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Répression de populations innocentes sous le changement : Djidagba, cette tragédie qui nous interpelle !

 

10 décembre 2009 par La Presse du Jour 

 

La salle Vivo du Bénin Marina hôtel de Cotonou est rentrée hier 9 décembre 2009 dans l’histoire. C’est en effet elle que le Comité pour la défense de la mémoire des paysans de Djidagba dirigée par l’honorable Ismaël Tidjani Serpos a choisie pour alerter l’opinion publique nationale et internationale sur les tueries du 29 décembre 2008. Pour les intervenants à la cérémonie de témoignage organisée par ce Comité, ce crime odieux ne doit pas rester sans suite, comme c’est le cas aujourd’hui.

 

Les massacres de paysans survenus le 29 décembre 2008 à Logou/Djidagba dans la commune d’Adja-Ouèrè continuent d’interpeller la conscience des démocrates béninois, des structures impliquées dans la défense des droits de l’homme et des personnes éprises de paix et de liberté. Hier, ils se sont retrouvés au Bénin Marina Hôtel de Cotonou, non pas seulement pour pleurer les morts, mais aussi et surtout pour interpeller l’opinion publique nationale et internationale sur la situation que vivent aujourd’hui les femmes, parents, orphelins et proches de Jacob Ahissou, Lucien Zingbé, Nanonfi Simon Ahissou, Arnauld Tongni Dèdogbé, Norbert Tangui tombés sous les balles des éléments du Groupement d’intervention de la gendarmerie nationale (Gign) le 29 décembre 2008 à Logou/Djidagba, un village de l’arrondissement de Tatonnoukon, commune de Adja-Ouèrè. Pour les organisateurs de cette cérémonie, le but visé n’est nullement de susciter la révolte populaire, mais plutôt de faire en sorte que justice soit rendue aux pauvres victimes de cette tragédie. C’est du moins ce qu’ont déclaré les députés Saka Fikara et Tidjani Serpos au nom du Comité pour la défense de la mémoire des paysans de Djidagba massacrés le 29 décembre 2008, alors qu’ils tenaient une Assemblée générale régulièrement autorisée pour le renouvellement des structures dirigeantes de leur coopérative. Les différents témoignages apportés par les rescapés de cette tragédie et certains coopérateurs qui avaient été approchés pour semer le trouble lors de la tenue de l’Assemblée générale de la Coopérative d’aménagement rural de Logou Djidagba et qui se sont ravisés après, posent manifestement la question du respect des droits de l’homme au Bénin et surtout à l’ère du changement où le pic des victimes innocentes évolue de façon inquiétante. Pour Me Julien Togbadja qui a salué cette initiative prise par le Comité pour la défense de la mémoire des paysans massacrés à Djidagba, ce dossier est un défi pour la nation béninoise et nul ne doit être de trop pour la manifestation de la vérité. « Ils ont tiré sur les paysans de Djidagba pour nous faire peur. Nous n’avons pas le droit d’avoir peur et de nous taire. Nous devons poursuivre le combat pour la manifestation de la vérité. Nous devons braver tous les obstacles pour que les commanditaires et acteurs de cette tragédie répondent de leurs crimes », a dit l’honorable Saka Fikara. Ce qui gène aujourd’hui dans ce dossier, c’est qu’aucune poursuite engagée contre les auteurs et commanditaires de cette boucherie humaine n’a jusqu’à ce jour abouti. Toutes les initiatives ont été étouffées puisque visiblement, les auteurs et commanditaires de cette tuerie bénéficient  de solides protections au niveau de l’appareil judiciaire et du pouvoir central, a indiqué M. Mathias Akponon qui, en son temps a tapé vainement à toutes les portes pour que la bombe soit désamorcée.

