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PARTI COMMUNISTE DU BENIN

01 BP 2582 Recette Principale - Cotonou (RB)

Tél. : 21 35 02 95 / 97 68 88 73 – Site : www.la-flamme.info

 

 

DECLARATION

A PROPOS DU SCRUTIN DU 20 AVRIL 2008 

Au lendemain des élections du 20 avril 2008, les mots ont manqué aux différents observateurs de la vie politique au Bénin pour caractériser la faillite complète des organisateurs de ce scrutin : "Le scrutin de toutes les irrégularités" (‘Libération’), "Confusion généralisée" (‘La Nouvelle Tribune’), "La grande pagaille" (‘Adjinakou’), "La catastrophe" (‘L’indépendant’), "Le déroulement du scrutin d’hier est tout simplement une honte pour le Bénin" (‘Fraternité’), "Fiasco" (‘Le pays émergent’). Voilà ce qu’on pouvait lire en titre à ‘la Une’ ou dans les éditoriaux des journaux de la place qui énumèrent les manquements graves enregistrés sur toute l’étendue du territoire : « retard de plusieurs heures dans l’ouverture des bureaux de vote, bureaux de vote non ouverts, bureaux de vote sans encre, sans bulletin ni fiche de procès verbal, bourrages d’urnes, ... » etc.

 Les clans en lice se dénoncent à qui mieux mieux, apportant des preuves des fraudes du camp adverse. Les partis dits traditionnels ont pu mettre la main sur les stratagèmes de fraude des transfuges de leurs partis qui ont rejoint les FCBE tout en réussissant à déjouer les pièges à eux tendus par ces transfuges donnant ainsi des leçons au peuple dans sa lutte contre les fraudeurs. La presse étrangère (BBC, RFI) a relayé dans ses éditions ce constat de pagaille généralisée qui a  caractérisé le scrutin du 20 avril 2008.

Si les faits imposent l’unanimité en matière de constat de l’échec flagrant dans l’organisation des élections du 20 avril 2008, deux questions restent cependant posées et sans réponse nette.

Premièrement : Doit-on, toute honte bue, accepter et valider cette grande pagaille, cette confusion généralisée ?

Deuxièmement : Qui est le principal responsable de cette catastrophe et que doit-il, sans délai, faire pour commencer à réparer quelque peu les dommages causés au peuple, à la démocratie et au pays ?

C’est à ces deux questions que répond la présente déclaration.

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Depuis l’indépendance de notre pays en 1960 jusqu’en 1991, il est revenu aux gouvernements en place d’organiser directement, par le biais du Ministre chargé de l’Intérieur les élections au Dahomey devenu plus tard Bénin. Ces élections ont toujours été l’occasion de fraudes massives et les affrontements entre clans de la haute bourgeoisie avant 1972 avaient pour but la détermination du niveau de possibilités de chacun à la fraude. Le pouvoir de Kérékou-PRPB, avec la confiscation des libertés politiques, s’est octroyé  seul le monopole de la fraude électorale et c’est ce que tout le monde observa particulièrement en juin 1989.

Le régime du Renouveau dit Démocratique, à ses débuts, continua avec le monopole de l’organisation des élections confié Ministère de l’Intérieur. Les fraudes observées lors du référendum constitutionnel en 1990, des élections présidentielles et législatives en 1991 ont indiqué que seuls ceux (les clans au pouvoir, en l’espèce) qui contrôlaient les organes d’organisation des élections s’octroyaient toutes les possibilités de fraude. Les autres clans de la haute bourgeoisie réclamèrent et obtinrent  la jouissance de cette liberté, celle de pouvoir également frauder. C’est ainsi que fut créé cet organe en apparence indépendant du gouvernement quoiqu’à sa merci au plan financier, mais sous l’apanage des clans des hauts bourgeois : la CENA. Le mode de désignation de ses membres ainsi que son fonctionnement la rendent dépendante des différents clans de la haute bourgeoisie au pouvoir.

