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DEPLACEMENT AU MAGHREB
ENTRETIEN DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE,
M. NICOLAS SARKOZY,
ACCORDE AUX QUOTIDIENS ALGERIENS
"EL WATAN" ET "EL KHABAR"

 

(Paris, 10 juillet 2007)

Q - Monsieur le Président, vous allez vous rendre en Algérie, étape d'une tournée maghrébine, qui sera la première en dehors de l'Union européenne. Concrètement, qu'attendez- vous de cette visite d'autant qu'on a évoqué à maintes reprises le désir de Paris d'opérer une refondation dans ses relations avec Alger ? Qu'entendez- vous par asseoir une relation exceptionnelle avec Alger alors que les rapports paraissent ternes sur le plan politique et que l'idée de "traité d'amitié" est abandonnée ?

Par ailleurs, vous avez proposé la mise en place d'une "Union méditerranéenne". Sur quel type de construction un tel projet peut-il aboutir ? Est-il possible de parler d'une coopération avec la Rive Sud de la Méditerranée alors que l'Europe ressemble à une forteresse et pensez-vous que la politique européenne de voisinage est à même d'être une alternative au Processus de Barcelone qui a échoué ?

R - On peut faire l'amitié sans un traité d'amitié. Ce qui importe surtout, c'est de donner au partenariat entre les deux pays un contenu concret qui soit perceptible par les Algériens et par les Français. Pour atteindre cet objectif, nous nous sommes fixé une feuille de route ambitieuse, mais aussi, je crois, réaliste, qui recouvre tous les domaines de la coopération entre les deux pays : formation des cadres, échanges économiques et investissements, énergie, coopération en matière militaire et de sécurité, circulation, etc. Nous avons aussi défini une méthode pour réaliser ce programme, comprenant une série d'échanges de visites aux niveaux politique et technique afin de faire mûrir tous ces projets, en vue d'une autre visite que j'ai proposée au président Bouteflika de faire à la fin de cette année. Un objectif (le partenariat d'exception) ; un contenu ; une méthode pour sa mise en œuvre : voilà ce que je propose pour les relations franco-algériennes dans les prochains mois.

L'approfondissement de nos relations bilatérales avec chacun des partenaires du Sud et la mise en chantier de l'Union méditerranéenne sont deux démarches complémentaires. La Méditerranée est notre deuxième espace de solidarité, après l'Europe, et les deux se recoupent d'ailleurs largement. La prospérité, la stabilité, la sécurité des deux Rives de la Méditerranée sont interdépendantes. Notre histoire, notre vie culturelle, nos sociétés, sont mutuellement imprégnées. Notre mer commune est aussi un enjeu écologique majeur. Ensemble, nous pouvons faire mieux pour développer les échanges commerciaux, culturels et humains, prévenir les crises et mieux gérer celles qui existent déjà ou se déclarent. Vous m'interrogez sur l'architecture de ce projet. J'ai bien sûr quelques idées, mais elles sont encore préliminaires et, si j'ai souhaité faire très rapidement une première tournée maghrébine, c'est justement pour consulter nos partenaires de la Rive Sud, et en priorité ceux qui en constituent pour nous le cœur, dont l'Algérie, par laquelle je commencerai ma visite, et qui est appelée, si elle le veut bien, à jouer un rôle clé dans cette nouvelle initiative. Là aussi, il ne s'agira pas de refaire, ni de défaire, ce qui a déjà été fait, mais de redonner vigueur à ce qui existe, de voir quelles structures seraient les mieux à même d'assurer le pilotage du dispositif et de décider d'ores et déjà de quelques initiatives concrètes. Sur tout cela, les conseils et l'expérience du président Bouteflika me seront très précieux.

