Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

CHANGEMENT : Les illusions béninoises face à la pauvreté et à la misère

C’est à croire que la misère fortifie et aguerrit alors que la richesse fragilise et affaiblit. Ce sont de telles réflexions, pleines de paradoxes, qui pourraient bien traverser l’esprit du promeneur solitaire, en mission d’exploration, ces jours-ci, par les routes du Bénin, le Bénin des villes et des campagnes, le Bénin qui affiche des signes d’une richesse relative comme celui-là qui suinte la misère et la pauvreté.

Les Béninois, dans leur immense majorité, par les temps qui courent, sont confrontés à nombre de fléaux majeurs qui additionnent et combinent leurs effets pour pourrir leur quotidien et empoisonner leur vie. La faiblesse des revenus et l’inconsistance des moyens d’existence, le chômage, celui des jeunes notamment, la survie au quotidien, la précarité face au problèmes de santé, l’insécurité endémique, le délestage quasi permanent, les inondations annuelles récurrentes…Liste non exhaustive et non limitative.

Pourtant, à y regarder de plus près, ces Béninois sur lesquels fond le malheur comme l’aigle sur sa proie, à en juger, tout au moins, par les apparences, ne se montrent pas malheureux outre mesure. Ils semblent même avoir bon moral. Ils n’ont perdu, dans leur grande majorité, ni le sourire ni la joie de vivre. Ils continuent de se marier, de faire des enfants, d’enterrer leurs morts dans des cérémonies grandioses et onéreuses.

[Suite:]

Ailleurs, sous des cieux plus cléments, sous les latitudes tempérées, dans un environnement qui respire aisance et abondance, les statistiques disponibles font état de suicides en série. Expression d’un mal vivre persistant, un nombre toujours croissant de désespérés de la vie est enregistré, des zonards sans feu ni lieu qui semblent avoir définitivement soldé leur compte dans les livres de l’espérance humaine.

De quelle argile sont-ils pétris les Béninois, et au-delà les Africains, pour rester quasi imperturbables et garder un moral apparemment haut malgré les maux qui les assaillent ? Nous en venons à penser que nous avons affaire à des gens qui se sont habitués à leur malheur, qui se sont accommodés de leur misère.

Non que nous souhaitons que nous nous montrions, comme les autres, fragiles et vulnérables face aux blessures de la vie, frileux et mous devant les flétrissures de l’existence. Mais nous craignons que nous ne soyons, des gens qui, par ignorance, surfe gaiement sur leur malheur, des gens qui, par inconscience, entrent joyeusement dans des compromis inacceptables avec la misère et la pauvreté.

Il y a dix ans, le Bénin connaissait un délestage sévère. Si le mal avait été alors radicalement traité, avec la détermination que l’on ne nous y reprendra plus, nous nous serions évité l’épreuve de devoir le subir, à nouveau, aujourd’hui. Ce qui veut dire qu’hier, nous avons jonglé avec le délestage, en faisant le moins possible pour le combattre, ou en le contournant pour ne pas avoir à le combattre franchement.

Quand on a pour stratégie la cohabitation, la bonne intelligence avec ce qu’on sait pourtant être un mal, on ne peut jamais éprouver ce sentiment de réel dégoût, préalable à une prise de conscience salutaire, préalable au sursaut pour le changement. Nietzsche soutenait à juste raison (Citation) : « Seul ce qui fait mal, très mal, saisit l’homme tout entier et accélère le processus d’irruption de l’esprit en lui » (Fin de citation.)

Avec les inondations qui défigurent en ce moment Cotonou, il faut être un fieffé fataliste pour les subir, chaque année, avec à la bouche le même discours usé qui résonne comme une vaine incantation. Nous vivrions mille ans dans les eaux de pluies tels des batraciens, au milieu des nuisances et des maladies, que nous aurions le moral toujours haut. C’est le propre de ceux qui ont fait cause commune avec les grenouilles et les crapauds, devenus leurs partenaires.

Regardez, par exemple, l’érosion marine. La menace qu’elle représente pour nos vies et nos biens est si grave, si précise qu’aucun être humain, sain de corps et d’esprit, ne peut se laisser aller à dormir du sommeil du juste tel que nous le faisons en ce moment. Et si le semblant de sérénité que nous affichons n’était que de l’inconscience, une inconscience crasse face au danger, une désinvolture criminelle face au péril, une imprévoyance coupable devant les défis de la vie.

Nous ne faisons pas autre chose et nous ne montrons pas un autre visage face à d’autres maux qui malmènent notre société. Entre le diagnostic que nous posons et les réponses que nous proposons, il y a presque toujours un décalage énorme, si ce n’est un silence inexplicable.

Tout le monde sait, au jour d’aujourd’hui, que la famille, la première cellule familiale, fout le camp dans notre pays, au gré des mariages qui se font et qui se défont, au rythme des divorces qui se prononcent et qui tiennent finalement lieu d’un fait de société à la mode. Face à quoi, le silence assourdissant des forces morales de ce pays doit être compris comme un sujet de haute préoccupation.

Tout le monde sait également qu’un vent d’aliénation puissant souffle sur notre pays et que se délite et s’efface un certain nombre de grandes valeurs, à tenir pourtant pour notre patrimoine de référence. A l’allure où vont les choses, bien malin qui dira ce que nous serons dans quelques décennies. Serions-nous capables du sursaut culturel nécessaire et salvateur ? That’s the question.

Jérôme Carlos
La Chronique du jour du 11 juin 2007

Publicité
Tag(s) : #Actualités Béninoises
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :