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Les sinistrés des inondations : le sens d’une initiative de solidarité

La solidarité comme l’option gagnante pour affronter et gérer l’urgence, pour prendre en charge les citoyens brutalement précarisés par les diverses calamités, voilà la bonne nouvelle, pour ne pas dire l’évangile selon Stanislas Kpognon, ancien ministre des Finances, fonctionnaire de la Banque mondiale à la retraite.

La solidarité, à ne pas confondre avec le communautarisme parasitaire, est une valeur qui se perd dans nos sociétés contemporaines négativement travaillées par un individualisme desséchant. Chacun s’assoit et ses intérêts égoïstes le poussent ! Chacun se cherche dans un sauve- qui – peut général. Et tant pis pour les retardataires et les grabataires !

Face aux sévères conséquences des inondations qui ont transformé des quartiers entiers de Cotonou en des cités lacustres, Stanislas Kpognon prend l’initiative d’un Fonds d’urgence pour le financement du projet sinistré//Inondations/Bénin (PROSIB). « Il est moralement et juridiquement inacceptable, estime-t-il, de ne rien faire devant la détresse humaine occasionnée par les inondations, sous le prétexte que les sinistrés ont, quelque part, engendré, par l’incivisme, leur propre malheur ».

[Suite:]

Ce Fonds qu’il souhaite voir être l’expression d’une solidarité nationale est appelé à confondre dans le même sentiment et dans le même mouvement de générosité les trois segments majeurs que sont d’une part les citoyens béninois, personnes privées membres de la société civile, opérateurs économiques et financiers, personnalités de haut rang… etc., d’autre part la puissance publique et enfin les partenaires au développement. A cet égard, un compte spécial intitulé « Fonds d’urgence pour les victimes des inondations au Bénin » est ouvert dans une banque de la place. De même sont indiquées et précisées les modalités pratiques pour une gestion transparente de ce compte au profit des bénéficiaires.

Il y a une philosophie qui sous-tend le PROSIB de Stanislas Kpognon . Identifions et rangeons-la sous l’expression de « Initiative citoyenne responsable » (ICR), en tant que démarche et contribution d’un individu ou d’un groupe d’individus pour faire bouger les choses dans la société, grâce à la mobilisation des ressources disponibles, qu’elles soient mentales, intellectuelles, physiques, morales, matérielles ou financières, ressources articulées et déployées en vue d’atteindre un objectif donné.

L’initiative est d’autant plus singulière, d’autant plus noble qu’elle survient et s’insère dans un contexte d’assistanat généralisé. L’Etat providence y est le pourvoyeur universel, le dispensateur quasi exclusif de toutes grâces au bénéfice de citoyens réduits à n’être plus que des manchots passifs. Pourquoi ceux-ci s’aviseraient-ils de sortir du troupeau et de se distinguer par une initiative personnelle dès lors qu’on pense pour eux ou qu’ils pensent avec la tête d’autrui, dès lors qu’ils ne savent rien faire d’autre que de se remplir la panse de ce qu’on leur donne ?

Voilà qui donne tout son sens au PROSIB en tant qu’une entreprise de rupture qui affirme la pleine validité et légitimité de l’initiative citoyenne, sans attendre l’Etat, sans l’exclure non plus, l’Etat qui se trouve désormais renforcé dans ses responsabilités et prérogatives régaliennes, aux côtés d’autres acteurs partenaires.

C’est en cela que le trinôme privé- puissance publique – partenaires au développement que met en œuvre « l’initiative citoyenne responsable » (ICR) doit vite s’imposer comme le montage modèle d’un partenariat gagnant ou qui, en tout cas, se donne toutes les chances de l’être. En effet, la plupart des initiatives privées du genre intègrent mal ou si peu les trois composantes de l’ICR, se réduisant ainsi et à la fin à une simple offre et demande de sponsoring dans lequel l’Etat paraît trop loin, sinon absent et les partenaires au développement sont plutôt oubliés, sinon ignorés.

C’est pour cette raison que PROSIB mérite de faire école et d’inspirer, par conséquent, d’autres initiatives du genre. Par et à travers PROSIB, c’est l’initiative privée qui s’exprime et qui élève la citoyenneté à des hauteurs enviables et exemplaires. C’est la puissance publique qui se retrouve dans un champ fécond d’efforts complémentaires tendus et orientés vers le même objectif. Ce sont les partenaires au développement qui trouvent le moyen d’explorer les marges non classiques de leur champ d’action, se dégageant ainsi utilement de leurs canaux traditionnels d’intervention.

C’est vrai que face aux besoins immenses des personnes sinistrées, victimes des inondations, beaucoup d’argent sera nécessaire pour panser les plaies physiques des unes et étendre un baume bienfaisant sur le désarroi moral des autres. Il se pourrait même que le PROSIB ne se résume et ne se condense, à la fin, qu’en une goutte d’eau dans l’océan des problèmes recensés, un soupçon de rosée matinale dans l’enfer d’un désert.

Pour dire que quelque soit le niveau des contributions, le montant de la collecte, la masse d’argent réunie, il reste néanmoins que l’investissement premier pour la solidarité n’est pas d’ordre monétaire ou financier. Sera infiniment profitable aux populations sinistrées, la solidarité des intelligences autour du fléau des inondations par la confrontation généreuse des idées, la libération enthousiaste des réflexions spécialisées, l’articulation de diverses expertises béninoises et autres. Nous n’avons pas formé des milliers de cadres pour que ceux-ci mettent leur savoir et leur savoir faire sous le boisseau. Si le PROSIB financier sollicite nos poches, le PROSIB mental libère les ressources inépuisables de notre imagination. Par le premier, nous ne faisons qu’un don. Avec le second, nous faisons don de nos personnes. Et cela n’a pas de prix !

Jérôme Carlos
La chronique du jour du 11 juillet 2007

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Tag(s) : #Actualités Béninoises
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