| | Le Bénin est plongé, depuis une bonne quinzaine de jours, dans une querelle politicienne et une tension qui finissent par avoir des échos sur le plan international, grâce aux interventions musclées des protagonistes politiques - et pas des moindres dans l’histoire politique du pays. Cette tension est rendue encore plus aiguë, à cause des élections communales et locales prochaines. On pourrait même dire que ce sont le renouvellement du mandat des maires actuels (dont les municipalités sont considérées comme des fiefs depuis des années) et l’élection en même temps des conseillers de villages et de quartiers de ville -qui éliront à leur tour, les chefs de village et de quartier de ville de tout le pays- qui est la cause principale de l’agitation. Une agitation nourrie, bien entendu, par le mécontentement et la frustration d’une partie de la classe politique ne faisant pas partie du noyau Fcbe qui contrôle la majorité présidentielle au parlement. Cette frange se plaint de la « gourmandise » du pouvoir qui aurait l’intention et serait en train de travailler sur le terrain pour arracher les municipalités et les communes considérées comme fiefs habituels de ces leaders politiques qui jugent par ailleurs la gouvernance politique du régime comme étant « exclusive ». Cependant, si on peut comprendre la peur panique qui habite ces acteurs politiques quant à la possibilité de perdre leurs fiefs, on peut s’étonner qu’ils surestiment ainsi la capacité électorale de leur adversaire, alors que c’est sur le bilan de leurs maires et la mobilisation de terrain qu’ils doivent compter pour battre le pouvoir, qui tenterait de leur ravir des communes. On peut donc affirmer que l’enjeu des communales s’est donc déplacé sur le terrain de la politique nationale, alors qu’il s’agit, à travers ces élections, de permettre aux populations des communes, des villages et quartiers de ville de choisir le maire ou le chef qu’il faut pour mieux diriger et faire de leur territoire, un pôle de développement et du mieux-vivre collectif. Au lieu de ce tintamarre du mauvais partage du pouvoir politique qui noie actuellement le vrai enjeu sous des considérations politiciennes globalisantes, on aurait bien voulu connaître les projets de gestion décentralisée que les personnes inscrites sur les listes de candidatures promettent de mettre en oeuvre dès leur élection, ceci dans l’intérêt des populations et de leurs localités. On aurait voulu également un débat véritable sur le bilan des maires enfin de mandat, leurs promesses et leurs projets de société pour la commune, les nouvelles visions que les prochains chefs de quartier ou de village ont de la gestion de leur territoire respectif, pour aider à mieux les gérer sur tous les plans, et à promouvoir leur développement. Mais à quelques semaines du scrutin du 20 avril, on peut d’ores et déjà estimer que l’on n’a pas offert aux populations l’opportunité de discuter des sujets sérieux liés à cette élection, qui devra confirmer l’expérience de la gestion décentralisée des communes, du Bénin entamée depuis les élections de 2002. C’est bien dommage ! Car, ce n’est pas en noyant les vrais débats de développement local dans des considérations politiciennes –il est vrai utiles pour le consensus politique national et la paix sociale- que l’on enracinera dans l’esprit des habitants d’une commune, d’un quartier de ville et d’un village, le poids de la gestion locale et décentralisée dans le progrès et le développement à la base des populations. Bref, le scrutin du 20avril prochain se fera, sans réellement un vrai enjeu de développement mais dans un imbroglio politicien à partir duquel la population aura bien des difficultés à choisir les maires, les chefs de quartier ou de village qu’il lui faut et à la place qu’il faut. On ira certainement voter « politiquement » pour des listes, en oubliant l’essentiel ! Le tout n’étant pas seulement de gagner des conseillers communaux ou locaux au maximum, mais d’avoir des maires et des chefs locaux dignes de l’enjeu que constitue aujourd’hui pour la décentralisation, la bonne gouvernance locale et le développement à la base. | |