02/12/2007
ZB
La Conférence Consultative régionale de la Diaspora africaine en Europe s’est tenue en France à Paris les 11 et 12 septembre 2007. Elle faisait suite à la décision historique de l’Union africaine (UA), très contestée par ailleurs sur son efficacité dans les conflits continentaux et pour d’aucuns dans sa raison d’être même, de faire de la Diaspora africaine sa sixième région. Pour donner corps à cette décision heureuse et saluée par le trop peu d’Africains et d’Afrodescendants de la Diaspora auprès duquel l’information est parvenue, l’UA a décidé d’organiser un sommet dédié à la rencontre de l’institution africaine avec la Diaspora au premier trimestre 2008 en Afrique du Sud, pays qui a accepté la lourde charge de l’exécution de ce projet.
Passés les moments émotionnels d’une légitime satisfaction par rapport à la reconnaissance institutionnelle de l’existence d’une Diaspora africaine et de l’acte ainsi déposé de la nécessité de l’intégrer aux processus de développement du continent dans une relation efficiente jouant dans les deux sens, c’est l’inquiétude qui domine quant à la réussite de cette institutionnalisation.
La première raison justifiant l’inquiétude des observateurs, inquiétude que les rencontres parisiennes des 11 et 12 n’ont pas dissipée au contraire, c’est le manque quasi-total d’information, de communication ciblée autour des différentes conférences consultatives de la Diaspora. La conséquence de cet incroyable déficit d’information et de médiatisation autour de cet événement pourtant historique est la très faible représentativité en nombre et surtout en qualité des Africains et Afrodescendants présents ou sollicités lors de ces rencontres. Les délégués et intervenants sont apparus comme sortis d’une loterie, de tractations de couloirs, typiquement françafricaines, sans le moindre indice de transparence.
A l’instar de membres noirs de l’UMP intervenant à ces assises -tel que M. Dogad Dogui-, le parti qui mène une politique de répression dure frappant directement les Immigrés africains, ou pour ne citer que lui, d’un Claude Ribbe qui s’était pourtant illustré par ses propos méprisants à l’endroit de l’Afrique, quant il présidait aux destinées d’une association se définissant comme Domienne, sans relation avec l’Afrique, des signaux contradictoire ont pu être malencontreusement émis lors de cette rencontre.
La Diaspora africaine compte des ouvriers, des étudiants, des cadres moyens, supérieurs, des employés, des médecins, des universitaires, des ingénieurs, des informaticiens, des patrons d’entreprises, des personnalités politiques, associatives, des personnalités des médias, des associations de femmes … Très peu étaient seulement au courant de la Conférence Consultative des 11 et 12 septembre 2007. Ce qui frise le scandale lorsque l’on mesure l’importance, l’âpreté des débats, initiatives menées au nom de l’Afrique par tant de groupes et d’individus appartenant à sa Diaspora.
Des raisons valables pourraient être alléguées pour expliquer la faiblesse de la mobilisation et la superficialité de la distribution de l’information, le caractère embryonnaire des médias panafricains, l’absence de structures fédératives de référence, solides et crédibles réellement animées par des Africains et Afrodescendants de la Diaspora. La segmentation des diasporas africaines en micro groupes communautaires aux relations minces, sinon inexistantes, ne favorise pas la diffusion de messages et l’entretien des sentiments d’appartenance.
Autant d’aspects d’une réalité contrastée, émiettée, où des facteurs centripètes n’émergent pas au premier degré, rendant peu triviaux, des leviers d’action ou de mobilisation de la Diaspora africaine.
Pourtant, il existe désormais un ou quelques réseaux de médias, d’inégale qualité et pertinence, mais qui auraient pu animer une véritable mobilisation des diasporas. Bien des questions importantes, discriminations, Françafrique, incendies, "bavures policières", etc. ont pu être révélées, débattues, relancées par les médias n’appartenant pas au champ central, Internet, radios, médias papier. Compte tenu de l’énormité de la tâche, des enjeux colossaux d’une question multiséculaire posée déjà par les grands leaders africains américains comme Marcus Garvey ou DuBois, une réparation minutieuse n’eût pas nui, pour dire le moins.
Une cellule spécifique, une task force compétente de la Diaspora, devrait débroussailler l’ensemble des problèmes liés à la mobilisation des membres de la Diaspora, à la collecte des données diverses, éparses et nombreuses sur la Diaspora africaine et plus généralement sur le phénomène diasporique mondial. En effet, qu’il s’agisse des dimensions de développement économique -projets transnationaux, transferts de fonds, actions sociales, de développement, humanitaires, …-, politiques -soutiens aux processus démocratiques, lutte contre les Biens mal acquis investis en Occident, droit de vote de la Diaspora, lobbying international …-, culturelles -identité, histoire, développement équilibré des jeunes de la Diaspora, …-, il existe de plus en plus de matériaux scientifiques sur les expériences diasporiques du monde, qui aideraient à éclairer des débats sérieux.
Il vaudrait mieux sans conteste reporter l’échéance bureaucratique du premier semestre 2008, qui risquerait de plomber une grande idée, un grand dessein, fil d’Ariane de plusieurs générations de panafricains, par son impréparation et les risques de récupération encourus. Ce serait un rendez-vous manqué de trop alors que la fenêtre entrouverte par l’UA à la Diaspora africaine, arrive à point nommé, les Africains et Descendants d’Afrique faisant face à une période des plus rudes de durcissement de leurs conditions collectives d’existence et de piétinement de leurs dignités. La rencontre UA-Diaspora mériterait une préparation experte et pointue, soutenue par une mobilisation populaire, afin de donner corps à cette sixième région, cette région particulière de l’espoir panafricain.
/image%2F1217104%2F20191118%2Fob_f52d34_benoit-illassa-et-patrice-talon.jpg)