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Fraude électorale : nous sommes tous coupables

 Jeudi 10 avril 2008

Ils étaient onze. Onze prévenus sur le banc des accusés, ce 7 avril 2008, dans une des salles du Palais de Justice de Cotonou. Onze têtes de pipe comme autant de joueurs d’une équipe de football. Ils sont poursuivis, dans un premier temps pour complicité de vol de 50 000 cartes d’électeurs, puis, par la suite, pour modification de listes électorales. Ils allaient bénéficier, à la fin, d’un non-lieu, au terme d’un procès marathon qui n’a pas duré moins de 23 heures d’horloge. Ceux qui ont remis ces hommes et ces femmes dans les mains de la justice entendaient, publiquement, aux yeux de l’opinion, dans un élan de moralisation des mœurs, faire le procès de la fraude et des fraudeurs. Mais ils ont tôt fait de nous fixer eux-mêmes sur leurs vraies intentions : remplacer les membres de l’organisme en charge des élections par de nouveaux ; reprendre à zéro le processus électoral ; appeler le scrutin à une nouvelle date. C’est la parfaite illustration des interférences  politiciennes dans l’organisation des élections.

Ceux qui, en face, se sentent des cibles vivantes d’un complot en diabolisation, les moutons du sacrifice dans cette affaire, nieraient difficilement qu’ils ont été les victimes de leur zèle à éviter la fraude dont ils soupçonnent les autres. Voulant ainsi piéger ceux-ci, le piège s’est refermé sur eux-mêmes, un peu comme celui-là qui se baisse pour regarder le derrière des autres, mais qui ignore qu’il est vu par d’autres tel qu’il pense voir les autres.
Le vrai problème, c’est que depuis dix-huit ans, entre les principaux acteurs de la scène politique de notre pays, il y a comme une sorte de fraternité en fraude. Ils peuvent, soit se mettre à table, dans une parfaite entente, pour partager le repas, à la grande satisfaction de chacun et de tous, soit se battre comme des chiffonniers, parce que en désaccord total sur les termes de l’échange.
La fraude fait ainsi l’objet d’un deal sérieux entre les différents acteurs de l’échiquier politique : c’est le dénominateur commun  autour duquel se situe chacun, au nom de ses intérêts bien compris. Un peu comme des malfrats qui sont solidaires pour prendre les mêmes risques à commettre un forfait, mais qui doivent encore négocier dur les conditions du partage du butin.

C’est en cela que le procès pour le vol de 50 000 cartes est moins le procès des onze  prévenus appelés sur le banc des accusés et à la barre que notre procès à tous, nous qui, depuis dix-huit ans, avons part à un système de fraude électorale que nous avons cautionné, avalisé, protégé, soutenu d’une manière ou d’une autre, en pensées, en actes ou par omission.

Nos complicités établies, nos responsabilités reconnues, il ne sert plus à rien de nous attarder sur le passé. Dieu ne demande pas la mort du pécheur, mais sa rédemption. Aussi nous importe-t-il davantage de nous concentrer sur le présent pour mieux nous projeter dans l’avenir. Le nouveau Bénin électoral à construire exige de nous tous des engagement solides et fermes pour que cela change enfin et vraiment.

Le Gouvernement, tirant leçon de ce que nous venons de vivre, devrait faire une déclaration d’intention au sujet de la Liste électorale permanente informatisée (Lépi) A réaliser impérativement, à une date déterminée, par la mobilisation de toutes les ressources disponibles, internes et externes. Voilà un défi national qui a la couleur et la hauteur d’un acte de foi en l’avenir de notre pays. Si les autres le font, à l’instar du Togo voisin, pourquoi pas nous ? Combien de temps encore allons-nous continuer de jongler avec nos élections et de bricoler notre démocratie ?

Les partis politiques, constitutionnellement tenus d’animer la vie politique, au-delà de ce qui les oppose, devraient joindre leurs voix pour dire haut et fort qu’ils ne participeront plus à aucune élection dont l’organisation ne serait pas adossée à une Liste électorale permanente informatisée. Ceci, comme une exigence de modernité qui nous éloigne de nos archaïsmes présents. Ceci comme une exigence de fiabilité démocratique, dans le respect des suffrages des populations.

Le Parlement, agissant en tant que représentation nationale, soucieuse comme telle de voir la voix du peuple rester la voix de Dieu et tenant, par ailleurs, pour une de ses attributions majeures, le contrôle de l’action gouvernementale, devrait s’attribuer d’autorité toutes les tâches de contrôle afférentes à la faisabilité et à l’effectivité d’une Liste électorale permanente informatisée.

Les organisations de la société civile qui, sous aucun prétexte, ne doivent être en reste, s’engageraient, pour la plupart, à faire aboutir enfin, ce pour quoi elles ont milité longtemps, n’ayant ménagé jusque là ni leur temps, ni leurs ressources, ni leur énergie pour faire doter notre pays d’une Liste électorale permanente informatisée. Qui, hier, a pu le plus peut, aujourd’hui, le moins.

Les médias se chargeraient de relayer cette volonté nationale de nous voir tous changer notre fusil d’épaule, en réduisant la fraude électorale à des proportions négligeables, à défaut de l’éradiquer complètement. Il doit être, en effet, entendu de toutes les populations, jusque dans les plus humble hameaux du Bénin profond, que les temps ont changé, que les temps changent, et que le Bénin, avec un système électoral rénové, a changé et change vraiment.

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 10 avril 2008

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Tag(s) : #Politique Béninoise
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