Il s’est construit un organe bureaucratique. Le perfectionnement bureaucratique de la CENA s’est poursuivi jusqu’à la désignation d’en haut, du Parlement, par partage entre clans au sommet des membres de ses démembrements au niveau des arrondissements, les CEA.

Les masses populaires sont complètement et soigneusement écartées de l’organisation des élections et aucune autonomie n’est reconnue ni laissée aux initiatives populaires.          

 

- 2 -

La CENA, mise en service en 1995, apportera à chaque édition électorale et sans exception la preuve de sa nature réelle : celle d’une usine à fraude. On ne peut gagner les élections au Bénin sans en avoir peu ou prou le contrôle. Elle est le lieu de partage à l’avance, entre les clans de la haute bourgeoisie qui la contrôlent, des postes d’élus et elle organise a posteriori le scrutin pour couvrir ce forfait. Tous les coups sont permis au sein de la haute bourgeoisie à cet effet. La corruption des membres, les achats et rachats sont alors permis et les prix montent au fil du temps et selon les circonstances. La CENA et ses démembrements sont devenus des fonds de commerce pour qui peut s’y faire désigner.

La corruption de tout le système électoral est allée en s’aggravant. En 2001, le verdict pouvait être définitivement prononcé avec l’appel au boycott du second tour des élections présidentielles par Soglo et Houngbédji contre Kérékou et Bruno Amoussou, appel au boycott motivé par la fraude massive et les tripatouillages avalisés par la Cour Constitutionnelle (qualifiée de Cour des Miracles par Houngbédji) : "La haute bourgeoisie était incapable d’organiser quelque élection qui vaille au Bénin".

Les CENA avaient démontré leur mort en tant qu’organe électoral, mais elles ont formé des hommes rompus à toutes les astuces de la fraude qui peuvent offrir leur service. Leur maintien en vie ne pouvait que continuer d’empester l’atmosphère et ruiner les libertés politiques au Bénin. C’est ce qui se passa effectivement aux premières élections communales et municipales de 2002, aux élections législatives de 2003 et surtout après pour l’arrivée et le règne au pouvoir de Boni YAYI.  

 

- 3 -

Les luttes des masses populaires se sont poursuivies sous le Renouveau dans la défense des libertés conquises et pour de nouvelles libertés, notamment celle de s’instruire, et dans la stigmatisation des voleurs et corrompus. Par ailleurs, le pouvoir de Kérékou II a utilisé jusqu’à l’usure les clans traditionnels de la haute bourgeoisie, le PRD de Houngbédji, le PSD de Bruno Amoussou, le MADEP de Séfou Fagbohoun. Il a œuvré à les diviser et y trouver des transfuges en vue de se succéder à lui-même avec l’UBF mis en place à partir de 2003. Quant à Soglo, Kérékou a œuvré à l’affaiblir au point qu’il a dû s’aplatir devant lui à la fin de son règne. Mais le peuple ne voulait plus de Kérékou et l’impérialisme notamment français a dû se raviser et se rechercher des hommes prêts à refréner, au besoin par la répression, le mouvement révolutionnaire et populaire en éveil.

C’est dans ces circonstances que Boni Yayi est mis en selle dans la course pour le pouvoir par les magnats du capital financier. Mais l’électorat était comme déjà partagé et il n’avait pas de parti en propre. Il ne pouvait que compter sur le débauchage de transfuges des autres partis pour former son appareil, l’édifier et le consolider. Il lui fallait s’attaquer au Fard-Alafia, au PSD, au PRD, au MADEP, à la RB et y acheter des hommes, notamment ceux-là qui connaissent les techniques de fraude. Il lui fallait acheter les hommes de la CENA ainsi que les chefs des clans qui pouvaient s’offrir à lui et les prix d’achat dès lors ne pouvaient que grimper.

