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Communales 2008: Bafouer les règles coûte cher

Par Par Désiré Emile OLOGOUDOU


« Ceci tuera cela ». C’est là, un cri de guerre psychologique, bien connu, d’abord, sur la Côte des Esclaves, ensuite, au Dahomey colonial et enfin, au Bénin indépendant, même si au bout du compte, chacun parvient à ne faire que ce qu’il peut.
Quoi qu’il en soit, nous sommes aujourd’hui, bien au-delà d’une simple agitation politique passagère. Le cri de guerre devient même un ordre de battue monstre contre les opposants, les simples contestataires et autres dissidentes et dissidents, qu’on prétend mettre hors d’état de nuire. A vrai dire, nous sommes au paroxysme de l’intolérance à l’endroit des contre-pouvoirs, pourtant allègrement mis en place.
Il est un fait que nous vivons très mal la démocratie pluraliste et ses règles incontournables. A peine deux (02) ans de régime yayiste que tout semble nous pousser à la dictature personnelle. Un tel basculement n’est pas inconnu au Bénin : il arrive bien souvent sous la poussée des tenants du parti au pouvoir. C’est alors que celui-ci devient un parti unique. Avec tout ce que cette triste situation peut engendrer et évoquer dans nos mémoires. Même lorsqu’on feint de se passer des structures partisanes formelles et de leur encadrement, on se bat aussitôt pour que s’instaure au plus vite le parti unique sous d’autres formes. Avec ou sans Comité Central ni Bureau Politique.
Que d’agitations, de troubles et d’attaques frontales en cette veille mouvementée des Communales ! Ces désordres n’ont d’autres sources que la volonté de puissance, le dur désir de contourner le dispositif des forces sociales et même régionales.

Dispositif souple sur le terrain qui a permis d’élire le Président Boni Yayi (voir photo en haut) , il y a peine deux (02) ans aujourd’hui. Plus rien ne semble trouver grâce aux yeux des leaders suprêmes. A moins que ne soient concernés que les hommes nouveaux qu’on voit passer avec armes et bagages, dans le camp gouvernemental.


Même si tout n’est pas inédit dans les renversements de tendances et d’alliances en cours, force nous est de tenir, à tout le moins la chronique des soubresauts socio-politiques du trimestre passé.

En quoi faisant ? Ouvrir un débat clair, centré sur le fait pour l’Etat Africain et Béninois de se sentir mal à l’aise en face de contre-pouvoirs indispensables, mais vite accusés de n’être là que pour vous empêcher de tourner en rond.
Bien sûr, il n’y a pas que les contre-pouvoirs en jeu. On doit citer également les partis, les associations loi 1901 et autres ONG, les syndicats, les défenseurs des droits de l’homme, les libres penseurs et les confessions religieuses. Tout cela fait déjà trop encombrant. Tout cela contribue dangereusement à instaurer une sorte de loi de la jungle. Et cela ne laisse jamais indifférent l’Etat. D’où, les moyens conséquents mis en œuvre pour surveiller ou réprimer les gens.


Faire appel à la surveillance ou à la répression montre qu’un peu partout le conflit socio-politique est toujours latent ou manifeste. Les masses populaires sont toujours trop remuantes du point de vue du pouvoir. D’où le passage rapide au mot d’ordre de lutte à mort cité plus haut : « Ceci tuera cela ! »


Ce cri de guerre, le plus souvent officiel, explique à notre avis, tout le branle-bas actuel, tout l’activisme débordant qui jette maints responsables communaux dans les bras du Chef de l’Etat, lorsqu’on ne porte pas la réplique directement en son nom à la radio ou la télé.
Faut-il pour autant se garder de tout appel au calme et surtout au strict respect d’un équilibre socio-politique qui a fait ses preuves à la présidentielle de mars 2006. Le candidat Boni YAYI n’est passé de 35% des suffrages à 75% au second tour qu’avec les apports des plus influents à l’époque. N’oublions pas chaque élection qui, réveille tous les démons de la revanche personnelle pour mérites non reconnus.
Ne fait-on alors que prêcher le statu quo, ou dans le désert lorsqu’on conseille aux gouvernants d’y regarder à deux (02) fois avant d’envoyer leurs hommes sur le terrain. Doit-on laisser faire lorsque la vieille garde béninoise est brimée par l’ordre établi ? Doit-on méconnaître la compétence et l’intégrité des Anciens au point de les déposséder, par principe, de toute parcelle de pouvoir, parce que, entre autres arguments fallacieux, le Président Bush nous a récemment rendu visite et que jamais pareil honneur, venant de si haut, n’avait été fait à notre pays ?
Doit-on décréter la chasse à l’homme, aux sexagénaires et septuagénaires, sous le prétexte que ceux-ci n’auraient désormais de plus sûrs réflexes que de saboter ou même de vouloir renverser le pouvoir en place ?

