Pour trouver une solution aux problèmes de commercialisation auxquels sont confrontés éleveurs et consommateurs, les acteurs de ce secteur ont effectué un voyage au Bénin pour s’inspirer. Imprégnés du cas de ce pays, éleveurs, bouchers, téfankés et bana-bana des régions de Kolda et Tambacounda se sont retrouvés pendant deux jours à Vélingara pour mettre en place une stratégie concertée de commerce du bétail. Stratégie qui devrait permettre d’augmenter les revenus des producteurs en sauvegardant les intérêts d’autres acteurs.
Le cheptel de la région de Kolda est la seconde en importance, sur le plan national, après Tambacounda. Malgré ce rang et le nombre important de personnes qui vivent de l’élevage, les populations de Kolda croupissent dans la pauvreté. C’est que le système d’élevage et surtout les difficultés rencontrées dans le commerce du bétail empêchent les éleveurs d’avoir des revenus suffisants pour s’affranchir de la misère. L’inspecteur départemental des services vétérinaires inventorie quelques causes de ces problèmes : «Il y a la forte concurrence des animaux venant de pays étrangers, l’éloignement par rapport au principal centre de commerce qu’est Dakar. Au niveau local, les téfankés (ou intermédiaires entre éleveurs et consommateurs) ont des problèmes avec les éleveurs ou avec les bouchers. Ce qui fait que l’élevage de la région souffre de mévente.» Le docteur Ibra Diaw a également indiqué que la méfiance envers les téfankés fait que les lieux traditionnels de vente du bétail ne sont pas fréquentés, si l’éleveur ne renonce tout simplement pas à déstocker quand il le faut. Pire, l’éleveur n’a aucune appréciation du marché, et vend souvent sous la pression d’un besoin à satisfaire. Des réalités qui lui ôtent toute marge de manœuvre à même de lui procurer des bénéfices substantiels.
C’est dans ce contexte que l’Ong internationale Agriculteurs français pour le développement international (Afdi) a financé le voyage de 4 acteurs de l’élevage au Bénin, pour qu’ils puissent voir ce qui s’y passe en matière de commerce du bétail. Afdi et les acteurs de l’élevage de Kolda ayant pour souci de créer les conditions d’une augmentation des revenus des producteurs, tout en sauvegardant les intérêts d’autres acteurs, en rendant plus transparentes les transactions. Le Bénin qui, au début des années 1970, connaissait les mêmes problèmes que le Fouladou, a créé les marchés à bétail autogérés (Mba).
Le séminaire de Vélingara auquel ont assisté une soixantaine d’acteurs du sous-secteur de l’élevage des régions de Tambacounda et de Kolda, avait pour but de trouver une stratégie concertée dans le commerce du bétail. Le document ayant servi comme base de travail, est la synthèse des comptes-rendus de voyage faits par les quatre mandataires au pays de Mathieu Kérékou. MARCHE A BETAIL
Traditionnellement, la vente du bétail a lieu dans les campements peulh du Bénin, où l’éleveur est à la merci de l’acheteur, sans véritable information ou pouvoir de négociation sur le prix. Au niveau des marchés ce sont les intermédiaires, dilali en haoussa, qui régentent les transactions. Ils logent les éleveurs et les bouchers et évitent que ces deux ne soient en contact. Dans ce système opaque, l’éleveur et l’acheteur ignorent le prix réel du marché. Conséquence, les conflits avec les intermédiaires sont monnaie courante. Les éleveurs se sentent escroqués et sont peu enclins à vendre. C’est dans ce contexte que sont nés les premiers marchés à bétail autogérés (Mba).
Gogounou est la localité visitée par l’équipe du docteur Ibra Diaw, inspecteur départemental des services vétérinaires de Vélingara. Localisé dans la zone septentrionale du Bénin, ce village a expérimenté en premier les Mba. La révolution dans ces marchés est la reconversion des dilali, intermédiaires en témoins des transactions. Jadis, acheteur et vendeur au détriment des éleveurs et de la clientèle, le dilali a désormais comme mission de faciliter les transactions tout en enregistrant et collectant une taxe par tête vendue. Les 2/3 de cette taxe gérée par le groupement villageois constituent sa rémunération. Le comité de gestion qui regroupe tous les acteurs (bouchers, éleveurs, commerçants, chargeurs) s’est doté d’un cadre juridique et organisationnel reconnu et s’est fixé les objectifs suivants : Œuvrer à la réduction des intermédiaires commerciaux et faciliter les ventes entre éleveurs, acheteurs et commerçants, assurer l’approvisionnement régulier des marchés en bêtes sur pied, faciliter les pratiques d’entraide. Tous les agents (contrôleurs, secrétaires, responsables des magasins et de la pharmacie) sont rémunérés par le comité de gestion. D’autres acteurs également se font de l’argent. Ce sont les démarcheurs des véhicules et les chargeurs.
Dans le cas béninois, l’éleveur est payé au comptant. C’est un des résultats du Mba de Gogounou. Il est parvenu à améliorer le prix de vente pour les éleveurs, à asseoir des transactions transparentes et à lutter efficacement contre le vol du bétail.
Le séminaire de Vélingara, sans avoir arrêté, pour l’instant, une manière de faire, ne semble pas aller dans le sens de reconvertir les téfankés en témoins simples des transactions, comme à Gogounou. Il semble opter plutôt pour la mise sur pied d’institutions de crédit propres aux acteurs de l’élevage ou l’accès aux institutions de crédit existantes pour avoir des acteurs puissants capables d’acheter au comptant et intensifier le système d’élevage.
MENACE POUR L’ELEVAGE
La concurrence des bêtes venant des pays de la sous-région et les pratiques commerciales défavorables ne constituent pas les seules menaces pour le sous-secteur de l’élevage dans la région de Kolda. Le développement des cultures commerciales comme le coton et l’arachide n’en est pas moins dangereux. C’est l’avis de l’inspecteur régional des services vétérinaires de Kolda. Souleymane Diouf croit savoir que l’avancée de ces cultures dans la région, leur forte mécanisation et les grandes espaces qu’elles occupent, constituent, à terme, une menace pour l’élevage du Fouladou. Car de son avis, l’élevage, l’agriculture et la population humaine se partagent une même espace territorial qui n’est pas extensible à souhait. Et le développement des deux derniers se fait toujours au détriment du premier. Il explique : «Le cheptel augmente, la population humaine augmente et les cultures de rente que sont le coton et l’arachide augmentent les surfaces cultivées. C’est un cocktail explosif qui est là. Son explosion va se faire au détriment de l’élevage.» M. Diouf sait de quoi il parle. «Je viens de la région de Kaolack. Je suis témoin des conséquences néfastes que l’avancée du coton et de l’arachide a eu sur l’élevage et partant, sur le développement de la région. Le peu de verdure qu’il y avait a disparu. Cette région est devenue semi-désertique.» Pour éviter le même sort à la région de Kolda qui abrite les dernières reliques forestières du pays, le docteur Diouf en appelle à une gestion rationnelle de la ressource forestière, pour préserver la nature dans cette région. Le type d’élevage pratiqué étant entièrement dépendant de l’offre de pâturage et de la possibilité pour les bêtes de se mouvoir dans la nature à la recherche de points d’eau et d’herbe à brouter.
Par Abdoulaye KAMARA - Correspondant
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