Vente d’une parcelle aux Etats-Unis:La décision qui déboute le Bénin
28 mars 2008 - LE MATINAL
Le Bénin a définitivement perdu la parcelle située à l’arrière cour de la résidence de l’ambassadeur du Bénin près la mission des Nations Unies à New York qui avait été vendue et pour laquelle l’ex-ministre des Affaires étrangères Rogatien Biaou avait été écroué et relâché. La Cour de New York a débouté le gouvernement du Bénin qui avait intenté une action en justice pour récupérer cette parcelle. Aujourd’hui, on sait un peu plus sur ce dossier.
L’affaire avait fait grand bruit. C’était en 2005 vers la fin du mandat du président Mathieu Kérékou. Plusieurs personnes avaient été impliquées. D’abord, l’ex ministre des Affaires étrangères et de l’Intégration africaine, Rogatien Biaou. Il a été écroué à la prison civile de Cotonou. Présenté au Procureur de la République il a été relaxé en raison de son titre de ministre et devrait être jugé par la haute Cour de justice. Il passe tranquillement ses jours chez lui. Ensuite il y a l’ambassadeur du Bénin près les Nations-unies, Joël Adéchi Wassi. Lui, est en cavale. La police internationale Interpol se mobilise pour le retrouver depuis plus de deux ans, en vain. Certaines sources indiquent qu’il s’est calfeutré quelque part à Kinshasa auprès de son épouse originaire de ce pays. Enfin, il y a le directeur de l’administration du ministère des Affaires étrangères et de l’Intégration africaine, Thomas Guèdégbé. Celui-ci a eu moins de chance. Il croupit actuellement à la prison civile de Cotonou depuis 28 mois. A l’origine de ce dossier, la vente dans un flou artistique de la parcelle située derrière la résidence de l’ambassadeur du Bénin près les Nations-unies à New-York pour un montant de 650.000 dollars soit 325 millions de francs cfa à M. Robin Shimoff qui à son tour l’a cédé à M. Bevely Mezei. Un avocat du barreau de New-York, Me Alfred Koller aurait goupillé toute l’affaire. Ces trois personnes seraient impliquées dans cette transaction sans l’accord du gouvernement béninois. En 2006 avec l’avènement du Changement le nouveau ministre des Affaires étrangères Mariam Boni Diallo a saisi le juge d’Arrondissement judiciaire John G. Koelti pour annuler cette vente au motif d’une part, que l’acte de cession de cette propriété est falsifié et par conséquent, est nul et de nul effet. Elle soutient d’autre part que le gouvernement béninois n’a pas autorisé cette transaction. Le juge John G. Koelti l’a débouté et le Bénin vient de perdre définitivement cette parcelle.
Aujourd’hui, on sait un peu plus sur ce dossier. En fait, tout est parti de l’entrée du Bénin au Conseil de Sécurité des Nations-unies en 2004. En matière de diplomatie, tout se négocie et il faut beaucoup d’argent. Il faut organiser des dîners pour convaincre les 19 membres des Nations-unies pour soutenir la candidature du Bénin. Il faut aussi entretenir la presse, organiser des conférences de presse. C’est ainsi que les trois hommes ont convenu de mettre en hypothèque cette parcelle et lorsque le gouvernement aura accepté la communication introduite en Conseil des ministres pour dégager un budget de 600 millions de francs cfa pour couvrir les deux mandats du Bénin (2004 et 2005), ils pourront rembourser leur dette. L’avocat Alfred Koller a été contacté et lui à son tour, a réussi à convaincre M. Robin Shimoff. Celui-ci accepta et débloqua les 125 millions de francs cfa contre la signature de M. Thomas Guèdégbé sur les documents. Le délai de cette hypothèque est expiré le 18 août 2006 et donc M. Shimoff est devenu propriétaire de la parcelle. Les transactions pour l’entrée du Bénin au Conseil de sécurité ont finalement abouti. 191 sur les192 pays membres des Nations Unies ont voté pour le Bénin pour deux mandats : en 2004 et 2005. Les choses se sont si bien passées qu’en février 2005, le Bénin a eu l’honneur de présider le Conseil de sécurité. Mais jusqu’à ce jour, les prestations pour sauvegarder cette victoire ne sont pas encore payées. L’argent de l’hypothèque a plutôt servi à autre chose. 200.000 dollars ont été dégagés pour les frais de réfection de la résidence de l’ambassadeur. Le reste de l’argent a été partagé entre le ministre, Rogatien Biaou, l’ambassadeur Adéchi Wassi et le directeur de l’administration Thomas Guèdégbé. Même la fille du ministre Biaou, Angela a eu sa part du gâteau. Les frais de l’avocat Koller ont tout de même été payés. Le gouvernement béninois quant à lui n’a jamais débloqué les 600 millions prévus pour les deux mandats du Bénin au Conseil de sécurité.
Boubacar Boni Biao
/image%2F1217104%2F20191118%2Fob_f52d34_benoit-illassa-et-patrice-talon.jpg)