Q - Dans l'une de vos déclarations vous dites : "Je veux en finir avec la repentance qui est une forme de haine de soi et la concurrence des mémoires qui nourrit la haine des autres". Cette manière de voir les choses n'est-elle pas un frein à une amélioration réelle des relations avec l'Algérie surtout qu'Alger demande à la France de reconnaître les crimes commis durant la colonisation qui a duré 132 ans ?

R - Les jeunes générations, de part et d'autre de la Méditerranée, sont tournées vers l'avenir, plutôt que vers le passé, et ce qu'elles veulent, ce sont des choses concrètes. Elles n'attendent pas de leurs dirigeants que, toutes affaires cessantes, ils se mortifient en battant leur coulpe pour les erreurs ou les fautes passées, parce qu'à ce compte, il y aurait beaucoup à faire, de part et d'autre. Cela ne veut pas dire qu'il faut occulter le passé, car toute grande nation, et cela vaut pour la France comme pour tout autre pays dans le monde, doit assumer son histoire, avec sa part de lumière et sa part d'ombre, et certainement qu'il y a eu beaucoup d'ombres, de souffrances et d'injustices au cours des 132 années que la France a passées en Algérie, mais il n'y a pas eu que cela. Je suis donc pour une reconnaissance des faits, pas pour le repentir, qui est une notion religieuse et n'a pas sa place dans les relations d'Etat à Etat. Le travail de mémoire doit donc continuer, mais dans la dignité et l'objectivité , à l'abri des polémiques et des tentatives d'instrumentalisati on politique. Ce cheminement doit aussi se faire des deux côtés, car il ne s'agit pas d'avoir une partie qui doit accepter sans discuter la vérité de l'autre. C'est seulement ainsi que l'on pourra avancer, peu à peu, vers une lecture commune de l'histoire, dont il ne faut pas se cacher qu'elle prendra du temps. Je veillerai de mon côté à ce que ce travail se fasse, pour ce qui dépend de l'administration française, par exemple à travers la coopération entre les deux Directions des archives. Les médias ont aussi leur rôle à jouer et ils ont déjà beaucoup fait pour éclairer les opinions publiques. Un regard plus lucide et objectif sur le passé, des deux côtés de la Méditerranée, fera beaucoup pour parvenir à des relations apaisées entre les deux pays. Mais je crois tout autant qu'il ne faut pas faire des questions de mémoire un préalable car, dans ce cas, nous pénaliserions tous les Algériens et les Français qui attendent de nous des avancées rapides dans nos relations.

Q - Etes-vous satisfait du niveau des rapports économiques et de l'engagement français en Algérie, cela sachant que des critiques sont régulièrement émises par rapport notamment à la frilosité des entreprises françaises (celles-ci préfèrent l'activité commerciale) à investir directement en Algérie ? Par ailleurs, vous avez émis le souhait d'un rapprochement entre Sonatrach et Gaz de France. Vous vous êtes dit d'accord aussi pour que la France coopère avec l'Algérie dans le domaine nucléaire civil durant la campagne présidentielle. Est-ce toujours votre position ? Comment voyez-vous l'évolution de la coopération énergétique entre l'Algérie et la France ?

R - L'Algérie est notre premier partenaire économique sur le continent africain. Mais cette situation est loin d'être acquise, car nos entreprises font face à une forte concurrence et les dernières années ont montré une tendance à l'érosion de leurs positions. Il leur faut donc faire preuve de plus de dynamisme et d'imagination que jamais. Les entreprises françaises devront ainsi, de plus en plus, s'engager, comme elles ont commencé à le faire, dans des formes nouvelles de partenariat avec leurs homologues algériennes. Les investissements en font partie et je souhaite que les nôtres se développent. A cet égard, nos entreprises ne sont pas si "frileuses", puisqu'en 2006 elles ont été les premiers investisseurs hors hydrocarbures et les deuxièmes, hydrocarbures inclus, derrière les Etats-Unis. On peut faire mieux, j'en suis persuadé. Mais cela suppose aussi de lever certains obstacles à l'investissement, qu'il s'agisse du foncier, de la protection de la propriété intellectuelle ou de la concurrence provenant du secteur informel. D'autre part, au-delà des grands contrats qui répondent aux programmes gouvernementaux très ambitieux de modernisation des infrastructures et présentent de fantastiques opportunités pour les entreprises françaises, je crois fortement à la nécessité de développer la présence de nos PME, qui assurent déjà 50 % de nos exportations, et de les encourager à se rapprocher des PME algériennes. Je souhaite l'élaboration d'une véritable stratégie pour encourager ce rapprochement entre PME françaises et algériennes.

