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La dialectique du maître et de l’esclave

Il y a ceux qui n’ont peur de rien, ceux qui sont pleins d’assurance face à la vie, qui jamais ne tremblent ni ne frémissent, les téméraires et les goguenards, les prétentieux et les fiers. Maîtres. Le maître ne recule devant rien, car le maître n’a pas peur. Ou plutôt, il ne connaît pas la peur, parce qu’il ignore les dangers. Il n’y pense pas, pas même à la mort. Sa force, c’est d’ignorer.
 
Et il y a ceux qui n’ignorent rien, qui ont conscience de ce qui est grave et douloureux, de ce qui est triste et tragique. Ils ont les yeux grand ouverts sur l’existence et ils ont peur. Ils tremblent et frémissent. Ils redoutent la mort et reculent d’effroi devant elle. Esclaves. Leur faiblesse, c’est de regarder.
 
Naturellement, celui qui est plein d’assurance domine celui qui a peur. Le fort commande au faible, l’intimide et l’utilise. Il donne des ordres, fait des caprices, attire et rejette, se fait servir et méprise. Pour lui, la vie est douce et facile. Il jouit, de lui-même, des autres et des choses. En un sens, il a tout – mais au fond il n’a rien, car il nie tout, il se moque de tout : les êtres et les choses. Il n’a que lui.
 
La dialectique est un renversement de perspective. En un sens, l’esclave est asservi. Il sert le maître et se tait. Il travaille et il souffre, tremble et obéit. Mais il a le monde entier autour de lui, foisonnant et complexe, qu’il regarde et transforme. Celui qui travaille, qui est en butte aux choses et aux êtres, à la difficulté et aux soucis, devient, progresse, s’élève – parce qu’il apprend et ne reste pas le même, lui.
 
La morale n’est pas qu’il faut abattre les maîtres. Nous sommes tous maîtres et esclaves, tour à tour, à des degrés divers. La morale, c’est de surmonter l’alternance de ces deux figures, pour devenir une troisième figure, une nouvelle conscience, au prix d’une véritable conquête, d’une douloureuse évolution.
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01 février 2008 Publié Philosophie, Psychologie | Lien permanent | Modifier
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01 février 2008 Publié Philosophie, Psychologie | Lien permanent | Alerter
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Tag(s) : #ILS ONT DIT...
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