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POUR LA REVOLUTION IMMINENTE AU BENIN

 

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            Depuis la colonisation à la fin du 19ème siècle jusqu’à l’indépendance nominale en 1960, les intellectuels lettrés du Dahomey devenu aujourd’hui Bénin se contentaient de jouer le piètre rôle de répétiteurs de leurs maîtres dans des colonies et acceptaient avec fierté ce surnom de quartier latin d’Afrique dont on affublait leur pays. Les libertés politiques et la pensée philosophique étaient enfermées pendant aussi longtemps dans un carcan et cet état de faits se poursuivra longtemps après 1960. La pensée philosophique et les idées révolutionnaires corrélativement ne pénétraient les jeunesses du pays que peu à peu à la faveur du bon vouloir des colonialistes et néocolonialistes français avec leurs filtres à fabriquer tous les programmes d’instruction publique dans le pays. On pouvait noter toutefois une grande réceptivité des masses laborieuses aux idées révolutionnaires surtout à partir de la fin des années 60. La littérature philosophique et révolutionnaire demeurait une denrée d’importation et donc rare dans ce pays essentiellement peuplé d’analphabètes. C’est à partir d’octobre 1972 que s’officialisait l’intérêt pour la littérature révolutionnaire sans un discernement sérieux et profond quant aux portées des enseignements philosophiques véhiculés qui arrivaient. On se référait à Lénine ou à Mao Tsé Toung et plus rarement à Marx et presque jamais à Engels ou à Staline.

            L’étude approfondie de la pensée révolutionnaire semblait se poursuivre dans des cercles clandestins comme au cours des années 60 et 70 et, ce, jusqu’au milieu des années 80. C’est seulement à partir de 1977 que la littérature révolutionnaire de langue française a fait son apparition avec la naissance du Parti Communiste qui semblait faire consommer beaucoup d’ouvrages philosophiques aux jeunesses du pays. Si l’on ne pouvait pas lire en toute liberté et tranquillité les papiers du Parti Communiste du Dahomey (PCD), les oeuvres des philosophes révolutionnaires comme réactionnaires ainsi que celles de leurs critiques étaient consommées dans un environnement de grande propagande pour Marx, Engels, Lénine et Staline.

            Mais à partir de 1983, la propagande officielle commençait à décliner et, en 1985, il est arrivé au Bénin ce que l’on pouvait appeler comme un grand malheur : la terrible répression du PCB par le régime du PRPB de Mathieu Kérékou. La capitulation complète de ce régime face aux pressions de l’impérialisme, de la Banque Mondiale et du FMI en 1987 a entraîné dans le domaine de la réflexion philosophique et de la pensée économique et politique une capitulation tout aussi complète. A cette époque dominaient déjà dans le domaine de la pensée économique et politique les versions thatchérienne et reaganienne des idées de Hayek.

            L’impérialisme français s’est toujours efforcé de former ses pions dans ses colonies et néo-colonies en les personnes les plus cultivées des hautes bourgeoisies gardiennes du capital d’Etat . De 1985 à 1989, une destruction systématique de la littérature révolutionnaire à travers le retrait systématique des bibliothèques et des librairies des œuvres des classiques de la révolution a été entreprise par les gardiens du temple de la réaction internationale. A partir de 1989, on ne pouvait plus trouver aucun exemplaire d’aucun tome du Capital de Marx dans les bibliothèques universitaires et scolaires du pays.

La philosophie au goût du jour était devenue celle que pouvaient ramener des stages en Europe les futurs membres de la haute bourgeoisie ainsi que leurs formateurs qui arrivaient en mission d’enseignement des principales villes européennes où la langue française est usitée. La crasse de l’impensé des cadres du Bénin s’est épaissie sous le libéralisme et les lumières hayekiennes colportés avec la «mondialisation» et autre « globalisation». On nous enseigne que l’alpha du développement économique et social consiste en la liberté de l’économie de marché, en les privatisations des sociétés d’Etat, en les libertés individuelles ou du moins en la dépendance des individus à leurs supérieurs hiérarchiques directs. On nous apprend à développer une nouvelle forme de dépendance personnelle dans un environnement fait de vol, de mensonges, de calomnies à l’égard  du communisme et des communistes, de corruption et de népotisme. Ainsi vivons-nous l’époque d’après  » Conférence nationale des forces vives de la nation», cette époque qui va de février 1990 à nos jours avec les régimes du «Renouveau Démocratique» de Soglo et Kérékou puis du «Changement» de Yayi Boni autour desquels s’agglutinent les Bruno Amoussou, Adrien Houngbédji, Séfou Fagbohoun, Sévérin Adjovi,  etc.