Quant à l'énergie, j'ai eu l'occasion de souligner, avant même mon élection, son importance pour la relation entre les deux pays. Elle est en effet de nature à structurer celle-ci et illustre le lien d'interdépendance qui existe entre eux. Or, nous sommes complémentaires : la France dispose de la technologie nucléaire, alors que l'Algérie commence à penser à l'après pétrole. D'autre part, nous avons autant besoin de sécuriser nos approvisionnements en gaz pour le futur que l'Algérie de pouvoir compter sur un accès sûr et garanti au marché français et, au-delà, européen. On ne peut donc que souhaiter un rapprochement entre les compagnies françaises - GDF, mais aussi Suez et Total - et la Sonatrach.

Q - La France est-elle prête à vendre des armes à l'Algérie, un pays qui a tendance à diversifier ses sources d'achat ? Et quelles seront, à l'avenir, les grandes lignes de la coopération dans le domaine militaire ?

R - Je serai très ouvert aux demandes algériennes, de la même façon qu'à celles des deux pays voisins, dès lors qu'elles contribuent à l'objectif de renforcer la sécurité régionale et la stabilité de ces pays, qui est pour moi une priorité. Nos entreprises ont été approchées pour de nombreux projets de fourniture d'équipements modernes, dans les domaines naval, aérien et terrestre, ainsi que pour des propositions de partenariats industriels. Il faut reconnaître que peu ont abouti jusqu'à ce jour et je serais très heureux d'en voir un plus grand nombre se réaliser. En ce qui concerne la coopération militaire avec l'Algérie, je suis prêt à aller plus loin, car je veux accompagner celle-ci dans ses efforts de professionnalisatio n et de modernisation de ses forces et faire face, à ses côtés, aux enjeux de sécurité en Méditerranée et au défi de la lutte contre le terrorisme et les trafics. Ainsi, je souhaite l'aboutissement de l'accord qui avait commencé à être discuté avant mon élection, car il permettrait de renforcer la confiance entre les forces armées des deux pays, d'intensifier le dialogue stratégique et de développer les actions de coopération déjà engagées, notamment en matière de formation des cadres.

Q - Selon des sources françaises, près de 350.000 Algériens vivent en situation irrégulière en France. Allez-vous opter pour une solution policière et radicale pour le traitement de ce problème, d'autant que vos déclarations, lors de la campagne électorale pour la présidentielle, ont suscité la crainte d'assister à des refoulements massifs ? Quelle signification donnez-vous à ce qui est appelé "l'immigration choisie" ? Qu'en sera-t-il de la libre circulation des personnes notamment pour les conditions d'octroi de visas aux ressortissants algériens ?

