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Pour une bataille victorieuse de l’école

La rentrée scolaire 2007-2008 promet d’être difficile. Les syndicats de tous les ordres d’enseignement affûtent des armes et annoncent la couleur. Si la rentrée du 17 septembre ne devait pas avoir lieu, comme la menace en est agitée, c’est une période d’incertitude qui s’ouvrirait pour l’école.

On commettrait une faute si l’on ne prenait pas l’exacte mesure du danger qui menace, car l’enjeu de l’école se situe bien au-delà de l’école elle-même. Nous n’avons donc pas le droit de laisser face à face le gouvernement et les syndicats des enseignants dans un bras de fer qui condamnerait des millions de nos frères et sœurs apprenants à faire durer leurs vacances en jouant les prolongations sur les terres buissonnières de l’ignorance.

Le forum sur l’éducation de février-mars 2007 a sûrement agité les grands problèmes de l’école, nous ayant permis d’avoir une vue panoramique sur les blocages, les pesanteurs, les forces d’inertie qui retardent et tirent vers le bas notre système éducatif. Les conclusions du forum resteront un tableau de bord utile pour savoir piloter l’école par toutes zones de turbulence. Mais en attendant, comment faire bouger le « mastodonte » qu’est l’école ?

[Suite:]

En posant et en répondant à trois questions au moins dont voici la toute première : comment sortir pour de bon du cycle infernal des grèves si l’on sait que celles-ci constituent l’une des causes structurelles des mauvais résultats qu’enregistre l’école ? Nous affirmons qu’il va falloir disqualifier d’emblée et volontairement, ici et maintenant, la grève à l’école comme moyen de lutte pour faire aboutir quoi que ce soit. La situation actuelle de notre système éducatif est si déplorable, si misérable que toute grève, quelle que soit, par ailleurs la légalité et la légitimité de celle-ci, devient un moyen de lutte contre l’école elle-même. Pourquoi ne se laisserait-on pas visiter par la sagesse de renoncer volontairement à un médicament quand on sait que son état de faiblesse n’aide pas à bien le tolérer ?

Mais renoncer à la grève a un prix : que l’Etat, dès demain, s’engage à prendre le plus grand risque financier pour panser, de manière durable, les plaies de l’école. Cela appellerait une décision audacieuse, volontariste, de haute portée politique, de même nature et au même titre que celle prise en faveur des cotonculteurs, à l’avènement de Boni Yayi. Il y a donc là un coup politique à jouer, loin de toute considération financière, de tout calcul comptable. Et c’est un coup gagnant ! Le remède de l’école, au jour d’aujourd’hui, est plus que financier, il est d’abord et avant tout politique.

La deuxième question la voici : comment financer une école qui a choisi de rendre effectif le principe de la gratuité, ce qui pèse déjà et pèsera de plus en plus lourd dans le budget national ? Le problème du financement de l’école nous semble plus que jamais à l’ordre du jour. Nous devons en prendre sérieusement conscience. L’absence de stratégie à ce niveau aurait valeur d’un suicide programmé, le choix délibéré d’aller droit dans le mur.

D’abord, la gratuité qui n’est avant tout qu’un principe, doit faire l’objet d’une politique de l’Etat, en vue de déterminer la forme qu’elle doit prendre en conformité avec les moyens dont dispose l’Etat. Alors questions : la gratuité est-elle à étendre à tous les ordres d’enseignement et dans quel délai ? La gratuité doit-elle être totale ou partielle ? Quelle doit être la contrepartie des populations, des collectivités locales diverses au financement de la gratuité ?

Ensuite, la mise en place d’un fonds public pour l’école nous paraît être la réponse immédiate à cette dernière question. Ce fonds pourrait être alimenté par diverses taxes. A titre d’exemple : une taxe sur chaque véhicule dit « venu de France » qui entre dans notre pays ; une taxe sur chaque kilowattheure d’électricité consommé par chaque abonné à la Société béninoise d’énergie électrique ; une taxe sur chaque mètre cube d’eau consommé par chaque abonné à la Société nationale d’Eau du Bénin ; une taxe sur chaque billet d’entrée dans un stade pour un match de football ou pour un spectacle. Ainsi indirectement, mais effectivement, nous contribuerons tous au financement de l’école.

La troisième et dernière question la voici : comment pourvoir l’école, en qualité et en quantité, de maîtres qui ne soient plus habités par l’idée de faire de l’enseignement une simple escale technique, en attendant des emplois ou des fonctions plus rémunérateurs, plus valorisants dans l’administration ou dans la sphère de la politique ?

Il faut d’une part bannir définitivement l’idée selon laquelle tout le monde peut être enseignant. L’enseignement est un métier. On apprend à devenir enseignant, on se forme pour se rendre apte à enseigner. Hors de là, point de salut ! Il faut, d’autre part s’attacher à restaurer l’image sociale du maître qui ne doit plus être réduit à n’être que la cinquième roue du carrosse. Il s’agit, par une multitude d’initiatives de corriger le regard qu’une société porte sur ses enseignants. Il faut, enfin, susciter une sorte de militantisme enseignant, avec des hommes et des femmes qui ont pris conscience de la noblesse et de la grandeur de la fonction enseignante et qui se disposent à le montrer, à le démontrer et à l’illustrer partout où besoin sera. Aussi vrai que celui qui ouvre une école ferme une prison, le maître qui prend en main une classe dans une école ouvre, au profit de sa société, une lucarne de plus sur les richesses infinies de la connaissance. La bataille de l’école est à engager. Elle est surtout à gagner. Avec toutes les forces d’une nation rassemblée. Avec toute la foi en l’avenir d’une nation unie.

Jérôme Carlos

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Tag(s) : #Politique Béninoise
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