Bénin: Un limogeage sulfureux
Par l'Abbé André S. Quenum
Au fil des événements qui tissent notre histoire, cette semaine fait réfléchir pour plusieurs raisons. Au compte des événements particulièrement marquants, le dinosaure Omar Bongo s’est éteint. Et, bien des bouleversements s’en suivront au Gabon et en Françafrique. Ça ne fait que commencer ! Au titre des faits positifs, la nation béninoise le doit à l’ultimatum de la Cour constitutionnelle de voir finalement installer la Haute Cour de Justice, 3e mandature, et la seule réellement installée à ce jour. Mais, la voir fonctionner est une autre paire de manches.
Dans le registre des événements inquiétants, on peut citer : le désordre de certaines écoles privées, l’insécurité toujours difficile à maîtriser, la situation de plus en plus compliquée dans le monde de la santé. Autant de dossiers dans lesquels les citoyens s’impatientent de voir l’Etat faire preuve de plus d’assurance. Mais il n’en est rien, nonobstant ce que marches et communiqués font croire. La gestion scabreuse des ‘dossiers de la santé’ a été invoquée par le conseil des Ministres pour justifier le limogeage de Soulé Mana Lawani, ministre de l’Economie et des Finances.
S’il est vrai que des ministres ont pu, sans l’accord du gouvernement, prendre un arrêté de primes pour des travailleurs, engageant ainsi la responsabilité de l’Etat à hauteur de plusieurs dizaines de milliards, mais que l’Etat ne s’en rende compte qu’un an après, il faut, une fois le bouc émissaire sacrifié, s’inquiéter des faiblesses de l’appareil d’Etat. Quelles autres surprises nous attendent donc ? Si par contre la justification du limogeage est un montage, il faut s’inquiéter de l’anguille cachée sous la roche, ou du squelette qui gît dans le placard.
Dans tous les cas, ce limogeage dégage du sulfure. Du soufre qui intoxiqua les médias pour une belle et enivrante cacophonie, et pour la localité dont le ministre est «natif» puisque ses populations, logiques par rapport au système mis sur pied, se plaignent du sort de «leur» ministre. Mais surtout, ce sulfure est potentiellement inflammable au compte de tous les dessous qu’on ignore encore mais dont la fumée ne peut se dissimuler de façon permanente. Pauvre Bénin !
Abbé André S. Quenum
Source LA CROIX DU BENIN - 12/06/2009
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