R - On ne peut ignorer la question des personnes en situation irrégulière. C'est une réalité, qui pose un certain nombre de problèmes en France et à l'égard de laquelle j'ai pris des engagements vis-à-vis du peuple français qui m'a élu. Pour autant, je souhaite résoudre cette question de façon concertée avec les pays d'origine et avec le maximum d'humanité. Mon objectif est de faciliter, et non pas de rendre plus difficile, la circulation entre les deux pays et, au-delà, entre la France et les pays du Maghreb. Cet objectif est même une partie intégrante de mon projet d'Union méditerranéenne. Mais ceci comporte une contrepartie, à savoir une coopération sans faille pour lutter contre l'immigration illégale et les filières clandestines. L'équation est très simple : plus nous serons convaincus que les Algériens, Marocains ou Tunisiens auxquels nous accordons un visa rentreront dans leur pays à l'issue de leur séjour et plus facilement seront réadmis ceux entrés sans visa ou en situation irrégulière, plus nous serons généreux dans l'attribution des visas. Je vous rappelle que lors de la visite que j'ai effectuée en Algérie en novembre dernier en qualité de ministre de l'Intérieur, je m'étais engagé à œuvrer en faveur de la levée de la consultation Schengen, qui alourdissait les délais, et c'est maintenant chose faite. J'avais aussi annoncé la réouverture de notre consulat général à Oran et celle-ci est prévue pour septembre prochain. Il nous faut aussi transférer en Algérie les tâches qui sont encore assurées à Nantes et généraliser la biométrie. Notre objectif est d'y parvenir avant la fin de cette année. De plus, nous avons augmenté le nombre de visas de circulation de plus d'un an (34 000 en 2006) et allons continuer à le faire, pour tous les Algériens, hommes d'affaires et universitaires notamment, qui contribuent à nourrir la relation bilatérale. J'encourage d'ailleurs nos amis algériens à faire de même.

Quant à l'immigration choisie, c'est autre chose, puisque, par définition, il ne s'agit pas de circulation, c'est-à-dire de personnes de passage, mais de celles qui sont appelées à rester chez nous un certain temps. Il est normal que, pour celles-là, et comme c'est le droit de tout pays souverain, nous décidions des critères qui vont nous amener à les sélectionner. C'est ce que font par exemple le Canada, les Etats-Unis ou l'Australie. Il faut d'ailleurs bien distinguer cette immigration, destinée à répondre aux besoins de la société et de l'économie françaises, de la situation des Algériens qui séjournent en France pour se former et ont vocation à retourner dans leur pays pour contribuer à son développement à l'issue de leurs études ou de leur période de formation. En effet, il ne s'agit pas pour nous d'alimenter la "fuite des cerveaux", bien au contraire, tout en sachant qu'il appartient au pays d'origine de créer l'environnement professionnel et social qui amènera les cadres ainsi formés à avoir envie d'y retourner.

Q - Plusieurs pays et ensembles, de puissance diverse, oeuvrent actuellement à intensifier leurs relations avec la zone Maghreb. Comment la France perçoit-elle ses futurs rapports avec cette région sans donner l'impression d'évoluer dans un terrain conquis ? Et quelle est, selon vous, la meilleure solution pour régler définitivement le conflit du Sahara occidental ?

R - Il y a plusieurs questions dans votre question. En ce qui concerne la première, il serait bien aventureux pour nous de considérer le Maghreb comme un "terrain conquis". Notre histoire avec cette région nous enseigne une certaine prudence. Non seulement nous ne prétendons pas à des rapports exclusifs, mais ceux-ci ne seraient pas sains. Sur le plan économique, nos entreprises font face à une vive concurrence, et c'est une bonne chose pour l'Algérie. Dans le domaine linguistique, je souhaite évidemment que l'Algérie reste un grand pays francophone - et nous ferons tout ce que nous pourrons pour l'y aider -, mais il est bon aussi que de plus en plus de jeunes Algériens sachent l'anglais et légitime aussi que l'Algérie affirme son identité arabo-islamique et poursuive ses efforts en matière d'enseignement de la langue arabe. D'ailleurs, nous souhaitons nous-mêmes renforcer l'enseignement de l'arabe en France, qui correspond à une ancienne tradition mais aussi à de vrais besoins.

