et mon admission à l’entrée en 6ème en 1974 à Savè, j’ai d’abord fréquenté le Collège d’enseignement secondaire (Ceg) de Savè pendant deux ans avant de revenir à Porto-Novo où j’ai été admis au Ceg de Gbokou. C’est là que j’ai eu mon Bepc en 1973 avant de rejoindre le second cycle au Lycée Toffa 1er où j’ai finalement obtenu mon Bac série Biologie Géologie en 1982.
 
Et ensuite ?
 
J’ai fait le service militaire qui m’a permis de dispenser les cours de Physiques-Chimie et d’éducation sportive au Ceg de Dassa-Zounmè entre 1982 et 1983. J’ai été alors au concours pour les études universitaires en gestion des entreprises à l’Institut nationale d’économie (Ine). Reçu premier, j’y ai passé le diplôme du cycle 1, c’est-à-dire le Dts en 1986. Ayant toujours la soif du savoir, j’ai poursuivi mes études à la Fasjep à l’Université d’Abomey Calavi pour obtenir la Licence et la Maîtrise en science économique avant d’amorcer le parcours d’expertise comptable. Dans ce cadre, j’ai dû séjourner à l’Enset d’Abidjan et à l’Université d’Aix-Marseille (Académie de Nice) qui se sont soldés par un diplôme d’étude comptable et financier qui m’a été délivré par la République française.
 
Et votre parcours professionnel ?
 
Justement. Après mes études telles que je vous l’ai décrit, j’ai fait mes premières armes au cabinet Fiduciaire d’Afrique qui est réputé pour les questions d’expertise et de conseil aux Petites et moyennes entreprises (Pme).
 
 On vous a recruté pour faire quoi au juste ?
 
J’étais le chef de mission pour la gestion de divers dossiers du cabinet. Au cours de mon séjour dans ce cabinet, j’ai supervisé un certain nombre de missions de contrôle et d’audit des entreprises comme Satom, l’Obss, l’Opt, la Sbee , la Sco , l’Onab, la Sbem , la Cfao , la Sobetex , le Cader Zou et j’en passe.
 
Quel âge aviez-vous en ce moment ?
 
J’avais la trentaine. Et je dois préciser que tous ces dossiers ont été traités sur près de 06 ans ou plus. Mais, il reste bien d’autres entreprises que je n’ai pas pu citer. Elles étaient au Bénin comme ailleurs.
 
 A cet âge, quel étaient vos motivations ?
 
Aucune. Je trouvais seulement normal que mes supérieurs me fassent confiance et à mes compétences.
 
N’y avait-il pas des blocages ?
 
Pas particulièrement. Surtout que la méthodologie consistait à livrer ou à exposer nos constatations aux équipes dirigeantes pour recueillir leurs observations et leurs explications éventuelles avant la production du rapport final. Notre démarche répond à une norme universelle.
 
Avez-vous le sentiment d’avoir réussi toutes ces sorties de contrôle et d’audit ?
 
Oui évidemment. Sauf que, dans le cadre de l’audit et le contrôle dans les entreprises publiques, nos recommandations n’étaient pas prises en compte. Alors que ce n’était pas le cas pour les sociétés privées que nous visitions.
 
Pourquoi cette différence ?
 
Parce qu’en général, les dirigeants des entreprises publiques n’étaient pas toujours soucieux de la rentabilité de leurs unités de production. Alors qu’ils devraient être tenus à une obligation de résultat. Ils semblaient, dans la plupart des cas, au service d’un parrain qui les a nommés ou qui y a concouru. 
 
 Revenons à vos expériences professionnelles ? Que s’est –il passé après le cabinet Fiduciaire d’Afrique ?
 
Craignant de tomber dans la routine et ses conséquences, j’avais pris plus tard, la décision d’aller faire d’autres expériences. Cette fois-ci en entreprise. C’est ainsi que j’ai postulé à une offre d’emploi d’un important groupe industriel de la place. Cette entreprise de renom regroupait à l’époque plusieurs sociétés.
 
Parlez-nous de ce groupe ?
 
Il s’agit du Grand Moulin du Bénin (Gmb) que j’ai rejoint en 1995 pour occuper ensuite et successivement les postes de chef comptable, de contrôleur de gestion et de directeur financier. Il faut dire qu’en ce moment, la Gmb qui était la tête de pont, comprenait les sociétés africaines de concassage et de travaux publics (Sac-Tp) qui a d’ailleurs livré les graviers à Colas et Satomn lors de la construction de l’autoroute Cotonou/Porto-Novo. Il y avait ensuite dans ce groupe industriel, les firmes comme West Coast Motors, Bâtiment matériaux Niger, etc.
 
