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Jeudi 04 Octobre 2007
     
  Les jeunes de Cotonou malades des ‘’quatre roues’’  
     
  S’offrir une voiture est devenue à Cotonou, l’obsession de tous les jeunes. Pour eux, les « venus de France », véhicules usagés sortis de circulation en Europe et revendus moins cher en Afrique - en dépit des problèmes qu’ils engendrent - sont un mal nécessaire. Finie l’époque où la voiture était seulement l’affaire des nantis.  
     
 

   Depuis quelques années, grâce au « boom » des véhicules d’occasion ou de seconde main en provenance d’Europe et communément appelés ‘’venus de France’’ ou ‘’France au revoir’’, beaucoup de jeunes de la métropole béninoise aspirent à une vie «quatre roues». Ainsi, fonctionnaires, jeunes opérateurs économiques, commerçants... bref tout ce que Cotonou compte comme ‘’forces juvéniles’’ tournent le regard vers ces véhicules « Venus de France » réputés moins chers à l’achat. Si leur ambition est la même, les raisons qui motivent chacun d’eux divergent d’un jeune à un autre. Une main à la hanche, l’autre sur le capot d’une rutilante voiture japonaise aux jantes alluminium, Guy K., journaliste dans une radio de la place contemple sa nouvelle acquisition, une superbe ‘’Corolla’’ scintillante sous le soleil. Venu chez son mécanicien pour une révision d’usage, Guy s’apprête à insérer ‘’le son’’, terme utilisé ici par les jeunes pour désigner le dispositif acoustique des véhicules. Une voiture sans le ‘’son’’ n’en est pas une chez les jeunes de Cotonou, car la grande différence vis-à-vis des autres se situe au niveau de la puissance conférée aux hauts parleurs dont ils se plaisent à mettre le plein volume pour marquer leur passage. Comme Guy, de nombreux jeunes rêvent d’une voiture une fois leur premier contrat d’embauche décroché. Pour ce faire, ils économisent, s’endettent, et au pire des cas, ils acquièrent des véhicules volés, avec comme corollaires, les nombreux désagréments qui ne connaissent leur épilogue que dans les maisons d’arrêt.

   Voiture : luxe ou nécessité ?

   Alidou Moussé, jeune cadre dans une banque française au Bénin a décidé de s’acheter une voiture pour se mettre au même niveau matériel que ses collègues. « Un agent de banque doit réfléter une bonne image, une image de la réussite sociale. Il n’y a rien de plus valorisant qu’un véhicule » se justifie-t-il. Il affirme être très gêné lorsqu’ il roule à moto. Par contre John Jay, ancien disk joker au Memphis Night Club déclare qu’il a dû acheter sa voiture «Venue de France» pour parer aux situations d’urgence. Selon lui, il a dû solliciter la voiture d’un voisin et ce, en pleine nuit, afin d’évacuer sa femme à l’hôpital un jour où entrée en travail, il n’avait trouvé aucun taxi pour la conduire à l’hôpital. Le temps de faire toutes les démarches pour un moyen de transport explique- t-il, sa femme a fait une fausse couche. «Mieux vaut avoir sa propre voiture quand on peut s’en acheter. Cela permet d’éviter des situations de ce genre», avertit-il. Alfred Mensah, commercial à Sim service Bénin a, quant à lui, une autre motivation. Pour lui, la voiture est une marque de confiance pour ses interlocuteurs. «D’ailleurs je m’habille en conséquence», ajoute-t-il. « Cela me permet de mieux négocier mes contrats car, on ne me regarde plus avec condescendance » renchérit Mensah. Si la voiture permet à Alfred de rehausser son image, pour d’autres par contre, cela relève d’un simple plaisir. C’est le cas de Amadou, un vendeur de tissus imprimés rencontré dans sa boutique sous le nouveau pont qui côtoie le marché Dantokpa à Cotonou. Il préfère une petite voiture pour ses sorties. C’est un besoin de jeune. Maintenant je passe mes week-ends sans problème, se réjouit-il à bord de son véhicule aux vitres teintées. Un plaisir certes, mais que d’efforts fournis. Il a dû faire plusieurs mois d’économies afin de se procurer ladite «coche». A l’image de ce dernier, beaucoup d’autres consentent des sacrifices. Pour d’autres c’est la croix et la bannière. Ainsi pour s’acheter une voiture d’occasion, certains prennent des crédits bancaires ou s’endettent auprès d’amis. Il y en a qui vont jusqu’à vendre des biens familiaux telles que les parcelles.