Quant à la question du Sahara occidental, il est en effet grand temps d'y trouver une solution durable, car sa persistance fait de toute évidence obstacle au rapprochement entre les pays du Maghreb qui pourront plus facilement relever les défis auxquels ils font face, qu'il s'agisse des aspirations de leur population ou de la lutte contre le terrorisme. La résolution 1754, adoptée à l'unanimité par le Conseil de sécurité le 30 avril dernier, a représenté une avancée. La première session des négociations directes sous l'égide des Nations unies, qu'elle a prescrites, s'est déroulée près de New York les 18 et 19 juin et nous l'avons saluée. Un nouveau rendez-vous a été pris. J'espère très sincèrement que ces discussions vont aboutir à une solution raisonnable, acceptable par chacune des parties, et je suis certain que tous les pays de la région qui ont une influence sur ce dossier, dont l'Algérie, auront à cœur d'y contribuer./ .


 

III.-

DEPLACEMENT AU MAGHREB
ENTRETIEN DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE,
M. NICOLAS SARKOZY,
ACCORDEE AU QUOTIDIEN TUNISIEN "AS SABAH"

 

(Paris, 10 juillet 2007)

Q - Immédiatement après votre élection, vous avez évoqué, dans un message à votre homologue, le président Zine El Abidine Ben Ali, un projet de création d'une Union méditerranéenne regroupant les pays de la région. Pouvez-vous nous donner les grandes lignes de ce projet et ses rapports éventuels avec le partenariat euroméditerrané en en cours ? Comment voyez-vous le rôle de la Tunisie dans un tel ensemble ?

R - J'ai toujours pensé qu'il fallait faire de la Méditerranée un espace de coopération. J'ai plusieurs fois eu l'occasion de le dire : en tournant le dos à la Méditerranée, l'Europe a cru tourner le dos à son passé ; elle a en fait tourné le dos à son avenir. L'avenir de l'Europe et de la France, j'en suis convaincu, se joue aussi, et peut-être d'abord, en Méditerranée.

Le projet d'Union de la Méditerranée a reçu un très bon accueil tant chez nos partenaires méditerranéens au sein de l'Union que dans les pays du Sud de la Méditerranée. A cet égard, je me réjouis que le président Ben Ali se soit, lui aussi, montré particulièrement intéressé par ce projet. Par la position centrale qu'elle occupe en Méditerranée, à la jonction des deux bassins de notre mer commune, mais aussi parce qu'elle s'est toujours impliquée avec beaucoup de dynamisme dans les instances méditerranéennes, la Tunisie a un rôle déterminant à jouer dans la construction de cette Union. Et je ne doute pas qu'elle le fera.

L'objectif de cette Union, c'est de faire de la Méditerranée un espace de coopération et de solidarité. La France et la Tunisie partagent cette même ambition, d'une Méditerranée qui unisse au lieu de diviser et qui favorise le partage plutôt que de creuser le fossé entre pauvres et riches. Nous constatons tous que les institutions actuelles n'ont pas été à la hauteur de cette ambition, même si elles ont permis un certain nombre de progrès. Ces progrès doivent être conservés. Mais l'Union méditerranéenne doit nous permettre d'aller au-delà. Sur la méthode je suis convaincu que cette Union doit se construire, comme l'Europe en son temps, sur des solidarités concrètes. Nous devons développer des projets concrets dans des domaines où un accord est possible rapidement : le développement durable ou l'intégration énergétique par exemple. Sur ces grands enjeux collectifs, nous pouvons obtenir très vite des progrès visibles.

Q - La Tunisie et la France ont noué des relations fortes qui en ont fait des partenaires privilégiés. Comment voyez-vous les perspectives de cette coopération ?

R - L'approfondissement du partenariat entre nos deux pays est une priorité pour moi. Il y a entre la France et la Tunisie une amitié très forte, faite de respect et de confiance mutuelle, qui doit être préservée et développée.