Revenons à votre situation matrimoniale ?
 
 Il en valait vraiment la peine. Je suis marié et père de quatre enfants.  
 
Abordons à présent votre vie politique. En quelle année avez-vous démarré l’aventure politique qui vous a permis d’être aujourd’hui député ?
 
Je dirais en 1997 exactement. C’est-à-dire aux lendemains des élections présidentielles
 
Avec quelle formation politique ?
 
J’ai fait ma première expérience politique avec Me Lionel Agbo entre 1997 et 2003. C’est grâce au Congrès africain pour la démocratie (Cad) dont ce dernier était le fondateur. Moi, j’en étais le Secrétaire général. Mais avec la nouvelle charte des partis politiques dans le pays, il s’est agi de fournir les pièces complémentaires du parti auprès du ministère de l’intérieur. Ce qui n’a pas pu être fait dans les délais et j’ai choisi de prendre mes distances vis-à-vis de cette formation politique pour rejoindre le Parti du renouveau démocratique (Prd) de Me Adrien Houngbédji.
 
Donc, on peut vous taxé aussi de transhumant ?
 
Non. Je ne jouissais d’aucun mandat électif et je n’ai pas rejoint un parti au pouvoir. D’ailleurs, j’étais pendant tout le temps absorbé par mes obligations professionnelles et je n’étais pas si actif dans le parti. Je me bornais à contribuer aux activités et manifestations du parti sans rien en exiger en retour. Après l’échec de Me Adrien Houngbédji aux élections présidentielles de 2006, j’ai alors décidé de me rendre plus utile à lui. Je répondais ainsi aux appels des milliers de militantes et militants du Prd qui ont cru en moi. J’ai été alors positionné en tête de liste dans la 15ème circonscription électorale.
 
Qu’est-ce qui vous a en fait poussé à cette carrière politique ?
 
 C’est quand en 1986, l’Etat a mis fin au recrutement systématique des diplômés des écoles et universités de notre pays. On était un certain nombre de cadres d’alors à protester contre la mesure à travers une marche qui a débouché au dépôt d’une pétition au ministère du travail. La police a mis la main sur quelques uns d’entre nous qui ont été transférés au camp militaire Séro Kpéra de Parakou au motif que nous étions des anarcho-gauchistes. Pendant les 13 mois qu’a duré notre détention, j’ai eu la chance ou la malchance de côtoyer d’autres anciens camarades étudiants béninois formés sur place ou à l’étranger et des compatriotes civiles et militaires arrêtés pour diverses raisons. On prenait les détenus politiques comme moi des gens qui étaient à la solde du Parti communiste du bénin (Pcb).
 
 Donc c’est en prison que vous vous êtes découvert des talents de politiciens ?
 
A peu près oui. D’ailleurs, on m’assimilait à l’époque déjà à un politicien. Et à ma libération en 1988 et suite à l’avènement de la conférence des forces vives de la nation et une période de réflexion, j’ai jugé bon de me lancer dans une carrière politique dont vous voyez aujourd’hui le couronnement.
 
Vous aviez été collaborateur de Me Lionel Agbo, que gardez-vous de l’homme ?
 
Je pense qu’il n’y a que lui-même qui puisse parler de lui. Pour ce que j’en sais, il a été mon président dans l’espace de 5 à 6 ans. En tant que responsable, je ne peux pas prétendre émettre un jugement de valeur sur sa personne. Toujours est-il que chacun fait son expérience.
 
En tant que président de parti, était-il un bon dirigeant. Plutôt, quelle différence notez-vous entre le président du Prd et votre ancien responsable politique ?
 
Permettez que je ne me prononce pas sur ces aspects-là, parce que comme je l’ai dis tantôt je ne pourrais pas émettre un jugement de valeur sur l’homme.
 
Craignez-vous quelque chose, de l’égratigner ?
 
Nullement. Me Lionel Agbo est un grand frère et ami. Et l’être humain étant perfectible, même s’il y a des erreurs que j’ai trouvées en lui, il y a de quoi ne pas en faire cas. On s’appelle de temps en temps et si j’ai des conseils à lui donner je n’hésite pas à le faire. Tout ce qui me chagrine, c’est sa position actuelle. Elle me laisse songeur parce que ça ne lui ressemble pas. Il n’est pas quelqu’un à mettre sa langue dans sa poche. En tant que porte-parole du président de la République, j’ai tout le temps dit à tous ceux qui m’ont interpellé car m’ayant connu avec lui, que l’homme attend le bon moment pour parler, parce que c’est impossible qu’il se soit tu, en contre partie de quoi. On ne peut pas renier ses convictions. Je ne pense pas.
 
