Le 2 septembre, dans l'après-midi, le colonel Mouammar Kadhafi a organisé sous sa tente une médiation entre le président Thomas Boni Yayi et son prédécesseur Mathieu Kérékou. Les deux hommes ne se parlaient plus depuis kala-kala. Pour cette tentative d'embrassades, le "Guide" était assisté du président malien Amadou Toumani Touré "ATT".
Cette réunion de pacification, qui a duré trente-cinq minutes, n'a pas vraiment fait bouger les lignes, comme on dit au Quai d'Orsay… Kérékou a déclaré sibyllin : "Le linge sale se lave en famille à condition qu'on sache qui a sali les draps". Selon nos informations, deux dossiers lui restent au travers de la gorge. Le premier est le limogeage du Dr Simon Idohou du poste d'ambassadeur aux Nations unies, alors qu'après son élection à la magistrature suprême, Thomas Boni Yayi avait promis en présence de Mathieu Kérékou et des présidents congolais Denis Sassou Nguesso et nigérien Mamadou Tandja qu'il le maintiendrait à ce poste. Egalement présente à ce sommet très intime, l'épouse de l'ambassadeur, Chantal de Souza Idohou, surnommée "Notre-Dame du palais" durant les dernières années de règne de Kérékou, qui faisait la pluie et le beau temps au palais de La Marina sur les dossiers économiques.
La seconde pomme de discorde est la publication d'un ouvrage de Reckya Madougou, ministre de la microfinance, de l’emploi des jeunes et des femmes - Mon combat pour la parole (L'Harmattan) - qui étrille l'ancien président Mathieu Kérékou pour avoir eu des velléités de se maintenir au pouvoir en changeant la Constitution. A l'époque, Reckya Madougou était en flèche au sein du mouvement de la société civile Touche pas à ma constitution.
De son côté, le président Thomas Boni Yayi reproche à Mathieu Kérékou son soutien supposé à Abdoulaye Bio-Tchané, ancien directeur Afrique du FMI et actuel président de la BOAD (Banque ouest-africaine de développement). Bio-Tchané ne cache pas qu'il entend bien se présenter en mars 2011 à la succession de Thomas Boni Yayi qui a lui-même utilisé la BOAD comme tremplin pour amerrir au palais de La Marina. L'inquiétude de Boni Yayi - qui compte bien rempiler - est que l'opposition a décidé d'organiser des primaires pour présenter un seul candidat contre lui.