Plus que jamais, la France doit être aux côtés de la Tunisie dans la "bataille pour l'intelligence". Cette bataille se joue d'abord dans l'enseignement supérieur. Les autorités tunisiennes l'ont bien compris et s'efforcent à la fois d'assurer l'accueil d'un nombre toujours plus grand d'étudiants et de maintenir un niveau de qualité qui a déjà fait ses preuves. Regardez, par exemple, l'excellente formation des cadres de haut niveau à travers les classes préparatoires et les écoles d'ingénieurs.

Une des nouvelles priorités de notre coopération est donc la professionnalisatio n des formations supérieures, c'est-à-dire une plus grande diversification des cursus, la recherche de nouveaux débouchés, ou encore le développement des enseignements technologiques et des licences professionnelles.

La "bataille pour l'intelligence", c'est aussi le renforcement de la capacité scientifique des chercheurs tunisiens par un partenariat structuré entre équipes et institutions dans des domaines prometteurs comme les technologies de l'information et de la communication ou les biotechnologies.

Une nouvelle impulsion doit être également donnée à la coopération en matière de recherche et d'innovation autour de projets relevant principalement des secteurs de l'énergie, de l'agroalimentaire, du textile et de la chimie.

C'est dans cette optique que la Tunisie et la France ont signé des accords de partenariat impliquant des pôles de compétitivité.

Ces processus de modernisation et de mise en réseau visent à assurer la construction progressive d'un véritable espace euro-méditerrané en de l'enseignement supérieur et de la recherche, au sein duquel la relation franco-tunisienne doit avoir un rôle moteur. C'est la raison pour laquelle le projet d'université franco-tunisienne avec l'université de Paris-Dauphine est, à mes yeux, si important. Il permettrait d'augmenter encore le rayonnement régional de la Tunisie.

Enfin, je souhaite que la France renforce son concours au programme de modernisation de l'administration publique tunisienne qui permettra l'adoption de modes de gestion modernes et efficaces et l'exploitation de nouvelles techniques liées à l'électronique.

Q - Certains des immigrés d'origine maghrébine et arabe en France disent redouter l'éventualité d'un durcissement de la politique d'immigration de la France. Ces appréhensions sont-elles justifiées ?

R - La communauté tunisienne en France, près de 600.000 personnes, est l'une des plus importantes communautés étrangères. Parmi eux, deux tiers sont des double nationaux ce qui atteste d'une bonne intégration au sein de la société française. Les exemples de réussite de Tunisiens en France sont nombreux dans la culture, le système universitaire, la recherche, dans les affaires ou encore dans la haute-couture.

Le vote des Français a montré qu'ils souhaitent pouvoir mieux choisir et contrôler les personnes candidates au séjour sur leur territoire. C'est, je crois, la condition d'une meilleure intégration de ces hommes et de ces femmes dans la nation française, mais aussi d'un plus grand respect de leur dignité.

Q - La France s'est caractérisée, au cours des dernières décennies, par une politique active dans ses relations avec le Monde arabe. Peut-on s'attendre à une continuité dans la politique extérieure française sur ce sujet, notamment pour ce qui est de la question palestinienne et de la situation en Irak et au Liban ? Quels rôles pourraient jouer la France et la Tunisie pour le règlement juste et durable des conflits au Moyen-Orient et dans le monde ?

R - Sur les crises du Moyen-Orient, la Tunisie et la France ont développé des visions très proches, fondées sur un certain nombre de principes forts : la sécurité d'Israël et le droit des Palestiniens à une patrie, la réconciliation nationale en Irak, et le dialogue entre toutes les parties au Liban. Nous savons que nous pouvons compter sur nos amis tunisiens, qui ne ménagent pas leurs efforts à titre bilatéral, comme dans les enceintes méditerranéennes et au sein de la Ligue arabe.

Q - La guerre contre le terrorisme a suscité, en Occident, une vague d'incompréhension voire d'intolérance vis-à-vis des musulmans, ce qui a rendu difficile le nécessaire dialogue entre les civilisations et entre les religions. Comment voyez-vous l'avenir de ce dialogue ? Dans quelle mesure est-il possible de prévenir ces effets pervers de la lutte contre le terrorisme et l'extrémisme qui l'alimente ?