Entre hier et aujourd’hui, a-t-il véritablement changé ?
 
Je l’ai dit tantôt, c’est quelqu’un qui n’a pas sa langue dans sa poche. Il y a beaucoup de dérives aujourd’hui. Il y en a qui me disent qu’il est le porte mutisme ou le porte silence du président de la République. Pourquoi ne démissionne-t-il pas ? Je leur dis souvent non, allez le voir et posez lui la question. En tout cas moi je ne le reconnais plus.
 
Vous l’aviez quitté pendant qu’il se battait contre les Gsm ?
 
 Non. Je l’ai quitté bien avant. C’est vrai que quand nous étions dans le parti, il émettait déjà beaucoup d’idées sur la spoliation organisée au dépend du peuple Béninois par les Gsm, aussi bien de la part du gouvernement Béninois que du côté des promoteurs. Mais quand il a rejoint le bloc de la société civile pour faire une bataille je n’étais plus à ses côtés.
 
Est-ce à dire que vous l’aviez quitté au bon moment ?
 
Cela me rappelle la situation qu’il y a avait eu au temps du président Mathieu Kérékou où j’étais à ses côtés et on nous demandait de rejoindre le camp présidentiel. Nous avions dit sans ambages non, parce que nous n’étions pas d’accord avec les méthodes du gouvernement d’alors. Aujourd’hui ces méthodes n’ont pas tellement varié. Au contraire, il y a des points qui se sont exacerbés et j’ai comme l’impression que Me Lionel Agbo se tait parce qu’il s’est rendu compte qu’il s’est trompé en optant pour cela. Attendons de voir. Lui-même est bien placé pour parler de tout ça. Je souhaite qu’on ferme ce volet.
 
Qu’en est-il de vos anciens camarades du Cad ?
 
Pour ne pas vous décevoir, je dirai que pas plus tard que dimanche dernier, il y a en a parmi nos anciens camarades militants qui sont venus me voir pour me demander ce qui se passe et ils ont voulu signifier leur adhésion à ma cause, à ma lutte d’aujourd’hui. On a beaucoup échangé et je peux vous dire autant que moi, ils méconnaissent l’avocat.
 
A votre avis, qu’est-ce qui explique sa position ?
 
Au début avec le Changement tout le monde pensait que le président Yayi Boni allait mieux faire. Mais je n’ose pas croire aujourd’hui qu’avec l’ampleur de la corruption, l’ampleur des exactions liées à la campagne électorale précoce qu’organise le chef de l’Etat qu’on puisse continuer à croire à une ère de Changement. Regardez par exemple le dossier des micro crédits, celui des véhicules d’occasion, il y a tellement de choses à dire et le gouvernement fait des pieds et des mains pour qu’à grand jamais ces dossiers ne soient examinés à l’Assemblée nationale en commission. Il y a une commission d’enquête créée pour chaque dossier. Mais le président Nago et le pouvoir des Forces cauris pour un Bénin émergent (Fcbe) font tout pour que cela n’aboutisse pas. En temps normal, Me Lionel Agbo ne se serait jamais tu sur ces pareilles choses. Je crois qu’étant nommé, il préfère avoir un devoir de réserve. Je suis sûre, cela ne pourra plus durer longtemps.
 
Aviez-vous d’autres amis au gouvernement ?
 
 J’ai beaucoup d’amis au sein des Fcbe, des collègues et amis au sein du gouvernement. Je prends par exemple, le ministre Fagnon, nous avions fait la même école, l’Institut nationale d’économie. C’est pour cela que je l’ai interpellé quand j’ai eu vent de la mauvaise gestion à la Sonapra. Il me doit des explications. C’est comme s’il jetait du discrédit sur ceux qui ont été formés par cette école. Un gestionnaire ne peut pas gérer comme quelqu’un qui n’a pas fait la gestion. Le ministre Nicaise Fagnon m’a appelé au lendemain de mon point de presse sur la question. C’est lui qui m’a réveillé.
 
Qu’est-ce qu’il vous a dit ?
 
