lundi 8 juin 2009, par DP Le Grand Journal
L’Unesco aura un nouveau directeur général en septembre. Notre compatriote Nouréïni Tidjani Serpos s’est porté candidat à la succession du Japonais Koïchiro Matsuura. Alors que cette ambition noble a reçu l’assentiment de tout le peuple béninois, c’est le gouvernement de notre pays qui après le dilatoire observé dans l’enregistrement de la candidature de notre concitoyen, s’abstient à le soutenir parce que le Bénin aurait un autre candidat, Irina Bokova.
Romain L. KIKI
Lorsque l’information a commencé par circuler que le Bénin ne soutiendra pas notre concitoyen Nouréïni Tidjani Serpos, beaucoup n’en croyaient pas. Même les blocages observés dans l’enregistrement de sa candidature n’ont pas suffi pour persuader les patriotes qui ne voulaient même pas imaginer cela.
Aujourd’hui c’est clair. Nouréïni Tidjani Serpos ne peut pas compter sur son pays dans son combat devenu national, pour la conquête de la direction de l’Unesco. Des informations reçues de Bruxelles, nous ont renseignées il y a quelques semaines que le Bénin soutient une autre candidature et c’était la raison de la tergiversation de l’enregistrement du dossier de notre compatriote.
Comment expliquer que pour un enjeu aussi patriotique, le gouvernement béninois soutienne l’ambassadrice bulgare en France, Irina Bokova au détriment du Béninois émérite Nouréïni Tidjani Serpos, sous directeur de l’Unesco chargé du département l’Afrique ? Quelles raisons motiveraient cet acte inqualifiable ?
Des recoupements et investigations, il ressort que notre pays a donné son accord à la Bulgarie mi février 2009.
En effet, le 18 février dernier Irina Bokova, candidate bulgare à la direction de l’Unesco était en visite officielle au Bénin. Elle était accompagnée du Vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères de son pays, M. Ivaïlo Kalfin. Au cours des diverses rencontres avec le chef de l’Etat et des membres du gouvernement, notre pays a décidé de soutenir la Bulgarie. Nous ignorons quelle est la contrepartie de la transaction.
Cependant la question qui mérite d’être posée est de savoir qu’est-ce qui équivaudrait le sacrifice d’un brave et digne Béninois dont, la promotion à la tête de l’Unesco ne sera que profitable à notre pays à tous égards ?
Si le gouvernement savait qu’il ne soutiendrait pas Nouréïni Tidjani Serpos, et qu’il avait déjà donné son accord pour une candidature étrangère, pourquoi le chef de l’Etat a –t-il écrit pour soutenir le compatriote ?
Les déboires du candidat béninois dans l’enregistrement de son dossier ont aujourd’hui leur réponse. Le gouvernement était dans l’embarras. Même la réunion de Tripoli pour convaincre Tidjani Serpos à renoncer à sa candidature n’a pas prospéré.
Maintenant que la candidature de Tidjani Serpos est effective et que le soutien matériel, financier et humain de la diplomatie béninoise est attendu, c’est le ministre des Affaires étrangères en personne qui vient déclarer sur les médias que notre frère Nouréïni Tidjani Serpos n’a pas de chance.
Cette affaire est très sérieuse et mérite que tous ceux qui ont une influence dans notre pays et sur notre pays intervienne car rien ne justifie ce comportement du régime du changement. Préférer une étrangère à un compatriote dans un challenge pour un poste mondial est extrêmement grave.
De la candidature de Tidjani Serpos a la direction générale de L’Unesco
03 JUIN 2009, Olympe BHÊLY-QUENUM, Ecrivain
Quand la presse béninoise a eu annoncé que notre compatriote Nouréini Tidjani Serpos avait fait acte de candidature à la Direction générale de l’Unesco, l’information a fait jubiler des Béninois, aussi bien au pays que dans la diaspora ; j’y ai décelé un élan patriotique qui a provoqué un étrange jaillissement dans mes tréfonds ; des journaux devaient, assez vite, préciser que l’intéressé avait « la lettre de soutien du chef de l’Etat » ; une telle intervention, quoique légitime, me sembla, ouf ! à l’honneur de la politique du changement dont nombre des méthodes m’agacent ; n’empêche, prudent, méfiant à cause de la « béninoiserie » devenue l’idiosyncrasie de certaines coteries, j’ai préféré mon quant-à-soi aux débordements d’enthousiasme ; les vodúns de la terre natale en soient loués, l’affirmation de DP Le Grand Journal, que voici, qui me fit sursauter, justifia ma réserve :
« A quelques jours de la clôture du dépôt des candidatures, et malgré la lettre de soutien du chef de l’Etat, le dossier de Nouréini Tidjani Serpos souffre. Jusqu’à présent, sa candidature n’est pas officiellement enregistrée au secrétariat de la présidence du conseil exécutif de l’Unesco. »
Il y a 21 ans que j’ai quitté l’Unesco, n’empêche, de part et d’autres des appels téléphoniques de compatriotes ,voire des membres d’une Amicale me demandent encore ce qui se passe dans le Landerneau politique béninois, si le chef de l’Etat avait « sincèrement donné son soutien à Monsieur Tidjani Serpos », s’il était « faux-cul », s’il jouait « double jeux, car l’Egypte et la Bulgarie » auraient reçu son soutien ; si « l’ambassadeur-délégué permanent du Bénin près l’Unesco pouvait ne pas obtempérer à une décision du chef de l’Etat », etc.
