CRISES POLITIQUES EN AFRIQUE: et si les intellectuels africains refusaient le développement ?
(Le Pays 21/03/2008)
(Le Pays 21/03/2008)
La crise politique au Tchad et au Kenya a inspiré ce lecteur qui nous livre sa lecture de la responsabilité des intellectuels africains.
L'école est un facteur de développement. En témoigne l'engagement du gouvernement du Burkina Faso pour rendre l'éducation gratuite pour l'ensemble de sa population. Ce fût un OUF de soulagement pour la majorité des paysans issue des campagnes du Faso. Sortiront donc de cette école des intellectuels qui vont contribuer au développement de notre pays.
L'importance de l'école n'est donc plus à démontrer. Mais à voir évoluer nos belles élites du Tchad et du Kenya, je prends le risque d'affirmer que l'école serait un facteur de sous-développement ou d'anti-développement parce que les intellectuels de ces deux pays ont décidé de détruire leurs pays. Si ce ne sont pas eux qui donnent des ordres à l'armée, censée être républicaine (même si en république) l'armée doit protéger les institutions) pour tirer à bout portant sur les populations, c'est eux mêmes qui entrent en rébellion pour détruire leur pays. Après, on bombe la poitrine pour dire "je suis diplômé, je suis docteur en économie, en politique, je suis... et je suis". S'il faut fréquenter l'école du CP1 à l'université et venir semer la désolation dans son propre pays, c'est vraiment honteux. Ce n'est pas ça le rôle d'un intellectuel. Chers Africains.
Par ailleurs, l'histoire du monde est pleine de grandeur et d'astuce, de compromis et de révolution, d'héroïsme et de banalité, de tragédie et d'espoir, de complots et de collaborations, d'orthodoxie et d'hérésie. Mais celle de l'Afrique est pleine de tragédies et de complots parce que tout simplement les intellectuels africains en ont décidé ainsi.
Tenez ! au Tchad, la guerre aurait fait beaucoup de morts, surtout des pauvres, des femmes, des enfants. Pourquoi ?
Des intellectuels, des personnes dites éclairées ont pensé qu'il faille modifier la constitution pour demeurer au pouvoir et jouir de l'argent du pétrole. Bonjour donc la guerre.. Il en serait autrement si les élites de ce pays avaient pensé autrement.
Ensuite, on ne vainc pas les aspirations d'un peuple à la liberté et à la démocratie avec des bombes et des fusils. Les dirigeants du Kenya ne l'ont pas encore compris. Dans ce pays, toujours pris en exemple pour être une vraie démocratie, des centaines d'êtres humains seraient morts parce que des hommes qui ont fréquenté l'école voudraient encore rester au pouvoir. Or si l'on en croit Roosevelt : "Le pouvoir est la propriété du peuple qui choisit un souvenain comme gérant" Mais, les intellectuels du Kenya, bien arrimés au pouvoir ont refusé car pour eux démocratie veut dire rester toujours aux commandes. Advienne que pourra semblent-ils dire.
Au regard de ce qui précède, c'est un problème quasiment atavique en Afrique de croire que le pouvoir est fait pour soi et naturellement pour soi. Et les responsables politiques africains ont généralement une sainte horreur de la clarté et de la transparence. Sinon comment comprendre qu'avec des budgets évaluables avec de simples calculatrices de poche, on s'arme lourdement pour tuer d'autres hommes qu'on n'a pas crée ; pour détruire ce qui est déjà constuit pendant que le citoyen lamda veut manger et se soigner.
"L'intellectuel, un frein au développement"
Autre remarque et non des moindres est que l'intellectuel africain est l'individu qui se satisfait le plus facilement lorsqu'on lui offre les facilités d'embourgeoisement et la possibilité de mépriser et d'écraser ses obligés administratifs (subordonnés), il devient alors un frein au développement et à la démocratie.
