Trois règles pour une gouvernance concertée
A l'heure où la majorité des Béninois s'inquiète pour leur pouvoir d'achat et de l'issue incertaine de l'année scolaire, le rapport général du MAEP a indiqué la bonne gouvernance comme un des facteurs les plus déterminants pour l'amélioration des condi-tions de vie des populations de notre pays. Dans la foulée, le Président de la République a installé le mardi 19 février dernier le Haut Commissariat à la gouvernance concertée. Il nous a semblé utile d'établir une relation entre celle-ci et trois règles de management. Avant de les mettre en relief, nous repréciserons dans un premier temps les liens existant entre gouvernance et politique économique en général et politique de l'entreprise en particulier.
La gouvernance, nous le savons, est la manière par laquelle le pouvoir est exercé dans la gestion des ressources économiques et sociales d'un pays au service du développement. Institutions, pratiques et normes politiques devront l'incarner au Bénin pour répondre aux aspirations des Béninois comme le stipule le rapport général du MAEP. De fait, la bonne gouvernance est à la mesure de l'éthique de gouvernement central, local ou d'entreprise : «Au-delà de la constitution, le Bénin a choisi d'afficher une sérieuse volonté politique et un attachement à l'application de la bonne gouvernance, non seulement au niveau des institutions de l'Etat, mais encore et surtout au niveau de toutes les autres composantes de la nation, notamment la société civile » (Rapport Général du MAEP).
Une telle exigence résulte de la reconnaissance de l'existence d'une relation positive entre la bonne gouvernance et le développement économique. En effet, si la croissance dépend des facteurs économiques tels que la qualité et la quantité des ressources disponibles, les personnes interviewées par la commission du MAEP ont insisté sur les limites des politiques économiques, de l'administration politique, du système légal et judiciaire. Elles souhaitent alors plus de démocratie participative (73,6% se sentent laisser pour compte dans la gestion de la chose publique), une application effective des règles et lois, plus de transparence dans la gestion des affaires publiques et l'intensification des effets de la lutte contre la pauvreté. Autrement dit, la gouvernance peut être comprise comme la capacité d'utiliser le pouvoir politique collectif pour la gestion participative de la société dans tous ses différents aspects, sociaux, économiques et politiques.
En revanche, la mauvaise gouvernance provoque plusieurs dysfonctionnements mis en relief par le MAEP : fuite des capitaux et réticence des investisseurs (nationaux et étrangers); perte d'importantes ressources budgétaires, gan-grène de la corruption, recul de l'intégration économique régionale, mauvaise allocation des ressources, réduction des opportunités de création d'emploi. Mais de telles préoccupations nécessitent non seulement une culture de la macro gouvernance mais aussi de la micro gouvernance, celle-ci confortant celle-là et inversement comme l'enseigne le management des organisations.
De notre point de vue, le nœud du problème tient au manque de cohérence entre les déclarations et les pratiques tant de l'administration publique que dans la gouvernance d'entreprise. Nous voulons ici proposer trois règles de management nécessaire à l'effectivité de la gouvernance concertée. La première règle, quand on dirige une organisation, est de respecter ses collaborateurs. Ne pas les minimiser, ni les humilier régulièrement. Une telle attitude est démobilisatrice, pire, elle finit par se retourner contre le responsable. Remarquons que la qualité d'un dirigeant s'apprécie d'abord à la qualité des personnes qu'il a recrutées pour faire tourner son organisation.
La seconde règle est de rassurer les membres de son équipe de direction. Si chacun a l'impression d'être assis sur un siège éjectable, à la merci des humeurs du patron, il va se préoccuper de sa propre survie en donnant la priorité aux actions à court terme pour se maintenir en poste. Il négligera alors les problèmes de fond dont la résolution améliorera la compétitivité de l'entreprise. Autrement dit, les critères d'évaluation doivent être plus qualitatifs que quantitatifs. N'est-ce pas la raison pour laquelle les économistes ont élaboré de nouveaux indicateurs, autres que le PIB, qui prennent en compte le bien-être individuel et collectif dans une perspective durable (notamment l'IDH). Dans ce sens, l'évaluation sera nécessairement globale et complexe pour éviter que les collaborateurs soient conduits à concentrer leurs efforts sur l'évolution positive de tel ou tel indicateur, au lieu d'accomplir leur responsabilité avec intelligence dans la perspective du bien commun.
La troisième règle de management, dans la quête de la bonne gouvernance, est de savoir déléguer. Il s'agit pour le directeur d'éviter d'intervenir dans les dossiers que ses collaborateurs sont censés traiter en annonçant des décisions qui relèvent de leur responsabilité directe. Un directeur qui procèderait ainsi, saperait leur autorité, diminuant de fait leur capacité à mettre en œuvre les décisions qu'il prendra par la suite.
Il importe donc de s'appliquer à soi-même ce que l'on exige des autres. Il urge aussi de pratiquer l'évaluation 360 degrés, c'est-à-dire permettre à ceux que vous évaluez de vous évaluer vous-même. Car si les actionnaires vous ont placé à la tête de l'entreprise pour cinq ans, cela ne vous autorise pas pour autant à vous comporter en monarque absolu n'ayant aucun compte à rendre pendant la durée de votre mandat. Au contraire ! La bonne gouvernance comme son corollaire la gouvernance concertée ne doivent pas apparaître comme un simple outil de communication et de mobilisation de ressources extérieures.
Jean Joachim Adjovi
Archevêché de Cotonou
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