 

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Au plan mondial, l’évolution de la pensée économique et politique nous permettra de mieux situer les problèmes actuels. On doit savoir que Marx, le plus grand des théoriciens du socialisme scientifique, n’a pas connu de son vivant la naissance de l’impérialisme avec son premier partage du monde entre les plus grandes puissances impérialistes (1904). Le capital en son temps avait encore d’énormes ressources au point où l’on ne pouvait encore s’imaginer et il n’imaginait pas le triomphe de la révolution prolétarienne mondiale. Aussi, allait-il de soi que Marx soutenait et défendait le libéralisme économique pour son époque et a estimé la Commune de Paris beaucoup trop tôt venue pour laisser des impacts durables tout en exaltant l’héroïsme révolutionnaire des insurgés de la Commune. A la fin de sa vie, Engels, l’alter ego de Marx estimait que le capitalisme pouvait et devait s’adapter aux différentes époques avec leurs caractéristiques pour pouvoir survivre. Il lui faut tantôt procéder à des privatisations avec le développement du libéralisme et tantôt, procéder à des étatisations avec des planifications sans cesser de demeurer capitaliste. Nous sommes avant 1896. Après la grande crise de 1929, et presque au même moment, deux économistes prônèrent, l’un, la planification de l’économie avec les étatisations (KEYNES), et l’autre, le libéralisme avec la négation de la planification : négation du planisme (HAYEK). Les vues de ce dernier n’ont pas triomphé de suite et elles ne le pouvaient en ce moment avec la récession consécutive à la grande crise et les séquelles de la seconde guerre mondiale. Elles ne pourront triompher que bien plus tard, à la suite de la révolution scientifique et technique avec une sorte d’élargissement des ressources du capitalisme. Tout cela s’est approfondi par la suite avec l’implosion de l’Union Soviétique.

Cependant, nous assistons aujourd’hui à la limitation de ces ressources après les nombreuses privatisations opérées à travers le monde sous la houlette du FMI.

 Les étatisations qu’on commence par observer dans les banques surtout en Angleterre, aux USA et en Allemagne n’indiquent-elles pas qu’une page est en train d’être tournée et que le monde exige d’autres vues économiques en vue de l’adaptation du capitalisme ? Or, dans le même temps, on assiste en Russie à un renouvellement d’une conscience nationale et révolutionnaire dont des presses extérieures (RFI notamment) sont obligées de rendre compte.

 

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Nous devons nous demander si les idées de Hayek ne sont pas dépassées ainsi que leur systématisation en un corps de doctrine qui suppose, comme le fait un Petitot, le caractère illimité des ressources du capital et le caractère négligeable du rapport travail/capital. Et si ce dernier rapport devrait être porteur de sens, ne verrait-on pas bientôt grandir à nouveau les mouvements ouvriers à travers le monde ?

En tout état de cause, si le capital n’est pas immuable, la philosophie de Petitot-Hayek ne peut pas l’être non plus et nos peuples ont bien besoin de bien penser, de bien réfléchir pour se définir en toute liberté face aux phénomènes de la vie ainsi que face aux agresseurs extérieurs quelles que puissent en être les natures.

Il nous faut une révolution philosophique qui prenne en compte l’évolution des pensées des hommes au plan mondial ainsi que l’histoire et l’évolution de la pensée de nos intellectuels chez nous et surtout ceux traditionnels.

Cette révolution exige une critique théorique et pratique vigoureuse des idées et cours des experts étrangers aux différents séminaires de dépendance que l’on administre inconsidérément à nos travailleurs et cadres. On pourra ainsi dépoussiérer la pensée de nos compatriotes de cette crasse que constitue leur impensé surajouté. Un tel travail suppose l’instruction de chacun et de tous dans les langues maternelles d’abord avant toute extension de l’instruction par d’autres voies.

            Cette révolution appelle naturellement une nouvelle éthique qui se développe empiriquement avec les luttes quotidiennes. Elle appelle tout naturellement aussi une autre constitution dont les matériaux affleurent à la surface des combats que livrent les travailleurs et les peuples. Les peuples ont besoin de se libérer et le manifestent. Les travailleurs ont besoin de toutes les libertés politiques. Dans les combats, on se heurte à l’oppression des classes dirigeantes, à l’oppression des pouvoirs du Renouveau démocratique et du Changement.

Pour sauter cette oppression, les travailleurs et les peuples en mouvement ne devront pas hésiter à aller jusqu’à la révolution sociale. Nous les appelons alors à y aller de toutes leurs forces pour la victoire.

Il est certain que des signes avant-coureurs indiqueront la maturation de la crise révolutionnaire telles la volonté de l’autonomie administrative locale chez les masses populaires, la volonté de s’instruire en sa langue maternelle, la volonté chez tous de jouir des libertés politiques. Des forces pour assumer ces volontés seront apparues comme les comités qui naissent partout. En les appelant à prendre le pouvoir partout, on leur demandera de se doter pour la victoire décisive d’un Gouvernement Révolutionnaire Provisoire (GRP) qui renverse le gouvernement du Renouveau ou du Changement et qui prendra des décrets immédiats à la satisfaction de tous tels : l’abrogation de la constitution, l’arrêt des nouveaux programmes d’enseignement, l’arrêt des poursuites judiciaires pour expression d’opinion politique, la reconnaissance pour les nationalités du pays de la liberté de se mettre ensemble ou de se séparer, etc. Ces décrets ne coûtent absolument rien pour un tel gouvernement. Ils ne peuvent être coûteux que dans la tête des pouvoirs du Renouveau ou du Changement. Et pourtant, le pouvoir de Boni Yayi peut prendre ces décrets ou ordonnances sans avoir un seul franc à dépenser.

            La situation appelle la rédaction d’une telle proclamation à tenir prête dans la perspective de la révolution imminente.

            En avant pour la victoire !

Cotonou, le 10 avril 2008

Le Premier Secrétaire du PCB

Pascal Fantodji

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Tag(s) : #EDITORIAL
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