Le drame de ces 2 pays et beaucoup d'autres pays à travers le continent nous enseigne que l'échec de la démocratie réside bien souvent dans le non respect par les intellectuels africains, des systèmes normaux de fonctionnement de cette démocratie, avec le refus de l'alternance politique et la pratique de l'intolérance de l'opposition. Ce drame nous enseigne aussi qu'aucune société n'est complètement démocratique ou intégralement développée. Ce qui compte c'est d'aller de l'avant et de ne pas reculer. Comme c'est le cas au Burkina qui fait de gros efforts dans la consolidation de notre jeune démocratie.
Chers Africains, travaillons donc pour une démocratie réelle. Sinon elle apparaît dans l'imaginaire collectif des Africains comme un discours qui traduit ce à quoi il est permis de penser au de rêver mais pour lequel il n'y a aucune garantie de réalisation.
Il faudrait que nous soyons de vrais démocrates et des intellectuels éclairés :
- être démocrate, ce n'est pas tuer ses propres frères et régner,
- être démocrate, ce n'est pas torturer moralement ses subordonnés administratifs
- être démocrate, ce n'est pas piller les caisses de l'Etat
- être intellectuel, démocrate ce n'est pas entretenir la population dans la pauvrété, la misère. Mais plutôt la servir et l'aimer.
Nos intellectuels doivent changer de comportement sinon, on serait tenter de donner raison ou de prendre au sérieux William Sassine qui dit "pour développer l'Afrique, il faut commencer par fermer les écoles", ou se résoudre à croire comme Jean Paul Sartre que "l'intellectuel africain est un mensonge vivant". Dieu merci que d'autres sont des vérités vivantes. Ils doivent savoir que la meilleure richesse, la vraie, la seule qui vaille la peine d'être rechercher pour un responsable, c'est d'avoir une place dans l'histoire de son peuple, de n'en être pas exclu. L'âge d'un dirigeant, d'un président ne se calcule pas en année mais en services rendus à son peuple.
Mettez donc à la disposition du peuple africain le capital intellectuel et technique que vous avez arraché lors de votre passage dans les universités occidentales comme le font si lien le président du Faso, Nelson Mandela, Alpha Omar Konaré et bien d'autres.
"Nous sommes pleins de haine"
Au primaire comme dans les universités on ne nous apprend pas la haine pourtant nous sommes pleins de haine, on n'apprend pas la rancune pourtant nous sommes rancuniers, on n'enseigne pas la tuerie (guerre) pourtant nous tuons nos prochains, on n'apprend pas la corruption pourtant nous sommes des corrupteurs et des corrompus en puissance. D'où vient donc cette bassesse humaine ? Dans le mensuel d'information religieuse n°441 de novembre 2007, Mère Teresa disait dans son message de 7 septembre 1994 "j'ai souvent dit, et j'en suis certaine, que le plus grand destructeur de la paix dans le monde d'aujourd'hui est l'avortement. Si une mère ou un père peut tuer son propre enfant, qu'est-ce qui pourra nous empêcher, vous et moi, de nous entre-tuer ?". Dès lors, l'amour du prochain ne pouvait plus être une vertu. La vie est sacrée, elle est le plus beau cadeau de Dieu. Et le seul qui ait le droit de reprendre la vie est celui qui la créée. Personne d'autre n'en a le droit; ni le père, ni la mère, ni les intellectuels (certains) tchadiens et Kenyans ; ni le médecin, ni une agence, ni une conférence ni un gouvernement. Sinon, le diable crierait victoire.
Chers dirigeants, chers intellectuels, être au pouvoir, c'est prendre les autres en charge pour les faire grandir et non les décimer comme des animaux et pardon comme des sous-hommes.
Par conséquent, si les dirigeants africains, surtout Tchadien et Kenyans ont cette intention, ils ont la possibilité de servir pendant le temps qu'il faut.
Simporé Lanciné Attaché d'Intendance Universitaire et scolaire DPEBA/Namentenga
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