Suffirait-il qu’on se pare ou qu’on soit paré de toutes les vertus rédemptrices pour n’avoir plus qu’à bafouer les règles de la démocratie pluraliste, si chèrement acquise ? C’est là justement que le bât blesse. L’absolutisme n’est-il que le plus sûr moyen de parfaire un bilan que nous reconnaissons volontiers satisfaisant par endroits ?

L’expérience du passé ne montre-t-elle pas que le pouvoir absolu corrompt absolument ?
De nos jours, rien n’enivre autant les tenants du pouvoir que l’hydromel frelaté de l’absolutisme. Par la voie politique et non du mérite, on veut tout avoir tout de suite, on veut tout contrôler, à son seul profit. Dans les 77 communes du pays, il nous faudrait comme maires, rien que de fermes partisans du pouvoir. Récemment réunis à Grand-popo, certains députés FCBE n’ont eu d’autre conclusion que le malaise social du moment s’expliquerait par une collusion des grévistes et autres syndicalistes avec la vieille garde conservatrice par définition. Une certaine presse, alignée ou non, fait état de budgets faramineux mis par l’opposition à la disposition des troubles fêtes dans certaines communes et certains départements.

Une déclaration de députés FCBE en date du 4 mars 2008 croit devoir indexer les manœuvres politiciennes comme étant les causes du retard des échéances électorales désormais fixées au 20 Avril prochain.
Qu’est-ce qui fait pousser tant de cris d’alarme et répandre tant de bruits divers ? Pourquoi une telle phobie, ou même défiance à l’endroit de l’actuel Président de la CENA ? Pourquoi lui refuse-t-on les crédits indispensables ? Est-ce sa qualité de syndicaliste aguerri ? En quoi un syndicaliste ne peut-être que déloyal et ne songerait, à tout et hors propos, qu’à la déstabilisation ?
En quoi un homme tant soit peu éclairé deviendrait-il du coup, un ennemi du pouvoir ? Il est vrai qu’après la guerre froide, le vocabulaire progressiste n’a cessé de loger de regrettables confusions.


Au Bénin de l’an 2008, peut-on s’avouer patriote tout en permettant au pouvoir qu’on soutient, de mettre à l’écart les syndicalistes, les juristes, femmes et hommes défenseurs des Droits de l’homme, les intellectuels épris de paix et de justice ?


On entend souvent retentir au plus haut sommet de l’Etat, une sorte de défi aux éventuels opposants pour qu’ils se déclarent comme tels. Alors que le tout puissant provocateur est le premier à savoir qu’il est encore très difficile de faire valoir les droits de l’opposition.
Quelles que puissent être les intentions réelles du Chef de l’Etat, la pratique sociale des militantes et militants se réclamant de lui, paraît des plus troublantes. Proches du soleil, les tenants du pouvoir n’ont-ils pas tout à donner aux électeurs, en pré campagne ou en campagne ? De proche en proche, vous n’êtes candidat au Bénin que lorsque vous avez de l’argent. Si vous n’en avez pas, abstention ! Si par contre, vous en avez suffisamment, préparez-vous à tripler les mises de votre adversaire. On sait l’escalade et la débauche de moyens qui s’en suivent.


On ferait pleurer bien des électeurs si on leur disait que l’Etat arriverait les mains vides sur le marché électoral. Tout en luttant courageusement contre la corruption, l’Etat rentre pendant les élections, dans une sorte de pénombre où tous les coups sont permis.
Laissons-là les Communales, qui s’annoncent des plus hypothétiques à l’horizon. La propagande règne partout en maîtresse. On assiste même à des règlements de compte et lynchages télévisés. Bien sûr, nous n’en sommes pas à croire que tous les lynchages médiatiques seraient commandités par le pouvoir. Notre seule conviction est que le climat politique à la veille des communales s’y prête indirectement.


Les choses étant ce quelles sont, les Ministres descendent constamment sur le terrain. On apprend même que chaque Ministre est dûment embrigadé et consigné. Comme à l’époque de nos vilains coups d’Etat. De ce temps où le Bénin était devenu l’enfant malade de l’Afrique. Notre souci n’est pas tant de dénoncer que de rappeler expressément aux charlatans qu’ils ne prédisent jamais la guerre sans courir le risque d’être eux-mêmes emportés parmi les premiers.

Si par malheur, les 77 communes de notre pays ne devraient être coiffées que des seuls candidats FCBE, nous aurions, du coup, changé de système politique. Et presque à notre insu. Quoi qu’il en soit, nous ne sommes en rien animés de la volonté de voir l’emporter que des opposants, d’ailleurs trop vite qualifiés ou disqualifiés à l’heure des décisions. Notre crainte touche au déséquilibre entre les hommes du pouvoir, vite nantis pour les besoins de la cause, et les gens valables, mais sans les moyens, ni personne à voler à leur secours.
Nous demandons simplement qu’on se penche sur le vote censitaire (plus ou moins voilé) et que tout soit mis en œuvre pour une compétition équitable et loyale. Bien sûr nous n’aurons pas la naïveté de croire que tout revient présentement à l’affrontement de l’Etat à des enfants de chœur et autres clochards sans le sou. Mais, pour que le combat en vaille la peine, nous devons garder à l’esprit que de sentir obligés de bafouer les règles démocratiques a toujours coûté très cher au Bénin.
De ce point de vue, rien ne parait plus réjouissant que les résistances au devant de la poussée irrésistible du parti unique, même s’il était ramené avec de millions de dollars plein la main. Un peu partout, le peuple voudrait pouvoir arbitrer et désigner les candidats de son propre choix. A preuve, les récents meeting croisés FCBE/G-13 à Glazoué. Les interférences du pouvoir ne paraissent guère recevables dans cette capitale stratégique du Département des Collines.


Un peu partout, le peuple béninois brave la répression, les tracasseries policières et les menaces personnelles voilées, pour rejeter toute mascarade électorale. Notre peuple exige des garanties claires quant à sa sécurité et va jusqu’à prendre des précautions pour n’avoir pas à s’engager dans un quelconque sens unique encore moins dans l’impasse. Notre peuple est présentement engagé dans des alliances librement consenties en vue de sauvegarder ne serait-ce que les meubles par endroits. En tout cas, rien ne nous obligerait à rééditer le zèle historique peu payant du « Ceci tuera cela ».

 

A la base et pour la base, du nord au sud, les laissés pour compte et autres paumés de l’Emergence veulent et tiennent à des élections libres. Avec la conviction que l’Etat n’est l’ami du peuple que bien momentanément.
Sa promesse la plus claire est de venir sur le terrain bouter dehors ceux dont la tête lui déplait pour une raison ou une autre. Jamais ne paraissent plus lourdes, les responsabilités du pouvoir, pour ce qui est de contribuer à la sauvegarde et au renforcement de la démocratie pluraliste. Car rien ne cache durablement un arbitraire subrepticement imposé au peuple.


Sans nous laisser gagner d’aucune panique personnelle ; étant nous-mêmes candidats à rien, nous demanderions seulement qu’on ne se trompe ni d’hommes, ni de femmes dans l’Atlantique, l’Ouémé ni le Plateau, le Couffo, ni le Zou-sud, mais aussi partout ailleurs. Car, à vouloir trop vite s’installer, on court quelques graves déconvenues en raison non seulement de leaders régionaux, encore solides, mais aussi du niveau de conscience politique d’un peuple sachant se battre et mesurer la vitesse du vent.


Le drame au Bénin c’est que chaque fois qu’un pouvoir s’installe, il s’installe toujours par la force d’une coalition qui n’exclut pas la classe politique. Mais une fois installé, le pouvoir travaille pour disloquer cette coalition et n’entend plus jamais rencontrer cette classe politique à plus forte raison se concerter avec elle. Seuls comptent désormais la fuite en avant et l’acharnement à constituer un bloc monolithique, ce qui est, tout à fait, contraire à l’éthique démocratique et de, manière plus concrète, à la configuration sociologique du terrain.

Par Désiré Emile OLOGOUDOU

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Tag(s) : #Politique Béninoise
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