   Mais, selon le sociologue Barnabé Affougnon, cela ne change rien à la donne. Il s’agit d’un phénomène qui marque l’air du temps. « Aujourd’hui, les repères identitaires de ces jeunes se trouvent être les grosses cylindrées, les gros véhicules, comme ce fut exactement le cas avec leurs aînés ou père qui ne rêvait que de se construire une maison une fois un âge atteint», explique M. Affougnon. Pour le sociologue, ces modèles sont à 80% magnifiés par les mass media qui importent et colportent des symboles de rêves des pays développés et auxquels tentent de se conformer au prix d’énormes sacrifices, des jeunes qui ne rêvent que de rester dans l’air du temps.

   Faire le bon choix

   L’acquisition d’une voiture d’occasion entraîne d’autres dépenses supplémentaires (carburant, pannes mécaniques parfois intempestives) et des a priori vis-à-vis des jeunes acquéreurs. Beaucoup de jeunes, une fois l’argent d’un véhicule en poche, ne réfléchissent plus outre mesure à l’entretien une fois l’acte d’achat consommé. Confrontés des fois à d’énormes ennuis mécaniques, ceux qui font un mauvais choix finissent par abandonner les dits véhicules, ou à les revendre à des prix en du bradage. C’est pourquoi Togninou, Médard, mécanicien auto à Vêdoko met ces jeunes en garde contre l’achat des véhicules amortis dont l’entretien coûte revient cher. Les véhicules de grandes marques, les modèles comme les RAV IV, Jaguard, Golf ou encore les véhicules décapotables sont les plus prisés. Cependant, faute de moyens, la grande majorité se contente du véhicule à la hauteur de leur pouvoir d’achat. Ainsi, des véhicules sortis de la circulation et vieux de plus de 10 ans d’âge en France, ou un autre pays de l’Europe, sont allègrement vendus à des jeunes qui jubilent de caresser leur première bagnole. Difficiles d’entretien, ces voitures pour la plupart amorties agressent constamment l’environnement du fait de l’épaisse couche de fumée qu’elles dégagent. « Aujourd’hui, il est possible de s’acheter un véhicule rien qu’avec 1 million de Fcfa y compris les frais de douane », déclare Francis Agbla, déclarant en douane, spécialisé dans la sortie des véhicules d’occasion au Port Autonome de Cotonou. Mais il se hâte d’ajouter que ces genres de véhicules sont impropres à l’utilisation puisque déjà trop vieux. Pour choisir sa voiture sur les parcs autos, le client apprécie l’apparence, puis l’intérieur de la voiture, écoute ensuite le bruit du moteur puis s’engage toutes les formes de négociations, explique M. Francis. Les supplications, les liens de parenté, les invocations divines et les petites colères font le reste, le plus important est de trouver finalement un terrain d’entente. «Toutefois, certains évitent cette démarche et choisissent de faire le déplacement au Togo ou au Ghana avec un mécanicien », affirme M. Agbla qui évoque le coût de la douane qui est relativement moins cher dans ces pays. Mais pour de nombreux jeunes utilisateurs de véhicules ‘’venus de France’’, les angoisses sont légions. Consommation excessive de carburant, pannes récurrentes, amortissement accéléré et coûts d’entretien élevés, voilà le lot de ces jeunes dont les plus fortunés acceptent de mettre le prix pour se ‘taper’ un véhicule digne de ce nom. Malgré tout, la voiture reste un luxe, un signe de richesse pour bon nombre de personnes à Cotonou, et les jeunes sont prêts à se saigner pour caresser leur premier volant, le plus important étant de dire à qui veut l’entendre : « voilà ma voiture ».

 
 
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2004© continentalmag.com

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Tag(s) : #Actualités Béninoises
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