Vue partielle de la cocaïne saisie |
Du flou dans le dossier
Les autorités policières, militaires et judiciaires saisies, ont ordonné l’inhumation de ces corps à la plage sans autre forme de procédure. Or, en médecine légale, ni les Officiers de police judiciaire (Opj), ni le procureur de la République n’ont qualité pour constater ni certifier la mort. En pratique et conformément aux dispositions du code de procédure pénale, la mort doit se constater sur réquisition du procureur de la République ou des Opj par un médecin légiste et acte doit en être donné par l’officier d’état civil qu’est le Maire.
Rien de tout cela n’a été fait en l’espèce et l’ordre a été donné d’enterrer les deux morts.
Plus loin, dans les pratiques policières au plan international, la dépouille des trafiquants intéresse pour raison d’identification par la police et surtout l’Organisation internationale de police criminelle (Oipc) interpol. Au moins, la photographie des cadavres aurait pu servir à identifier ces trafiquants et faciliter les recherches judiciaires et policières pouvant conduire au démantèlement de plusieurs réseaux en Afrique, en Europe et en Amérique du sud. Il en est de même d’autres indices et empreintes que la police aurait dû saisir sous le contrôle diligent du procureur de la république de Ouidah dans un dossier aussi sensible et si grave. Indépendamment de tout ce qui précède, la constance est qu’aujourd’hui, les investigations menées par plusieurs unités de la police et des journalistes sur le terrain permettent de savoir que cette affaire comporte plusieurs points d’ombre.
Zones d’ombre
Au sujet de la quantité de cocaïne saisie par la police, des doutes existent. Contrairement aux déclarations du Chef de l’Ocertid face à la presse hier, au lieu de 18 cartons de 20 kg de cocaïne, c’est probablement 27 cartons qui auraient été saisis et transportés en dehors de Ouidah. Un certain Abel Obélakou, un des chefs de file des ramasseurs de cocaïne a livré contre l’orthodoxie procédurale à un contrôleur général de la police nationale une quantité importante de cocaïne. Cette masse de cocaïne aurait transité par Fidjrossè entre les mains d’un capitaine de l’armée, proche parent de l’intéressé avant d’échouer dans des conditions douteuses dans les mains de la police. Aux dernières nouvelles, le jeune Abel Obélakou a été arrêté par deux fois par deux différents services de police. Au cours de son interrogatoire sommaire consécutif à son interpellation, celui-ci n’est pas allé par quatre chemins pour dire son mécontentement face aux tracasseries policières, étant donné qu’il aurait déjà servi aux hauts gradés de la police leur part du gâteau comme c’était le cas il y avait environ six ans dans affaire similaire. Ce qui est constant, c’est que le Contrôleur général concerné par cette ténébreuse affaire s’est hâté toutes les deux fois d’user de son influence pour arracher aux fonctionnaires de police le sieur Abel Obélakou qu’il dit être son cousin mais qu’il a peiné à reconnaître pour la première fois qu’il allait le retirer. D’autres informations de sources policières semblent établir que ce haut gradé de la police pourrait probablement détenir 2 cartons de 20kg de cocaïne, ce qui constitue la principale pomme de discorde au sein de la hiérarchie policière. Les uns souhaiteraient couvrir cette faute grave mais d’autres sont partisans purs et simples de la loi comme dans le cas d’autres fonctionnaires de police qui croupissent actuellement en prison pour des quantités inférieures de cocaïne. Encore que, en milieu policier ces dernières heures, la jeunesse se pose la question de savoir quel exemple donneront les hauts gradés quand ils sont concernés par des infractions à la législation de la drogue. D’autres informations font état de ce que, à l’annonce de la nouvelle de l’accident de Djondji, la première personne reçue par les populations reste le même contrôleur général qui s’est transporté sur les lieux pour rencontrer les siens à qui il a prodigué des conseils pour la conduite à tenir face à la police. Il aurait conseillé aux populations de restituer à la police 4 cartons sur 10 dans l’espoir de vendre le reste pour faire fortune en raison de la pauvreté de l’île. C’est après cette démarche qu’il aurait informé l’actuel directeur général de la police nationale. Celui-ci a dépêché sur les lieux une équipe composée de l’actuel commandant de la brigade anti criminalité, du chef Ocertid et du contrôleur général, assistés d’un officier de la Bac. Ce sont ces personnes qui ont géré les premières saisies de cocaïne sur l’île. Mais actuellement, l’officier de la Bac pour avoir trop vu et trop su a demandé et obtenu de se faire affecté de son unité pour des raisons de sécurité personnelle. On craint qu’aujourd’hui, l’histoire se répète quand on sait que l’assassinat de Tossou à la tête de cette unité est resté lettre morte et sans suite. Le témoin gênant a argué d’arguments fallacieux pour échapper à la rigueur de la mafia qui semble lui imposer l’omerta (la loi du silence dans la mafia).
Hier matin, avant de reprendre sa tournée dans le Bénin, le ministre de l’intérieur sommairement informé de ce dossier aurait demandé au Dg de la police nationale de le gérer en bon professionnel et de lui en rendre compte. Pour éviter toute supputation ou plutôt toute curiosité, instructions ont été données au chef de l’Ocertid et au Dpj de rencontrer la presse pour, selon le Dgpn, lever les zones d’ombre. Mais cette rencontre avec la presse semble être la goutte d’eau qui a fait déborder le vase parce qu’il semblerait que les policiers ou du moins certains policiers se sont moqués du gouvernement et du peuple en gardant le silence sur les quantités saisies par la police, sur la franchise des chiffres et sur la quantité saisie par la gendarmerie de Ouidah qui ne figure pas dans les statistiques communiquées. Par quelle alchimie est-on passé de 27 cartons reconnus par les populations à 18 ? Et que font les forces de sécurité publique pour récupérer le reste des cocaïnes enterrées dans les différentes îles de Ouidah : Djondji, Djègbadji, Avlo, Azizakoué... ? Qui veut entretenir le flou dans le dossier ?
Le Président de la République, le docteur Boni Yayi doit se saisir de cette affaire afin de situer les responsabilités dans ce dossier qui risque de ternir l’image de notre pays.
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