Homme très intelligent, fin et subtile, mon ami Olabiyi Yaï ne saurait se prévaloir des exigences du Conseil exécutif de l’Unesco dont il est le président en exercice, pour barrer la route à la candidature d’un citoyen béninois à la Direction générale, car il est avant tout l’ambassadeur-délégué permanent du Bénin.
D’autres égrèneraient son curriculum vitae d’enseignant à l’Université de Paris VIII, à l’Université nationale du Bénin city, au Nigeria, etc. Nouréini Tidjani-Serpos, actuel sous- directeur général de l’Unesco et responsable du département Afrique, j’ai connu ses parents, et lui-même quand il était jeune ; que ce soit au Bénin ou en France, pas un membre de sa famille ne m’est étranger ; je me souviens d’avoir publié au Bénin un texte intitulé « Ce que je dois à Abdou Tidjani Serpos, son père, un ethnologue dont une étude sur le rituel vodún m’avait fasciné ; à l’Unesco dont j’ai pris congé en 1988, j’observais et étudiais Nouréini dans ses fonctions d’ambassadeur-délégué permanent du Bénin ; il m’arrive aujourd’hui de relire le poète, ou bien, le critique littéraire talentueux, perspicace, parfois caustique ; il y a aussi ses textes et prises de position d’homme de culture dont l’impact dans l’organisation du premier festival mondial des arts et cultures Vodun OUIDAH 92 (qui eut lieu en 1993) ; Nicéphore Dieudonné Soglo alors président de la République du Bénin, était l’initiateur de cet extraordinaire événement culturel dont Nouréini Tidjani Serpos était le .coordinateur.
Pour la première fois je vais rapporter une appréciation de mon très regretté ami brésilien Jorge AMADO : un philosophe béninois avait déclaré : « le vodou est un culte et non une culture » Le Monde, quotidien français, s’était fait l’écho de cette énorme ânerie qui révélait l’inculture de son auteur ; l’immense écrivain brésilien à qui je montrais certains des couvents vodún où j’avais effectué des recherche m’a demandé : « pourquoi ce philosophe, fils de pasteur protestant, a fait une telle dichotomie entre culte et culture ? Est-ce qu’il ignorerait que dans toutes les religions le culte est soutenu par la culture et le fait fonctionner ? »
De retour à Cotonou, j’ai donné à Jorge Amado un texte de Nouréini Tidjani Serpos traitant du rôle du vodún et d’orisha dans l’œuvre de Wole Soyinka , prix Nobel de littérature ; le lendemain, le grand Brésilien qui avait lu nombre de mes ouvrages m’a exprimé sa gratitude et ajouté : « Olympe, il faudrait que tu viennes au Brésil, le texte de ton ami Tidjani et certains de tes propres livres doivent être traduits dans mon pays ; le Bénin et le Brésil ont tant de choses en commun… » Voilà, brièvement, quel Africain est pour moi le Béninois qui a décidé de faire acte de candidature à la direction générale de l’UNESCO.
La chronique du 20 mai 2009
Jérôme Carlos
C’est officiel : le Bénin, par les voies les plus autorisées, soutient notre compatriote Nouréini Tidjani Serpos qui postule au poste de Directeur général de l’UNESCO. Voilà un challenge de poids et de taille. Il faudra en dégager le sens et la signification pour le Bénin. Il ne s’agit de rien d’autre, à travers la personne et la personnalité de l’un des nôtres, d’avoir la haute main sur la culture, l’éducation et la science au plan universel.