R - La lutte contre le terrorisme passe, bien sûr, par l'action des services qui assurent la sécurité de nos nations respectives, et les relations qu'ils entretiennent sont, à cet égard, essentielles, car le péril est commun et pèse sur toutes nos sociétés.

Mais la répression ne saurait suffire. C'est bien souvent l'ignorance, et la méconnaissance de l'autre qui favorisent les comportements extrémistes. Au-delà des actions que mènent les gouvernements, j'estime qu'il incombe à chacun, et en particulier aux médias, d'assumer ses responsabilité s en la matière et de favoriser la connaissance, la compréhension et le respect mutuels sans lesquels il n'est point de réel dialogue.

La Tunisie, de par sa culture, son histoire et sa situation géographique est, par excellence, terre de tolérance. Cet héritage l'a certainement aidé à saisir l'urgence du dialogue des cultures dans un contexte régional et international marqué par les violences et les incompréhensions. C'est pour cela qu'elle mène une politique volontariste en la matière et a accueilli plusieurs colloques remarquables autour de ce thème, rassemblant des représentants de tous les pays de la région et de toutes les religions./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)


 

IV.-

DEPLACEMENT AU MAGHREB
ENTRETIEN DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE,
M. NICOLAS SARKOZY,
ACCORDE AU QUOTIDIEN TUNISIEN "LA PRESSE"

 

(Paris, 10 juillet 2007)

Q - La Tunisie et la France entretiennent, de longue date, des relations d'amitié et de coopération solides, souvent qualifiées d'exemplaires. Quelles sont à votre avis les perspectives de renforcement et d'élargissement de ces relations ? Quelles sont les nouvelles priorités de la coopération entre les deux pays ?

R - Vous avez raison de souligner la force de l'amitié qui unit la Tunisie et la France parce qu'elle est une chance pour nos deux pays. Cette relation si spéciale plonge ses racines dans notre longue histoire commune. Mais elle est surtout une promesse pour l'avenir. Cette relation, nous devons continuer à l'enrichir et à la faire prospérer. C'est l'un des principaux objectifs de ma visite en Tunisie et au Maghreb, première région hors d'Europe que je visite depuis ma prise de fonctions.

S'agissant des priorités de la coopération franco-tunisienne, nous les avons choisies ensemble, en cohérence avec le "XIème plan" établi par les autorités tunisiennes. Cette approche concertée est essentielle. L'idée, c'est bien sûr que cette coopération réponde le mieux possible aux besoins des Tunisiens. On le voit avec les priorités qui ont été définies : la mise à niveau du secteur productif et des infrastructures de base, l'environnement, la coopération universitaire et la recherche et la gouvernance économique.

Dans le domaine international, nous devons travailler ensemble principalement sur l'approfondissement des relations euroméditerrané ennes et la définition de ce que pourra être l'Union méditerranéenne.

Je veux ajouter un dernier point qui me semble essentiel. Au cœur de la relation entre la France et la Tunisie, il y a les Tunisiens de France et les Français de Tunisie. Je vous rappelle que ce sont près de 600.000 Tunisiens, dont deux tiers sont des binationaux qui vivent en France. Avec les 20.000 Français de Tunisie, ils sont les premiers ambassadeurs de l'amitié entre nos deux pays.

Q - L'un des sujets de tension dans notre région euroméditerrané enne est la situation au Moyen-Orient, devenue des plus préoccupantes. Quelle appréciation faites-vous de cette question ? Quel rôle pourrait-on attendre de la Tunisie et de la France, qui ont toujours été des partenaires privilégiés, pour ramener la paix et la sécurité dans cette région ?

