11-03-2009 - FRATERNITE
Commercialisation de l’essence frelatée à Cotonou
Après la grève déclenchée par les vendeurs de l’essence frelatée, le commerce de ce liquide inflammable a repris de plus belle dans la ville de Cotonou et ses environs. Et pourtant, les prix des produits pétroliers sont revus à la baisse au niveau des stations. Ainsi, l’on se demande si les autorités politico-administratives ont jeté l’éponge ou si la stratégie mise en place par les vendeurs de kpayo a émoussé les ardeurs des policiers.
300 voire 275 Fcfa, c’est le prix d’un litre d’essence frelatée aujourd’hui. Au retour de leur mouvement de grève observé pendant quelques jours, les vendeurs d’essence frelatée ont décidé de changer de tactique. Non seulement, ils installent leurs marchandises aux abords des voies défiant ainsi les forces de l’ordre, mais ils ont également diminué le prix de leur produit livrant une concurrence sans merci aux stations. C’est la seule façon pour eux de ne pas perdre leur clientèle puisqu’à la pompe, l’essence est vendue à 350 Fcfa le litre. Une différence de 50Fcfa qui n’est pas trop grande pour certains mais qui n’est pas non plus négligeable pour d’autres. « Lorsque nous avons commencé cette guéguerre avec les forces de l’ordre, nous avions maintenu le prix de nos produits au même niveau qu’à la station et nous avons constaté que cela n’a pas été rentable.
Bien au contraire, nos clients ont commencé par nous fuir et nous avons connu une période de mévente. Je suis content qu’à l’unanimité, nous avons décidé de baisser le prix de l’essence frelatée parce qu’une seule personne ne pouvait pas prendre cette décision », a confié Justin, un vendeur d’essence Kpayo rencontré à Agla. Ainsi, ils sont nombreux à applaudir cette décision et à l’appliquer. « Notre présence est indispensable, puisque nous contribuons aussi au développement de notre pays. Avec l’essence frelatée, les longues files d’attente devant les stations sont limitées lorsque ces dernières sont en rupture de stock. Les stations, elles seules ne peuvent pas satisfaire aux besoins en carburant de toute la population béninoise d’autant plus qu’il y a des communes où il n’existe pas de station », a laissé entendre une autre vendeuse d’essence Kpayo. Pour l’heure, les vendeurs d’essence frelatée ne baissent pas les bras. Ils comptent lutter pour la sauvegarde de leur gagne pain. Même si parmi eux, certains condamnent le fait de transporter de l’essence frelatée sur des engins, il n’en demeure pas moins qu’ils ne comptent pas laisser leur activité.
Différence entre l’essence frelatée et l’essence de la station
Ils sont nombreux, ces usagers de la route qui s’approvisionnent toujours aux abords des voies malgré la revue à la baisse du prix de l’essence à la pompe. De nos investigations, il ressort qu’il y a un problème de qualité qui se pose entre l’essence frelatée et l’essence de la station. Mieux, l’approvisionnement au bord des voies est plus rapide et moins cher. L’essence kpayo est un carburant sale. Prélevée dans de mauvaises conditions du sous-sol au Nigeria, elle ne subit aucun traitement. Transportée dans des bidons de 50 litres, elle est souillée et contient des déchets. Conséquence, l’essence frelatée endommage les motos et véhicules, notamment les moteurs que les usagers sont obligés de réparer à grands frais. En contact avec l’air libre, elle tarde à sécher. Par contre, l’essence vendue à la station est un carburant en provenance de l’extérieur et traité au laboratoire avant la livraison par les sociétés pétrolières. De plus, arrivé au niveau des stations, ce carburant est de nouveau filtré, ce qui fait qu’à sa sortie de la pompe, elle ne contient pas de déchet et les moteurs des motos sont en bon état.
Où sont passées les longues files d’attente devant les stations ?
Finies les longues files d’attente devant les stations. Depuis la baisse du prix de l’essence frelatée, on note une disparition des longues files d’attente devant les stations-service qui sont de moins en moins envahies par les consommateurs. Il faut cependant noter que certains clients fidèles continuent de s’approvisionner à la pompe nonobstant la baisse du prix de l’essence frelatée. « Moi, j’ai toujours pris mon carburant à la station depuis que j’ai acheté ma moto. Mon mécanicien me l’a conseillé pour la survie de mon moteur. Alors, que le prix de l’essence soit revue à la hausse ou à la baisse moi, je préfère m’approvisionner à la pompe », a affirmé une jeune dame rencontrée à la station Lègba de Cotonou. « Moi, je préfère prendre mon carburant chez les vendeurs d’essence frelatée parce que chez eux, c’est moins cher et il n’y a pas de file d’attente », a confié un conducteur de taxi-moto communément appelé Zémidjan. Ainsi, les avis et les choix divergent d’une personne à une autre. On peut donc dire en observant le phénomène que les vendeurs d’essence frelatée sont une fois encore en train de ravir la vedette aux stations-service malgré les mesures prises par le gouvernement du Dr Boni Yayi. Ce qui nous amène à nous poser la question de savoir si réellement le gouvernement béninois dispose des moyens adéquats pour lutter contre la vente de l’essence frelatée aux abords des voies.