 

Martyrs malgré elles

 

La tragédie de Djidagba a fait ses martyrs. Les responsables et militants des partis membres de l’Union fait la Nation qui sont venus soutenir l’événement l’ont constaté. Des démocrates béninois épris de paix et de liberté ainsi que les structures impliquées dans la sauvegarde des droits de l’homme ont eu la chair de poule devant les images poignantes de cette boucherie humaine. Que faire en effet devant les témoignages  de cette paysanne, vendeuse de fruits qui a vu sa grossesse gémellaire de six mois transpercée d’une balle alors qu’elle s’est juste rendue à une rencontre ordinaire régulièrement autorisée ? Elle a certes survécu, mais les deux vies qu’elle portait en son sein ont été anéanties à jamais. L’histoire retient en tout cas que ces gendarmes qui ont ouvert le feu à Djidagba n’ont eu d’acte de bravoure que de s’en prendre à l’arme de guerre à des fœtus. Selon ses témoignages, Dame Albertine Bognon a été fusillée de dos alors qu’elle tentait de fuir. Elle était bien entendu sans défense. Où se trouve alors la sécurité de l’innocente ? A l’étape actuelle des choses, il sera bien difficile de prouver que la boucherie humaine du 29 décembre 2008 à Djidagba n’a pas été préméditée et commanditée, surtout que des personnes informées du projet de tuerie n’ont rien fait pour l’empêcher.

Affissou Anonrin

 

Zoom sur les cinq personnes assassinées et les deux rescapées

 

 

Albertine Bognon, vendeuse de fruits
Attirée par l’attroupement, elle décide d’exposer son plateau d’oranges sur les lieux où se tenait l’Assemblée générale des coopérateurs du Car/Logou Djidagba. Seulement, pouvait-elle s’imaginer que les balles rageuses des forces de l’ordre allaient transpercer sa grossesse de six mois ? Transportée d’urgence à l’hôpital, elle eut le bonheur de survivre. Mais les deux jumelles qu’elle portait dans son sein ne vont pas survivre. Elles seront les martyres anonymes de cette boucherie humaine de Logou Djidagba. Seul le fait d’amener les auteurs et commanditaires de cette répression bestiale d’une réunion pourtant autorisée à répondre de leurs actes, pourra la soulager aujourd’hui.

 

Ahouandjinou Zantèkpo, coopérateur
Il est un miraculé. Marié et père d’un enfant, il a survécu à la répression sanglante de Djidagba. Stoppé dans sa fuite par une balle qui lui transperce l’épaule droite, il a miraculeusement survécu à ses blessures. Mais son bras gardera des séquelles qu’il traînera toute sa vie comme pour rappeler, tous les jours que Dieu lui accordera, à sa communauté, cette réunion réprimée dans le sang à l’ère du changement.

 

Jacob Ahissou, coopérateur
Il est né en 1981. Marié et père de deux enfants, il a été froidement abattu par les gendarmes, alors qu’il tentait de fuir.

 

Lucien Zingbé, coopérateur
Dans le sauve-qui-peut, il n’a pas pu échapper à la mort que lui ont infligée ceux dont il servait pourtant la cause quelques minutes plus tôt. Craignant les représailles des populations, il a cherché à avoir la protection des forces de l’ordre. Mais n’ayant pas arboré ce fameux tee-shirt, il a été abattu par les éléments du Gign qui l’avaient confondu à ceux contre qui la répression étaient orientée.

 

Armand Tongni Dèdogbé, coopérateur
Il a laissé derrière lui deux femmes et six enfants qui attendent de comprendre pourquoi il est mort. Tout comme les autres, son corps est encore à la morgue sans la moindre autopsie.

 

Norbert Tongni, coopérateur
Il a succombé au centre de santé des suites de ses blessures par balles. Révoltés, ses proches ramènent son corps sur les lieux de la tragédie. Sa femme et ses quatre enfants réclament justice.

 

Simon Nanonfi Ahissou, coopérateur
Ses grandes enjambées ne l’ont pas propulsé loin pour ne pas être rattrapé par la mort que lui donnent lâchement les forces de l’ordre en mission spéciale commandée à Djidagba le 29 décembre 2008. Abattu de derrière, il tourne définitivement dos à la vie, à ses treize enfants et à ses deux femmes qui réclament que justice soit rendue.

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Tag(s) : #Politique Béninoise
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