R - Sur les crises du Moyen-Orient, la Tunisie et la France ont développé des visions très proches fondées sur un certain nombre de principes forts : la sécurité d'Israël et le droit des Palestiniens à une patrie, la réconciliation nationale en Irak, et le dialogue entre toutes les parties au Liban. Nous savons que nous pouvons compter sur nos amis tunisiens, qui ne ménagent pas leurs efforts à titre bilatéral, comme dans les enceintes méditerranéennes et au sein de la Ligue arabe.

Q - Quelles appréciations faites-vous des initiatives et des efforts de la Tunisie dans la région arabe et méditerranéenne et dans le monde, en vue de promouvoir la paix et la solidarité internationales, ainsi que la tolérance et le dialogue entre les civilisations ?

R - La Tunisie joue un rôle positif dans la région parce qu'elle y mène une politique pacifique et consensuelle. Elle n'entretient aucun contentieux avec ses voisins, pas plus qu'avec l'ensemble des pays du pourtour méditerranéen. Elle porte la voix de la modération dans les différentes enceintes méditerranéennes et contribue ainsi largement à promouvoir la paix dans cette région. Comme la France, la Tunisie est activement engagée au sein des Nations unies. En contribuant régulièrement, comme elle le fait, à des opérations de maintien de la paix, la Tunisie participe concrètement à la promotion de la paix et de la sécurité dans le monde.

Ces dernières années, la Tunisie s'est également engagée sur le front du dialogue entre les peuples, en organisant notamment plusieurs colloques sur ce thème. Cette réflexion est essentielle à un moment où le monde en a particulièrement besoin.

Q - Vous vous êtes engagé, dès votre accession à la magistrature suprême, à vous "battre pour l'Union de la Méditerranée, pour l'avenir de l'Afrique, parce que le destin de l'Afrique et de l'Europe, incontestablement, sont liés". Pouvez-vous nous préciser les contours de cet engagement, et les actions que vous entendez mettre en œuvre pour le réaliser ?

R - J'ai toujours pensé qu'il fallait faire de la Méditerranée un espace de coopération. J'ai plusieurs fois eu l'occasion de le dire : en tournant le dos à la Méditerranée, l'Europe a cru tourner le dos à son passé ; elle a en fait tourné le dos à son avenir. L'avenir de l'Europe et de la France, j'en suis convaincu, se joue aussi, et peut-être d'abord, en Méditerranée.

Le projet d'Union de la Méditerranée a reçu un très bon accueil tant chez nos partenaires méditerranéens au sein de l'Union que dans les pays du Sud de la Méditerranée. A cet égard, je me réjouis que le président Ben Ali se soit, lui aussi, montré particulièrement intéressé par ce projet. Par la position centrale qu'elle occupe en Méditerranée, à la jonction des deux bassins de notre mer commune, mais aussi parce qu'elle s'est toujours impliquée avec beaucoup de dynamisme dans les instances méditerranéennes, la Tunisie a un rôle déterminant à jouer dans la construction de cette Union. Et je ne doute pas qu'elle le fera.

L'objectif de cette Union, c'est de faire de la Méditerranée un espace de coopération et de solidarité. La France et la Tunisie partagent cette même ambition, d'une Méditerranée qui unisse au lieu de diviser et qui favorise le partage plutôt que de creuser le fossé entre pauvres et riches. Nous constatons tous que les institutions actuelles n'ont pas été à la hauteur de cette ambition, même si elles ont permis un certain nombre de progrès. Ces progrès doivent être conservés. Mais l'Union méditerranéenne doit nous permettre d'aller au-delà. Sur la méthode, je suis convaincu que cette Union doit se construire, comme l'Europe en son temps, sur des solidarités concrètes. Nous devons développer des projets concrets dans des domaines où un accord est possible rapidement : le développement durable ou l'intégration énergétique par exemple. Sur ces grands enjeux collectifs, nous pouvons obtenir très vite des progrès visibles./.

 

 

 

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Tag(s) : #Politique Internationale
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