Nous avions parlé pendant plus de 45 minutes au téléphone. Je lui ai dit que ce n’est pas une affaire de téléphone, d’apporter sa réponse sur la place publique. Il est ministre de la République, je suis député à l’Assemblée, nous sommes chacun dans notre rôle. S’il pense que ce que j’ai dit est totalement faux, il n’a qu’à apporter son « son de cloche », sa vérité. Je pense qu’on s’est compris. Moi je ne peux pas me lever et raconter des choses imaginaires. Tout ce qu’on a dit a été puisé dans le rapport des commissaires au compte. Et d’ailleurs, ces rapports ont commencé à être publiés par certains journaux de la place.
 
Suite à vos révélations, le ministre Nicaise Fagnon a réagi pour réfuter les accusations portées contre lui. Où se trouve la vérité ?
 
C’est comme si c’est ma parole contre la sienne. Mais heureusement, le rapport des commissaires au compte est là. Ce document n’émane pas de moi. Il n’émane pas non plus de lui. Cela a été produit par des personnes attitrées et indépendantes qui ont émis une opinion. Il faut qu’on se réfère à ce rapport.
 
Que vous a-t-il dit d’autre ?
 
Au cours de notre conversation téléphonique, il m’a demandé de dire combien il aurait détourné. J’ai dis que je n’ai jamais employé le mot détournement. Mais s’il pense qu’il y a eu détournement et s’il veut que je lui dise avec exactitude ce qu’il a détourné il faudrait alors qu’il ait une émission d’audite indépendante diligentée à la Sonapra pour examiner tout ce qu’il a eu à poser comme acte de gestion au cours de son passage. C’est seulement après cela que je pourrai lui dire avec exactitude ce qu’il a détourné.
 
Que compte faire l’Assemblée nationale à laquelle vous appartenez ?
 
Avec la tournure que prennent les évènements, il y aura une interpellation. Je ne sais pas encore quelle forme cela prendra. Mais croyez moi je dois faire des points de presse mensuels et je vais personnellement demander que tous les rapports d’audit et de commissariat au compte afférents à toutes les sociétés et offices publics soient mis à ma disposition ou à la disposition des députés afin que nous prenions connaissance de ce qui se passe. Le Changement, on vient de le gérer pendant 3 ans et on a vu que ce même Changement a commencé de manière précoce à battre campagne pour une réélection en 2011, c’est dire que le compte à rebours a commencé et il faudrait qu’on voie ce qui a été fait. C’est au vue de cela qu’on saura quoi faire.
 
Me Lionel Agbo et Nicaise Fagnon, deux personnalités de ce pays que vous avez eu à connaître. Aujourd’hui vous semblez n’est plus les reconnaître ?
 
 Non. Chacun choisi sa mission. Nous sommes tous enfants de ce pays et j’espère que nous tous voulons de son bien. Seulement, ce que moi je dis, c’est que je conçois mal qu’un gouvernement qui se respecte, qui plus est qui se dit gouvernement de Changement, vienne faire pire que ce que nous avions vécu. A titre d’exemple, si vous faites le point des voyages du chef de l’Etat depuis son avènement, il a dépassé la barre des 100 milliards de francs Cfa pour les déplacements présidentiels. Nous avons 77 communes. Imaginez qu’on remette 1 milliard à chaque commune pour le développement, il va rester encore 23 milliards. Voyez ce que cet argent peut faire dans chaque commune. Et pourtant on ne le fait pas. Qu’est-ce que ces voyages ont rapportés à notre pays ? Regardez le visage qu’offre notre système éducatif. Ce n’est pas reluisant. Regardez les salles de classe qu’on doit construire dans chaque commune. Je fais partie de ceux qui soutiennent qu’il faut absolument octroyer des budgets aux communes et on pourra les contrôler. Il y a quand même des contrôleurs et on peut amener chaque commune à se prendre en charge. Mais le gouvernement veut gérer à lui tout seul le budget. Evidemment, ça permet les détournements, la gabegie, la dilapidation des fonds. C’est vraiment dommage, c’est pas le changement ça.
 
Aviez-vous les preuves des chiffres que vous venez d’avancer ?
 
Ce n’est pas les preuves qui manquent. Il suffit de faire le décompte voyage après voyage. On trouvera exactement le montant voire plus.
 
Parlons à présent de l’Assemblée nationale. Quelle appréciation faites-vous de la situation qui y règne ?
 
