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Mardi 25 Mars 2008
     
RECONSTRUIRE LA CONFIANCE  
     
 
     

   La crispation politique et sociale ambiante dans notre pays traduit une rupture de confiance. Et c’est grave pour l’avenir immédiat et lointain, si rien n’est fait pour corriger la donne. Ecoutons l’exhortation pressante de notre compatriote, l’éminent chroniqueur Jérôme CARLOS : « Tout ce qui peut être fait pour décrisper le climat social et politique actuel de notre pays, mérite d’être engagé dès aujourd’hui même. Voilà un nouveau chantier à ouvrir à nos initiatives sur le terrain de la construction nationale »*.

   Décrisper le climat politique, c’est reconstruire la confiance.

   Rappelons ce qu’est la confiance. Une valeur fondatrice sans laquelle aucune communauté (famille, association, Etat ou organisation internationale) ne peut vivre et progresser. Quand la confiance déserte la Nation, une crise s’installe : la cohésion politique et sociale est mise à mal, les institutions se grippent, la crispation bloque les initiatives, les formations politiques se sentant comme marginalisées du jeu politique, grincent des dents et critiquent ce qu’elles considèrent comme les dérives du pouvoir. L’on s’interroge alors sur l’avenir. C’est ce que nous commençons de vivre en ces temps présents. Reconstruire la confiance, est-ce possible et réalisable aujourd’hui au Bénin ? La réponse est oui. Et pour trois raisons : l’intérêt supérieur de la Nation ou le Bien Commun l’exige; nous n’avons pas d’autre choix, compte tenu des nombreux défis de développement à relever pour améliorer les conditions de vie des Béninois ; la nouvelle vision du changement nous l’impose comme un « impératif catégorique ». Chaque acteur de la vie sociétale a son rôle à jouer dans cette reconstruction avec en tête le Chef de l’Etat, premier magistrat du pays. Pourquoi la prééminence du Chef de l’Etat ? Parce que c’est lui qui incarne la Nation ; et c’est à lui que l’opinion (publique ou internationale) demandera des comptes, le cas échéant, sur l’avancée ou la régression du pays. Il est vrai, la gestion du pouvoir politique ne peut se faire sans le concours des partis qui animent, constitutionnellement, la vie politique du pays, dans le cadre convenu d’une démocratie pluraliste. Dans ce contexte, venons-en à la Déclaration RB-PSD-MADEP-PRD du 12 Mars 2008 : traduit-elle une rupture de clarification du paysage politique ? Doit-on comprendre que les quatre formations politiques concernées quittent la mouvance présidentielle ? Allons-nous vers une « bipolarisation » politique (Gouvernement-Opposition), toute chose qui serait, au demeurant, saine pour la vie démocratique ? Chaque partie pourrait alors, dans ce cas, se situer véritablement, faire son introspection en toute humilité, et prendre ses responsabilités pour reconstruire ainsi la confiance dans un élan de refondation nationale. Dans ses conclusions, la Déclaration invite les démocrates à la réflexion. Je voudrais ici prendre part à cette réflexion en tant que citoyen responsable, éminemment préoccupé par le malaise actuel et le devenir de mon pays. Sans polémique, sans parti pris, voici en quatre considérations ce que m’inspire cette Déclaration. : Les quatre considérations

Premièrement : La Déclaration est une critique en règle, aux accents de réquisitoire, de la gestion du pouvoir par le Chef de l’Etat et de son Gouvernement. L’analyse est fouillée, mais l’excès du ton nuit à la crédibilité du texte.

Deuxièmement : La Déclaration est déséquilibrée : elle dit ce qui ne va pas dans la gestion, mais omet les actions positives de l’Exécutif qui sont tout de même réelles. Cette « unilatéralité » de position ne satisfait pas l’esprit, dessert la démarche, et ne lève pas l’énigme des réelles motivations des signataires.

Troisièmement : Concernant le jugement porté sur la gestion des grands dossiers de l’Etat, des conclusions hâtives sont tirées de prémices partielles posées, sur la capacité du Gouvernement à bien gérer les affaires publiques.

Quatrièmement : Certains reproches à l’endroit de l’Exécutif sont pertinents et méritent, à coup sûr, d’être rectifiés. Par contre, la Déclaration comporte des informations manifestement erronées (exemple : le Haut Conseil du Changement n’a jamais connu d’existence légale, donc ne peut emporter de coût budgétaire pour l’Etat).

   Dans un souci de reconstruire la confiance, nous suggérons que, usant de son droit de réponse à la Déclaration et afin d’éclairer l’opinion, l’Exécutif nous dise, sans polémique et sans passion, « sa part de vérité». L’escalade verbale de l’ancien Président de la République, Nicéphore SOGLO à RFI, sur la gestion de l’Exécutif et de son Gouvernement et sur la démocratie au Bénin, et la réponse verbale non moins véhémente du Ministre Alexandre HOUNTONDJI à l’ORTB, sont regrettables, voire inacceptables en la forme en tout cas, en ce qu’elles ne contribuent guère à reconstruire la confiance et la paix. Ces paroles acerbes n’honorent pas notre démocratie. Elles enflamment et divisent les esprits inutilement. Elles sont totalement inappropriées, surtout à la veille des municipales et communales qui ne doivent pas être un prétexte pour se livrer la « guerre » et instaurer la violence. Le leadership des chefs des formations politiques et le leadership de l’Exécutif sont invités à se nourrir d’exemplarité et d’un sursaut patriotique, et aider à calmer le jeu dans les camps et les chapelles politiques. Reconstruire la confiance, c’est anticiper, se mettre en quête de la paix sans laquelle aucun développement n’est possible. La sagesse devrait nous faire approprier le message prophétique du Pape Paul VI : «le développement est le nouveau nom de la paix». Et le syndrome kényan est un éloquent avertissement à nous tous. Pour notre part, il y a lieu, pour l’Exécutif et la classe politique, de se mettre d’accord sur un certain nombre de préalables, propres à faciliter la reconstruction de la confiance. Je qualifie ces préalables, les fondamentaux de la relance de la confiance. Je les décline comme suit : (la liste n’est évidemment pas exhaustive)