Pour un petit pays du Golfe de Guinée comme le Bénin, c’est, sans nul doute, un pari immense. Comme quoi l’on peut être un petit pays et produire des hommes et des femmes de très grande valeur. La superficie d’un pays se mesure en kilomètres carrés. Il n’y a pas, à proprement parler, d’unité de mesure de la valeur des hommes et des femmes. Le seul indicateur, ici, c’est le mérite. Il sert à reconnaître et à apprécier les gens dans les différents domaines où ils engagent leur compétence, dans les diverses sphères d’activités où ils exercent leur talent.
C’est pour cela que nous avons parfois, il faut le dire, un petit pincement au cœur : notre pays qui sait produire de grands esprits ne sait pas encore comment impulser son développement à la fois matériel, spirituel et éthique. Il continue de se chercher sur les chemins problématiques d’un sous-développement dur et qui perdure. C’est à se demander à quoi sert-il d’avoir de grands esprits qui brillent au firmament de la notoriété pendant que le pays a les pieds dans la gadoue ?
Pour en revenir à Nouréini Tidjani Serpos, nous lui reconnaissons de grands et solides atouts dans l’entreprise dans laquelle il s’engage ; dans l’entreprise dans laquelle s’engage avec lui son pays ; dans l’entreprise dans laquelle devront s’engager, avec le Bénin, les pays africains et tous les autres. Prétendre au fauteuil de patron de l’UNESCO, c’est partir à la conquête de l’Himalaya. Il n’en faut pas peu pour se frayer un chemin jusqu’à destination, après avoir évité l’écueil des intérêts contradictoires, le piège des exigences impossibles, voire absurdes. Un vrai parcours du combattant.
Plaide d’abord pour Nouréini Tidjani Serpos son coefficient personnel. Ce haut cadre est un homme multidimensionnel qui a plus d’une corde à son arc. A 63 ans, ce professeur de lettres a enseigné à l’Université de Benin-City au Nigeria, à l’Université nationale du Bénin à Cotonou. Il a eu à occuper, au Bénin, d’éminentes fonctions dont notamment celles de conseiller aux affaires culturelles du Premier ministre puis du Président de la République du Bénin, Nicéphore Soglo.
En 1992, il fut nommé ambassadeur, représentant permanent du Bénin à l’UNESCO dont il fut élu, en 1966, Président du Conseil exécutif. Depuis 1998, il est Sous Directeur général de l’UNESCO, chargé du Département Priorité Afrique. Il est, par ailleurs, poète, romancier et écrivain. Comme on le voit, c’est un homme de gros calibre qui s’élance vers le plus haut échelon de l’UNESCO. Il dispose, dans cette ascension, d’assez de munitions pour prendre en main une maison qu’il connaît bien.
Plaident ensuite pour Nouréini Tidjani Serpos, les circonstances dans lesquelles intervient sa candidature. Les Occidentaux, qui sont les principaux bailleurs de l’UNESCO, ont oublié le passage à la tête de celle-ci d’un Africain, en l’occurrence le Sénégalais Mahtar M’bow avec qui ils ont eu des relations heurtées. Parce que ce dernier paraissait alors trop " socialisant " à leur goût, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne durent se retirer de l’Organisation. Cet état d’esprit a favorablement évolué depuis.
En outre, le Ghanéen Koffi Annan, en deux mandats, comme Secrétaire général des Nations Unies, n’a pas déçu. Il a battu en brèche le préjugé selon lequel l’Afrique et les Africains seraient fâchés avec les principes de la bonne gouvernance. L’arrivée à la Maison Blanche de Barrack Obama a valeur d’une réhabilitation universelle du Noir et de l’Africain, notamment. On ne cherchera plus à ce dernier les poux. Il n’a qu’une tête comme les autres, mais il n’a pas moins de tête que les autres. Plaide, enfin, pour Nouréini Tidjani Serpos, l’une des décisions qui a marqué la conférence des ambassadeurs du Bénin organisée à Cotonou en mars dernier. Le Bénin s’impose, en effet, le devoir de promouvoir nos compatriotes dans les organisations internationales.
Voilà, avec Nouréini Tidjani Serpos, un test grandeur nature pour la diplomatie béninoise. Il s’agit, au-delà des mots et du vœu de passer aux actes. C’est tant mieux si c’est Nouréini Tidjani Serpos qui, en nous servant de cobaye, rafle la toute première mise de cette offensive diplomatique projetée. Le Bénin n’en sera que plus honoré. Et nous aussi.
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