Les transporteurs récidivistes défient les forces de l’ordre
Le gouvernement du Bénin parviendra t-il à éradiquer le transport de l’essence frelatée ? Pour l’heure, les populations sont loin d’y croire. Après les dernières actions de déguerpissement des étalages et coins d’entreposage de bidons d’essence par les forces de l’ordre et les opérations de surveillance des pistes des transporteurs, le marché de l’essence kpayo a repris de belle. C’est le cas dans la ville de Cotonou où les transporteurs d’essence, après quelques de répit ont repris service. Ainsi, malgré la baisse du prix de l’essence à la pompe, ces récidivistes vendeurs de l’essence frelatée maintiennent toujours leur part de marché. Après leur grève annoncée pour 7 jours et qui n’a duré que 48 heures, les commerçants de l’essence frelatée sont revenus à la charge. Ainsi, le phénomène le plus dangereux de ce commerce qui est le transport des bidons d’essence sur des motos, perdure encore. A Cotonou, comme dans les villes environnantes, les bidons remplis d’essence circulent librement. Les transporteurs par engins à deux ou à trois roues continuent toujours leur sale besogne malgré les communiqués diffusés par le ministère de l’intérieur au sujet du transport de l’essence frelatée. Une visite sur les lagunes de Cotonou et de Porto-Novo édifie plus. Des bidons d’essence sont transportés dans des barques depuis le Nigeria. Une fois sur les berges béninoises, les conducteurs de motos prennent le relais. Ces derniers chargent quatre, cinq, voire six bidons sur une seule moto. Des motos dont les amortisseurs, la pneumatique et le siège arrière sont réadaptés pour ce genre de trafic. Une fois sur les voies publiques et pour échapper au contrôle de la police, les bidons de 50 litres sont camouflés dans des étoffes et sacs d’engrais. Des tactiques pour échapper malheureusement au contrôle des forces de l’ordre qui, selon les populations, ne maîtrisent plus la situation. Car selon ces dernières, malgré le positionnement des forces de l’ordre et les douaniers sur tous les circuits de distribution de l’essence frelatée, ces commerçant indélicats créent toujours des issues pour échapper au contrôle. D’autres préfèrent disposer les bidons dans des véhicules personnels. Dans la zone du Ceg Nokoué, les trafiquants circulent plutôt après minuit et ne sont souvent pas appréhendés par les patrouilles des forces de l’ordre. La question qui reste donc posée par les usagers de nos routes, est de savoir si le gouvernement pourra réussir cette fois-ci à éradiquer le mode de transport peu orthodoxe de ce « mal nécessaire » ? Mais, en attendant, la vente de l’essence kpayo fait son bonhomme de chemin.
Pourquoi l’opération de déguerpissement par la police a freiné ?
Que s’est-il passé ? La police ne dispose-t-elle plus des ressources matérielles, humaines et techniques ? Est-elle fatiguée des mêmes exercices de déguerpissement des vendeurs de l’essence frelatée ? Y a-t-il eu un décret gouvernemental ou un arrêté ministériel interdisant la saisie des bidons et bouteilles d’essence frelatée installés aux abords des voies de la Capitale économique du Bénin, Cotonou et ses environs ? Ce sont là autant de questions que se pose le commun des Béninois du fait de la reprise du commerce illicite du kpayo au vu et au su de tout le monde et même des autorités politico administratives. Il y a quelques semaines, la police avait déclenché une guerre sans merci contre les vendeurs de ce liquide dont les dégâts sont énormes. On se souvient encore des évènements malheureux causés par le kpayo à Porga où plusieurs personnes ont péri et tout récemment l’accident de Fidjrossè. L’abandon de cette action de déguerpissement par les policiers est désapprouvé par une grande partie de la population qui estime qu’avec la diminution des prix des produits pétroliers, notamment de l’essence qui est désormais à 350 Fcfa au niveau des stations- services, tous les usagers de la route devraient s’y rendre pour s’en approvisionner. Ce faisant, on a le droit de dire que les pertes en vie humaine dues à ce liquide n’écoeurent nullement les autorités et que les stratégies mises en place par les acteurs du secteur informel leur ont permis de défier les dirigeants politiques à divers niveaux. Vivement que des mesures idoines soient prises afin de mieux protéger et sécuriser les paisibles populations.
Un système de vente de fortune à revoir
Les vendeurs de l’essence frelatée, pour écouler leur produit, ont toujours utilisé une seule méthode. Disposer les bouteilles d’un, deux, cinq et dix litres sur des tables et étalages attendant les clients. Une méthode de fortune qui pendant longtemps les oblige à entreposer dans des hangars, cabanes et en pleines concessions des bidons remplis d’essence. Ainsi pendant longtemps, ces bidons ont nourri de nombreux incendies dans nos villes et campagnes. Pour certains clients fidèles du kpayo, certes, l’essence frelatée aide, mais ce n’est pas une raison pour qu’elle soit entreposée dans des concessions. Il va falloir que les vendeurs trouvent d’autres moyens d’entreposer ce produit inflammable, ont-ils déclaré. Aux dires de certains, avertis des questions de vente des produits pétroliers, des fûts de distribution dotés de jauges, à l’image de ceux livrés par la Société nationale de commercialisation des produits pétroliers (Sonacop) aux vendeurs locaux de pétrole seraient indiqués pour la vente de l’essence Kpayo sur nos artères.
Chimelle GANDONOU, Reece H ADANWENON, Wendy KEDOTE
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