   Préalable n° 1 : L’intérêt général ou le Bien Commun. C’est la seule et unique préoccupation qui vaille et qui doit motiver l’action politique. Le pouvoir est un moyen, et non une fin, pour servir le Bien Commun.

   Préalable n° 2 : La conformité à la lettre et à l’esprit de notre Constitution. Le respect des décisions de la Cour Constitutionnelle s’impose comme une réelle obligation à tous les acteurs politiques et institutionnels.

   Préalable n° 3 : Errare humanum est Autant que nous sommes, il nous arrive à tous de faire des erreurs parce que nous sommes des humains, c’est ce que traduit l’expression latine en exergue. Il peut arriver que le Chef de l’Etat, dans la recherche du bien pour le pays, fasse de bonne foi, des erreurs dans la gestion des affaires publiques, et ceci s’applique aussi à tout homme politique.

   Préalable n° 4 : L’obligation de perfectibilité de l’Exécutif et l’exigence de l’humilité Reconnaître ses erreurs et les corriger est la marque d’un leadership éclairé et d’une bonne gouvernance. C’est la manifestation de l’humilité qui caractérise les hauts responsables et les grands hommes.

    Préalable n° 5 Le droit de l’opposition à la critique constructive. Tant l’opposition (si elle se constitue) que l’Exécutif sont « sommés » d’utiliser la force de l’argument plutôt que l’argument de la force dans leur relation de travail. Il est question de convaincre et non de vaincre, pour faire avancer le débat démocratique et le progrès économique et social.

   Préalable n° 6 L’impératif du changement. Il doit inspirer la vision et la gouvernance des affaires publiques et chaque citoyen doit s’approprier ce nouvel esprit.

   Préalable n° 7 : Le respect des engagements pris. C’est le socle de la confiance ; c’est l’éthique en mouvement ; c’est cela qui fait fonctionner harmonieusement les relations et suscite l’esprit de paix.

    Préalable n° 8 : La renonciation à l’escalade dans la parole et dans l’écrit. La passion et l’excès qui nourrissent la violence déresponsabilisent et décrédibilisent leurs auteurs qui, dès lors, ne font pas avancer les causes. La paix, fille de la confiance, se construit dans la mesure, l’ordre et l’équilibre.

   Préalable n° 9 : Le respect de l’autorité. L’autorité est consubstantielle au pouvoir politique dont les citoyens, dans leur majorité, ont investi le Chef de l’Etat qui, dès lors, incarne la Nation. Ainsi conférée par le peuple et comme « sacralisée » en quelque sorte, l’autorité du Chef doit être respectée et non pas adulée.

   Nous exhortons les acteurs de la vie politique à reconstruire la confiance sur la base des fondamentaux qui viennent d’être évoqués. Dans sa chronique déjà citée, Jérôme CARLOS a mis l’accent sur deux choses justes et fortes : la vigilance à l’égard des événements sociopolitiques de notre pays et l’anticipation à les résoudre, pour conjurer le pire et ne pas avoir à regretter l’irréparable. Ces deux vérités méritent d’être méditées. Le Bénin qui se construit n’a pas besoin de déchirure. Nous avons plutôt besoin de paix qui conforte et sauve les peuples. La perte de sens des actes que nous posons, l’automaticité aveugle de la riposte, s’ils satisfont peut-être les égoïsmes, sont stériles et ne mènent nulle part. Il est question de sauver le Bénin en reconstruisant la confiance de chacun et de tous, pour aujourd’hui et pour demain. Et il y a urgence à le faire….

   Reconstruire la confiance, c’est bien. Mais comment ? Nous en laissons le soin et l’initiative à la sagacité du Chef de l’Etat. Nous l’invitons, lui et son Gouvernement, à se mettre en mouvement, à passer à l’acte pour s’engager dans cet exercice difficile, avec les hommes et les femmes de bonne volonté, les politiques notamment, les syndicats, les institutions de la République, la presse, la société civile, les groupements économiques, qui sont urgemment appelés à s’ouvrir à cette initiative salutaire et à y contribuer. Dans ce processus, un personnage central, investi du mandat de rapprocher les esprits et les coeurs en vue de la paix, peut jouer un rôle catalyseur et stabilisateur indéniable. Semeur de confiance, le Médiateur a commencé un travail de rapprochement entre les protagonistes. Nous l’exhortons à intensifier ses efforts pour le bien de ce pays.

   Le 24 Mars 2008

   Par Stanislas Kpognon Ancien ministres des finances

 

 
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2004© continentalmag.com

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Tag(s) : #Politique Béninoise
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