| Les 5.000 petits forçats béninois d'Abeokuta | |
| NIGERIA - 23 octobre 2007 - AFP | |
| Irénée, la quinzaine maigrelette, lève le bras et montre trois monticules de terre: trois copains à lui reposent là, morts d'épuisement dans les carrières de gravier d'Abeokuta, au sud-ouest du Nigeria. Selon l'Unicef, ces petits forçats Béninois seraient près de 5.000.
Huit heures par jour, six jours par semaine, la poussière minérale collée au corps par la sueur, dans la chaleur ou sous la pluie, Irénée concasse du granit, torse nu. Parfois les coups partent quand le rendement n'est pas bon.
Avec 260 autres gamins, Irénée avait été libéré par la police nigériane en septembre 2003 et ramené à sa famille au Bénin voisin un peu par hasard, à cause d'une rivalité entre trafiquants. Mais ils ont été revendus par leurs parents miséreux à des passeurs et renvoyés à Abeokuta, à environ 100 km au nord de Lagos. "Je suis revenu en novembre 2005 avec mon petit frère Paul. On est arrivé à 18, et trois sont morts", raconte Irénée à l'AFP. Son village au Bénin, Za-kpota, à environ 150 km d'Abeokuta, est de notoriété publique la "capitale" du trafic d'enfants, avec 70% des enfants béninois déplacés. "Comment voulez-vous que j'arrive à garder avec moi 37 enfants sans aucune ressource?", explique le vieux Luc Gbogbohoundada, 80 ans. "Quand on nous a ramené nos enfants, l'Etat nous avait promis de l'aide. Quatre ans plus tard, on n'en a toujours pas vu la couleur", tempête Pépé Luc, qui revendique fièrement ses huit femmes et 37 enfants: "le plus âgé a environ 55 ans, le plus jeune trois mois".
Geneviève, une veuve de 62 ans, a envoyé la mort dans l'âme ses deux aînés au Nigeria. "Ils sont ma seule source de revenus pour leurs deux frères et moi. Je prie tous les jours qu'ils s'en sortent", dit-elle.
Le trafic d'enfants s'est nettement aggravé ces dernières années au Bénin, profitant du fait que la seule loi répressive en la matière, votée en janvier 2006, n'a pas encore été promulguée. "L'absence de volonté politique réelle et les lourdeurs administratives favorisent l'accroissement de cette honteuse traite négrière", déplore l'avocat béninois Joseph Djogbénou. "Il est clair qu'en l'absence de cette loi, certaines populations continuent sans crainte le trafic", renchérit Philipe Duhamelle, représentant au Bénin du Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef). Selon l'Unicef, au moins 7.000 enfants victimes de ce trafic travaillent actuellement au Nigeria, dont près de 5.000 dans les carrières d'Abeokuta. Ces enfants rapportent entre 10.000 et 20.000 F.CFA (15 à 30 euros) à leurs parents qui les confient à des "passeurs", officiellement pour... prendre en charge leur éducation. En fait d'éducation, ils se retrouvent, selon des humanitaires interrogés par l'AFP, dans des carrières comme Abeokuta ou dans des plantations de cacao et de canne à sucre dans des pays de la région et vendus pour des sommes bien supérieures. Selon des statistiques publiées en juin 2007 par la Brigade de protection des mineurs à Cotonou, plus de 10.000 enfants victimes de ce trafic sont interceptés chaque année aux frontières béninoises. Mais en 2003, une étude de l'office fédéral des statistiques en coopération avec l'Organisation Internationale du Travail (OIT) indiquait que 15 millions d'enfants travaillent au Nigeria, "dont 40% risquent d'être victimes du trafic, local et international |
Les 5.000 petits forçats béninois d'Abeokuta
Publicité
/image%2F1217104%2F20191118%2Fob_f52d34_benoit-illassa-et-patrice-talon.jpg)