Notre Parlement est en décadence. C’est vrai c’est ma première expérience au Parlement mais j’ai comme impression que le président de l’Assemblée nationale est entrain de vivre un cauchemar tout simplement parce que notre Assemblée est aujourd’hui a géométrie variable. Or dans la plupart des Assemblées c’est une situation fréquente. Il n’est pas anormal de voir une Assemblée à géométrie variable. Mais dans le cas du Bénin ici, quand la majorité bascule du camp de la mouvance vers celui de l’opposition, le président fait tout pour bloquer les votes. Si on doit voter et il sait que la majorité est dans son camp, il est prompt à demander le vote sur tout et sur n’importe quoi. Ça fait qu’on est entrain de vivre un cauchemar. Mais ce qui me réjouit contrairement aux autres qu’ils disent qu’ils ne sont pas fiers d’être députés, moi je suis bien fier parce que je sais que je suis en phase avec mes électeurs. Je ne suis pas un député Fcbe donc je ne suis pas là pour être redevable ni vis-à-vis du président de l’Assemblée ni vis-à-vis du chef de l’Etat mais je suis redevable vis-à-vis de mes électeurs avec qui j’ai un contrat. Et les députés qui se laissent acheter ne sont pas dignes de représenter le peuple. Vous n’êtes pas sans savoir que tous députés Fcbe ou apparentés aujourd’hui prend 2 millions par mois en plus de ses indemnités parlementaires normales. Et, hormis cela, ceux qui ont abandonné leur camp initial pour rejoindre Fcbe ont empoché de l’argent. Ça varie de 20 millions à 600 millions de francs Cfa selon le cas. Ça s’est passé sur une longue période et le pouvoir en place est prêt à donner n’importe quoi juste pour s’acheter des députés. La corruption Etat a été érigée en système de gouvernement. C’est une décadence totale. Je pense que cette Assemblée est une honte pour notre Démocratie. Elle est honnie par son président, le professeur Mathurin Coffi Nago.
 
Dans l’affaire Gbadamassi, on a appris que le député a touché une avance de plus de 300 millions sur un total de 2 milliards, montant de son transfert. Vous y croyez ?
 
J’y crois, parce que j’ai eu à faire moi-même des recoupements. On ne sait peut être pas tout mais ce que je peux dire après avoir glané des informations ici et là, l’enveloppe de 2 milliards était une opération d’envergure couvrant plusieurs députés. La chose ayant été désamorcée, parce que perçue très tôt, Gbadamassi ne voulant pas laisser la cagnotte a promis convaincre les autres à le suivre. Je ne nommerai pas puisqu’il ne me revient pas de le faire.
 
Chose curieuse, au cours de cette même période d’autres noms ont été avancés comme étant de probables transfuges vers Fcbe. On a appris que l’honorable Augustion Ahouanvoébla était sur la liste au même titre que Jean-Baptiste Edayé. Il n’y a jamais de fumée sans feu n’est-ce pas ?
 
C’est vrai, il n’y a pas de fumée sans feu. Augustin Ahouanvoébla a bel et bien démenti. Il a même menacé de poursuivre les auteurs de faux et usage de faux. Depuis lors c’est silence radio. Ça veut dire qu’on a voulu le mouiller. C’est pareil pour le collègue Edayé. Ce qui est sûr, s’ils étaient dans le coup, ils allaient se manifester. Je pense qu’on a voulu les y entraîner de force. Ils ont résisté. Avec le temps on verra. Toujours est-il que Gbadamassi qui, au début disait qu’il voulait escroquer le gouvernement parce que le pouvoir a de l’argent à jeter, voulait donner la preuve que le président Yayi Boni est corrupteur, apparemment il a changé d’avis, il a pris les sous et il veut en faire bon usage. Ce qui est sûr, le peuple Béninois vient de voir que nous avons un président de la République qui ouvertement corrompt qui il veut. Il nargue même le peuple avec l’argent du contribuable. Au lieu de mettre le peuple au travail, au lieu d’unir les fils de ce pays, il sème la division chaque jour qui passe.
 
Trop de débauchages. A quoi ressemble aujourd’hui le parlement Béninois ?
 
Vous savez qu’il y a des gens qui ont peut être mal géré des structures hier et craignant d’être interpellés se couvrent de manteau de député. Il y a des gens qui se savent rechercher par la justice mais qui viennent s’y réfugier. Le compte est à demander à ceux qui les positionnent sur les listes. Je crois que si notre démocratie fonctionnait correctement, toutes ces personnes seraient démasquées.
 
L’Assemblée est malade, qu’en est-il des autres institutions à votre avis ?
 
