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Mardi 16 Octobre 2007
     
  INSÉCURITÉ FONCIÈRE : Gérer les dégâts des collectivités familiales et des administrations locales  
     
  L’insécurité foncière est la pire des tares que le Bénin traîne depuis des décennies. Le gouvernement, sans doute effrayé par la multiplicité des décisions de déguerpissement ou de démolition de maisons, dont certaines construites et habitées depuis plusieurs années, et ceci sur décisions judiciaires, a fait oeuvre salutaire en suspendant de telles opérations, et avec raison, nonobstant la sacro-sainte force de la chose jugée.  
     
 

   Le gouvernement sans nul doute aussi effrayé, surtout par les grognes, les révoltes et les soulèvements des populations contre des actes-bien que légales-touchent au plus profond de l’âme des Béninois accrochés à la terre. Depuis plusieurs années, on assiste souvent à des altercations et quelques drames dus à des soulèvements de populations suite à des interventions musclées de la force publique et de la voirie pour faire appliquer des décisions administratives ou de justice. Pour ceux qui sont déguerpis des maisons qu’ils habitent depuis des décennies ou pour lesquelles ils ont investi de maigres épargnes ou des prêts qu’ils ont encore à rembourser, se retrouver du jour au lendemain dans la rue est un grand désarroi et un grand drame familial. Certaines personnes n’ont point survécu à ce type d’épreuves. C’est toute une vie détruite, souvent parce que les populations portées par cette tradition d’avoir sa propre parcelle, se laissent abusées, escroquées par des individus sans foi, ni loi. Malheureusement, ce sont des descendants des chefs de collectivités familiales qui se sont complus dans l’oisiveté et transformés en vendeurs de parcelles qui aiguisent cet appétit du Béninois pour les parcelles, en lui fourguant des terres dont eux-mêmes n’ont ni l’administration légale, ni la gestion. Les honnêtes gens sont ainsi trompées et abusées, et pendant longtemps, certaines autorités administratives locales, comme des préfets qui devaient les protéger, se mettaient en connivence avec des réseaux d’escrocs pour vendre des parcelles litigieuses aux habitants. Ou alors ce sont les collectivités elles-mêmes, par le jeu des lotissements, qui font des réserves illicites qu’elles cèdent à ces autorités qui les vendent entre elles ou à leurs proches. Des terrains dits sans propriétaires ont été ainsi vendus sur arrêtés préfectoraux mettant en difficulté aujourd’hui bien des familles. Comme aussi des domaines de l’Etat ont été cédés sans le moindre scrupule.

   Parmi ceux qu’on fait déguerpir, il y a sûrement beaucoup de personnes victimes d’une maffia administrative et locale des parcelles. Et cette maffia n’est-ce pas aussi des ayants-droits, héritiers, ou chefs de collectivités familiales, qui utilisent les voies du droit pour résilier les engagements pris par leurs parents des années durant, et exiger de nouveaux rachats au prix actuel du marché aux possesseurs de leurs parcelles? Souvent ils vendent les mêmes terrains à plusieurs personnes avec des papiers administratifs en bonne et due forme par complicités administratives. Certains juristes se sont même spécialisés dans ce type d’affaires. Les populations et des gens honnêtes naïfs et spoliés se font alors jeter à la rue, sur décision judiciaire ou administrative. Il n’y a pas à dire : parmi les reproches adressés au Bénin pour l’installation des affaires, l’instabilité foncière est le handicap le plus pernicieux. Et la terre, en tant qu’hypothèque devient aujourd'hui peu sûre, encore moins en biens d’héritages stables. Il y a un problème de réforme de la gestion du foncier à engager et qui donnerait plus de poids à l’Etat, pour remettre de l’ordre, permettre à ceux qui sont des victimes de ne pas être spoliés et de punir les collectivités familiales ou les individus qui empêchent la sagesse de revenir dans la gestion du foncier au Bénin. En prenant la décision de surseoir aux opérations de déguerpissement le gouvernement a fait le bon choix. Il appartient aux avocats et aux magistrats, chacun selon ses intérêts, d’admettre qu’il est temps d’instaurer plus de transparence et plus d’équité dans la gestion administrative et judiciaire des litiges fonciers. C’est un impératif de développement collectif. C’est vrai qu’il y a séparation des pouvoirs, mais l’Etat de droit ne pourrait survivre, si des décisions paraissent ne favoriser que les plus forts et les plus futés.

 
 
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2004© continentalmag.com

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Tag(s) : #Politique Béninoise
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