LACRYMOGÈNE
Félix Hessou devrait se taire
3 avril 2008
par Brice HOUSSOU
Boni Yayi aurait-il déjà légèrement fléchi quand à la promptitude et la rigueur parfois assez sévère auxquelles il nous a habitué en ce qui concerne les sanctions à infliger aux cadres ou responsables administratifs qui manquent d’efficacité ? Peut-être. Sinon, on aurait peut-être déjà enregistré le limogeage du commissaire de Police de Dantokpa, celui du commissaire central de Cotonou et même (pourquoi pas ?) celui du ministre de l’intérieur et de la sécurité publique, suite au braquage sanglant et meurtrier survenu en pleine journée du mardi dernier dans le marché international de Dantokpa.
Le spectacle dont le marché a été le théâtre et dont les usagers ont été l’objet est comparable à ces scènes qui nous rappellent des extraits de film western ou encore des scènes de violences qui font le lot quotidien des populations des villes irakiennes ou afghanes.
Dans ce pays en effet, l’insécurité est devenue la règle et la quiétude, l’exception. Cela n’est pas digne d’un Etat comme celui du Bénin qui arbore jusque-là, un jour apparent de havre de paix et d’espace sécurisé qui appelle l’investissement international.
On peut encore comprendre que les malfrats, apparemment mieux entraînés et mieux armés que nos forces de sécurité publique aient pu bien préparer et tenter de mettre en exécution leur plan d’attaque et de vol. Mais, on comprend difficilement que nos forces de sécurité publique, notamment la police et la gendarmerie n’aient pas pu réagir à temps pour mettre en déroute les assaillants qui ont violenté assez longuement les pauvres usagers du marche. En effet, les malfrats ont opéré en toute quiétude pendant plus de vingt cinq minutes sans la moindre apparition de renfort pour appuyer les deux malheureux gendarmes qui ont perdu la vie en tentant de riposter, sans gilet anti-balle aux assauts des braqueurs. Pauvres martyrs.
On comprend difficilement que pendant tout ce temps, les autorités en charge de la sécurité n’aient pas pu organiser et réaliser la riposte nécessaire ou requise par les circonstances. Pourtant, il y a bien un commissariat spécial de police implanté en plein cœur du marché et dont l’une des principales missions est bien la sécurité des biens et personnes qui y sont. Manifestement, le système sécuritaire était bien enrayé et donc a montré ses tares et limites.
C’est donc avec peine et révolte que beaucoup ont suivi l’intervention du général Félix Hessou, ministre de l’intérieur et de la sécurité publique qui a tenté de justifier l’injustifiable, qui a tenté de faire croire que le marché est sécurisé, alors que le contraire crève largement les yeux. La sagesse recommande que l’on se taise lorsqu’on n’a pas de mots plus éloquents que le silence.
Il faut donc avoir le courage et l’honnêteté de le reconnaître : les Béninois ne sont pas en sécurité. Le gouvernement devra y mettre les moyens. Sinon le train du changement risque une panne sèche. La sécurité compte en effet comme une des composantes de son carburant.
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