On n’a pas de Cour constitutionnelle digne de ce nom. C’est dommage, je le dis à regrets. C’est vrai qu’il y a parmi les sages qui y siègent des personnes éminemment compétentes mais leur mode de désignation jette de doute quant à l’issue des décisions que ces personnes vont rendre. Il y a d’autres qu’on sait bien qu’elles ne méritent pas d’être là. Et pourtant le chef de l’Etat les a mises là. Ça lui incombe cette prérogative. Quand on laisse la Cour constitutionnelle et on vient à la Haute cour de justice, nous avons voulu équilibrer la composition de cette Institution. Le pouvoir ne nous a pas laissé les mains libres et ce faisant, nous n’aurons pas une Haute cour de justice digne de ce nom. La Cour Constitutionnelle est acquise, la Haute cour de même, la Cour suprême, n’en parlons pas, le Parlement ne joue plus son rôle de contre pouvoir, le président de la République ne respecte même pas la Constitution, il sème la division, s’emploie à corrompre chaque jour qui passe. Vraiment, notre Démocratie vient d’être chiffonnée, d’être froissée, d’être réduite à moins que rien. Tout simplement par la volonté d’un seul homme qui prône le Changement. Il a berné le peuple Béninois et je pense qu’il doit démissionner.
 
Les députés aussi ne jouent plus leurs rôles. Votre opinion ?
 
Ce sont les Fcbe et le président Mathurin nago qui contraignent les députés à s’écarter de leurs rôles traditionnels. Nous devons légiférer et contrôler l’action du gouvernement. Vous avez vu que chaque fois nous désertons l’hémicycle quand la Démocratie est en danger, nous avons voté contre ce qui ne paraît pas bien à nos yeux, nous avons tambouriné. Tout cela participe de notre désaveu de la manière dont notre Assemblée est gérée. Les débats ne sont pas de qualités et ça c’est la faute au président de l’Assemblée nationale. On compte sur une majorité mécanique achetée à des millions de francs pour faire passer ce que le chef de l’Etat veut. Nous sommes dans un système despotique. Regardez, c’est la mode il faut aller rechercher des terres et donner des engins aux producteurs sans les avoir initiés préalablement à l’utilisation.
 
L’Assemblée nationale de plus en plus est transformée en un ring. Encore une mauvaise image ?
 
Je suis d’accord avec vous. Mais ça arrive dans presque toutes les Assemblées du monde. Tout ce qui se passe dépend du niveau intellectuel de chacun. Je suis désolé de le dire. Nous n’avons pas les mêmes tempérament ni la même éducation. Quand le pouvoir en place chauffe à blanc certains députés et encourage d’autres à narguer leurs collègues, tout ceci constitue un terreau favorable aux empoignades, aux injures que nous constatons. C’est dommage. C’est législature dite du Changement est vraiment piteuse mais je suis fier d’être député et je jouerai ma partition jusqu’au bout. Je ne me laisserai pas acheter. Je l’ai dit, tout le budget de l’Etat ne pourra pas m’acheter. Je ne suis pas rassasié, je n’ai pas faim non plus.
 
Et si le Prd décidait de rejoindre la majorité présidentielle. Qu’en sera-t-il de votre côté ?
 
Si aujourd’hui le Prd dans une dynamique d’unité nationale décide dans ce sens, je l’ai dis et redis, Akotègnon Raphael n’ira pas au gouvernement. Il y a beaucoup d’autres personnes qualifiées. Mais au point où on en est nous ne pouvons pas apporter notre caution à ce régime là, qui ment au peuple, qui fait souffrir le peuple et qui s’écarte de tous les textes de notre République. Je ne pense que Me Adrien Houngbédji et tout le bureau politique puissent accepter de collaborer avec un pouvoir de ce genre.
 
Que pensez-vous de l’opposition ?
 
Nous jouons notre partition. Seulement, le pouvoir a pris un semblant de décret qui est une coquille vide et veut que nous venions nous déclarer. Non. En son temps, le chef de l’Etat dès qu’il a pris fonction a dit qu’il devrait réorganiser les choses de manière à renforcer les statuts de l’opposition. Mais il est resté sans rien faire pendant plus de deux ans et demi. Dans le même temps, il a fait des pieds et des mains pour étouffer et diviser l’opposition. Et il a fallu qu’on dise avec ou sans les moyens nous allons continuer de faire l’opposition pour qu’il se gène pour signer un semblant de décret qui octroie un secrétaire de direction, un directeur de cabinet et puis un véhicule de fonction. Ce n’est pas de ça on a besoin. La loi sur le statut de l’opposition dit qu’elle doit être consultée sur les grands dossiers de la Nation. Ça suppose qu’il faut avoir une équipe de chercheurs et de cadres qui réfléchissent. Ça suppose aussi qu’il faut avoir accès aux antennes de médias publics : l’Ortb. Prenez l’exemple de la retransmission des débats parlementaires, il a fallu que nous sortions notre caméra privée pour qu’on commence par les retransmettre petit à petit. Même le directeur général de l’Ortb a eu à dire : « Laissez Yayi Boni faire de l’Ortb ce qu’il veut et quand vous serez au pouvoir vous en ferez ce que vous voudriez. Mais c’est grave. L’ortb en général est un organisme de service public et qui doit être accessible à tout le monde. C’est devenu un outil de propagande du chef de l’Etat. Où allons nous ? Si nous sommes aux affaires, nous allons nous laisser guider par l’équité et l’intérêt général. Si nous faisons mal comme le fait le pouvoir du Changement, les citoyens sont là pour nous juger.
 
