20/07/2007
En juin 2007, prenant la parole à l’Université de Hampton, le charismatique candidat noir à l’élection présidentielle états-unienne de 2008 et sénateur africain américain Barack Obama a fait mentir ceux qui voulaient confiner son discours dans des propos convenus et généreux sans aspérités. Pour la première fois, il est allé au-delà de ses prises de positions contre l’avancée de la pauvreté, contre la guerre en Irak, pour l’extension de l’assurance maladie ou la prise en charge des couches sociales défavorisées pour certains prestations de proximité.
Barack Obama a en effet abordé la question raciale et ce qu’il a nommé les «révoltes silencieuses» des Noirs, marginalisés, ceux surtout des ghettos et des quartiers abandonnés au sentiment de désespoir par l’administration Bush.
Revenant sur les émeutes de 1992 à Los Angeles où 55 personnes avaient perdu la vie et des milliers d’autres avaient été blessées suite à la relaxe des policiers qui avaient violemment passé à tabac l’automobiliste noir Rodney King en 1991, il a fait de la gestion raciste de la catastrophe provoquée par l’ouragan Katrina une métaphore du biais racial de l’action de l’administration américaine. 20 mois après les événements les populations ne sont toujours par totalement relogées en Nouvelle Orléans et leur situation pour beaucoup précaire avant l’ouragan, s’est encore aggravée devant l’incurie gouvernementale.
Autant que la détérioration des conditions de vie, Barack Obama insiste sur le sentiment de désespoir, sur la marginalisation de pans entiers de populations, sur les frustrations qui continuent de construire l’Amérique noire. Les inégalités devant l’emploi, le logement, la désaffection des quartiers, créent une déconnection d’avec le reste de la population. Sans excuser la violence, le sénateur a montré dans quelles conditions elle pouvait surgir et proposé que les pouvoirs publics, avec des familles plus responsabilisées prennent leur place véritable dans le rééquilibrage du gap racial.
Ces «révoltes silencieuses» qui «se produisent chaque jour dans les mêmes endroits» sont comme des flammes qui finissent par détruire la société, et l’Etat doit avant tout éviter que la conviction s’installe dans la communauté noire qu’il n’y a fatalement rien à attendre de la vie, tellement l’environnement humain immédiat paraît désespéré. Le jeune sénateur qui était acclamé par un peuple de 8000 conquis dans un discours fidèle à son pur style, brillant et vivant, a proposé «quelques nouvelles idées» comme le soutien accru aux mères en difficultés socio-économiques, des programmes d’emplois volontaristes pour la jeunesse désavantagée, plus de prise en charge de la réinsertion des anciens prisonniers, de meilleurs transports publics dans les zones à faibles revenus.
Les propositions de Barack Obama sont cohérentes avec le profil racial de la pauvreté aux Etats-Unis. Fin juin 2007 l’université de Pittsburgh rendait public une étude très détaillée sur les inégalités raciales. Il y apparaît que la Pennsylvanie, particulièrement la ville de Pittsburgh est celle où la situation des Noirs est la plus déplorable. Avec un taux de chômage de 17%, les Africains Américains sont doublement plus frappés que les Blancs (8%). Les écarts de richesses sont abyssaux et 10 000 dollars séparent les salaires médians des Noirs et des Blancs. L’épineux problème des mères seules se pose, avec seulement un quart des mères mariées et 70% des enfants élevées sans leurs pères. L’éducation étant donc la grande sacrifiée du développement des jeunes Noirs, imbriquée avec la pauvreté des revenus, la vétusté de l’habitat.
Afrikara
/image%2F1217104%2F20191118%2Fob_f52d34_benoit-illassa-et-patrice-talon.jpg)