Vous n’aviez pas l’impression que le chef de l’Etat maîtrise toutes les Institutions et les médias ? Cela ne traduit-il pas l’impuissance de l’opposition ?
 
Est-ce que c’est une maîtrise ? C’est plutôt un aveu de faiblesse de prendre l’argent du contribuable pour acheter tout le monde. Beaucoup de cadres qui servent aujourd’hui sous le Changement sont dans un silence pesant. Ceux-là ne peuvent rien dire parce qu’ils regrettent. Ils ont honte. Dire que le chef de l’Etat est fort c’est trop facile, c’est grave.
 
Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à militer au sein du Prd ?
 
C’est une question de conviction. Les militants du Prd m’ont sollicité pour briguer le mandat de député et j’ai répondu à leur appel. Je suis en mission pour eux.
 
De loin, comment appréciez-vous le parti ?
 
Le Prd est un parti de masse. C’est un parti qui est collé aux réalités de ses militants. C’est vrai que la chance n’a souvent pas permis au Prd de conduire la destinée de ce pays mais pour le laps de temps dont il a bénéficié, il a apporté sa pierre à l’édifice.
 
Après la déclaration de mars 2008 et Bohicon, la situation à l’Assemblée nationale, les contradictions, que vaut aujourd’hui le G4 ?
 
C’est mentir que de ne pas reconnaître qu’il y a une perturbation. Mais ce n’est qu’une vague ça va se calmer. Le G4 traîne un fardeau constitué par les hésitations d’un de ses membres ; notamment la Renaissance du Bénin (Rb) qui semble ne pas se décider. Depuis le vote du budget 2009, la Rb a obligé l’intergroupe à tempérer ses ardeurs. On pensait que c’était juste un moment de réflexion passager mais jusque-là ça traîne. Et on constate que la Rb semble ne plus être dans la même dynamique. On en prend acte mais cela ne diminue en rien notre volonté d’aller en avant dans un dynamique unitaire.
 
Avez-vous cherché à savoir pourquoi la Rb va à reculons ?
 
Les raisons sont nombreuses. Et seuls les chefs de parti sont les voix autorisées à les énumérer. Au cours de plusieurs réunions la question a été posée et la Rb nous a répondu de patienter afin qu’elle règle les perturbations internes au parti. Après, les choses iraient normalement. Mais ça fait 4 ou 5 mois que ça dure et nous n’entendons plus nous laisser prendre en otage.
 
Au cours de vos réunions qui représentait la Rb ?
 
Ça varie. Si ce n’est pas le président, c’est Léhadi Soglo, parfois des députés comme Georges Bada ou même, paix à son âme, feu Paulin Tomananga ou d’autres membres du bureau politique qui ne sont pas députés comme l’ambassadeur Mongbè ou le doyen Dégbé.
 
Le Changement des représentants à ces réunions explique-t-il la persistance des problèmes ?
 
Il ne nous revient pas de choisir les représentants d’un parti donné. Quand la réunion est annoncé, le parti nous informe qu’il nous envoie tel représentant et on suppose qu’il fera une bonne restitution de ce qui sera dit. Ce n’est pas un problème de ceux qui viennent représenter le parti. C’est un problème de fond qui se pose à la direction de ce parti.
 
Vous dites ne plus être disposé à vous laisser prendre. Est-ce que bientôt on entendra parler du G3 ou du G2 ?
 
C’est possible. Le G4 peut devenir le G3 ou le G2 ou même le G5. Dans tous les cas, l’heure n’est plus aux hésitations et si la Rb continue d’agir comme elle le fait maintenant, nous serons bien obligé de faire le reste du chemin sans elle.
 
Comment pouvez-vous vous débarrasser aussi facilement d’une cheville ouvrière qu’a été la Rb lors de la création du G4 ?
 
C’est un plaisir d’être avec la Rb, mais si ce parti pour d’autres considérations estime qu’elle ne peut plus être dans notre dynamique, on ne la forcera à rester. Donc nous ne voulons pas nous débarrasser de la Rb, mais elle ne pourra pas nous empêcher d’avancer.
 
Comment voyez-vous le reste du chemin sans la Rb ou les autres qui hésitent ?
 
Non, à part la Rb, il n’y a pas d’autres partis qui hésitent au contraire, quand on reprendra la route, d’autres nous rejoindront. Je tais pour le moment leur nom.
 
Que pensez-vous de la position adoptée récemment par Louis Vlavonou ou Biokou Firmin ?
 
Biokou Firmin a suppléé a l’honorable Abiola qui n’a jamais voté pour nous. Louis Vlavonou n’a pas fait autre chose, seulement qu’il comptait parmi les 6 que nous avons désignés pour nous représenter à la haute cour de justice. Et l’honorable Rosine Soglo a même refusé qu’on change les noms. A la plénière qui avait été convoquée aux pas de charge, l’honorable Vlavonou pensait que la désignation allait être confirmée. Il était parti pour sauver sa place. Mais la Rb ne peut pas nous dire qu’on ne lui a pas dit de ne pas arriver. Il était convenu que nous n’allions pas changer un iota aux six noms que nous avons désignés.
 
Ces questions n’auraient-elles pas été réglées si vos leaders Me Adrien Houngbédji et Bruno Amoussou étaient à l’Assemblée ?
 
Non, non, non, ils ne sont peut-être pas là physiquement. Mais nous sommes toujours en concertation. Nous avons des rencontres périodiques. Ce n’est pas la présence physique sur les lieux qui importe. Ils participent toujours aux votes par procuration. Ils donnent leurs avis, ils nous donnent des instructions. L’essentiel c’est d’être en phase avec ses électeurs qui nous ont donné mandat. D’ailleurs, depuis le début de cette législature, le président Nago a montré qu’il fait fi du bon sens. Vous avez vu le sort qui avait été réservé à l’intervention de Me Houngbédji sur la loi portant instauration du service militaire.
 
Parlons à présent de 2011. Le G4 présentera-t-il un candidat unique ou chaque parti présentera son candidat ?
 
Quand le moment viendra vous saurez car je ne suis pas mandaté pour parler au nom du G4. Les discussions sont en cours et le moment venu vous en saurez davantage.
 
La candidature de Léhadi Soglo peut-elle menacée celle de Me Adrien Houngbédji dans la perspective d’une candidature unique ?
 
Non, Léhadi Soglo est membre du G4 et jusqu’à preuve de contraire il s’alignera sur la décision du G4 d’après d’ailleurs ses propres déclarations. Je ne pense pas que Léhadi Soglo choisira de ne pas respecter la décision du groupe quand le problème se posera.
 
La probable candidature de Bio Tchané semble gêner aussi bien la mouvance que l’opposition.
 
Non, vous ne pouvez pas interdire à un citoyen d’être candidat, sauf si la personne avait donné sa parole dans une dynamique de groupe. Concernant Bio Tchané il est libre de se présenter, porté ou non par un groupe donné, je ne vois pas ce que ça va changer vraiment.
 
Réalisé par Fidèle Nanga et Jean-Christophe Houngbo

Malgré ses multiples occupations du jour, l’homme nous a reçu avec promptitude. Ce qui n’était pas évident vu qu’il était pris de court pour un entretien qui doit durer au minimum deux heures. Vivant dans un appartement de luxe modéré, c’est un député étendu à même le sol sur un pagne étalé sur les carreaux qui a discuté à bâton rompu avec nous. Il avait des journaux presque aux quatre coins de son salon et surtout à portée de main. Tout au long de l’entretien, il était préoccupé de nous sentir à l’aise, comme chez nous. Autant de qualités retrouvées en lui et qui ont fait tache d’huile dans l’interview qu’il a nous accordé. Sauf, le sujet concernant ce qu’est devenu son ancien président de parti Lionel Agbo, le député Raphaël Akotègnon n’a pas fait langue de bois sur ce qu’il y a lieu de clarifier. Nous avions fait le tour d’horizon de l’actualité politique avec le député du Parti du renouveau démocratique, élu dans la 15ème circonscription électorale. L’avenir de son parti et du G4 le préoccupe, au point où il n’a pas hésité à dire haut ce que tout le monde panse bas. « Le G4 traîne un fardeau surtout avec les hésitations de la Rb.. » Aléjo Gbadjaaa’a reçoit ainsi le jeune député.
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Tag(s) : #EDITORIAL
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