L’effacement de Kérékou, considéré comme leader réel des partis régionaux du Nord, semble lui faciliter la tâche pour se subjuguer le Fard-Alafia, profiter de tous les transfuges des rangs du PSD, de la RB, du PRD, du MADEP, voire de ceux des rangs de la démocratie révolutionnaire pour démagogiquement gagner les élections présidentielles contre les candidats des autres partis. Il lui aura fallu s’acheter les voix de certains d’entre eux pour gagner définitivement au second tour contre Houngbédji. Une fois au pouvoir, Yayi Boni ne pouvait que décider d’utiliser à fond l’appareil d’Etat pour tenter de parachever l’œuvre de laminage de tous les autres partis au profit de son parti, FCBE. Si Soglo, à son arrivée au pouvoir, a utilisé les chantages avec le pouvoir d’Etat pour attirer des éléments des autres partis dans La RB naissante avec son appel à tous les partis le soutenant à rejoindre "la Rivière", si Kérékou a poussé à la création de l’UBF, le cas de Boni Yayi présente une particularité. Lui y met la force brute, les attaques contre les libertés élémentaires, l’appel à la dépendance personnelle vis-à-vis du Chef avec les meetings de remerciements, les menaces de représailles économiques et psychologiques contre des régions entières, donc contre les régions de l’électorat des autres partis, si elles ne se soumettaient pas aux FCBE. Ici, on est en présence d’une volonté de dictateur fasciste. Il ne pouvait que vouloir la fascisation de son pouvoir. C’est ce qu’il a entrepris de faire tout au long, depuis son arrivée au pouvoir jusqu’à présent, rendant de ce fait encore plus chaotique, plus catastrophique les élections au Bénin.

Des partis "Cauris" ou "Changement" sont impulsés avec des transfuges des autres partis et le tout regroupé sous la houlette de Boni Yayi à l’approche des élections législatives en FCBE pour la conquête totale du pouvoir législatif.

 

- 4 -

C’est avec ses objectifs clairement affichés que Yayi entreprit la campagne pour les élections législatives en 2007 afin, disait-il, « de se donner une majorité substantielle au Parlement ». Il poussa à fond la corruption à la CENA pour obtenir, à quelques jours du scrutin, la destitution du Président Akpinkou. Il utilisa l’appareil et les moyens de l’Etat et lui-même ses attributs de Chef de l’Etat pour corrompre jusque dans leurs domiciles les citoyens au profit des FCBE. Contre la plainte de Pascal Fantodji aux fins d’invalidation de la liste FCBE et de juger Boni Yayi pour parjure, ni la CENA servile, ni la Cour Constitutionnelle ne donneront de suite favorable.

La gravité de la situation était telle que tous les clans dénoncèrent même du haut de la tribune de l’Assemblée le poids de l’argent pour la fraude et la souillure dans les élections au Bénin. C’est sur cette lancée que s’est poursuivie la campagne pour les élections municipales, commencée dès la fin des élections législatives de 2007 par Boni Yayi lui-même et ses partisans. Les députés FCBE à l’Assemblée Nationale useront de tous les subterfuges pour la répartition à leur profit des membres de la CENA, des CED, CEC et CEA. Le renouvellement des membres de la Cour Constitutionnelle à désigner par le Parlement sera frauduleusement accompli par les seuls éléments FCBE du Bureau de l’Assemblée Nationale.

Par note officielle du Secrétaire Général du Gouvernement sur instruction du Chef de l’Etat, les ministres et de hauts fonctionnaires sont désignés comme coordonnateurs FCBE dans les départements et communes. Boni Yayi renoue ainsi ouvertement avec la pratique du Parti-Etat et en  plus grave. Des régions entières sont menacées de représailles économiques par Boni  Yayi si les populations de ces régions ne votaient pas pour les candidats FCBE. Les portes étaient ainsi largement ouvertes plus qu’à l’ordinaire à toutes sortes de fraudes, de manipulations en vue de faire gagner le camp du Chef de l’Etat, pendant que menacés dans leur existence par la force brute de l’appareil d’Etat, les autres clans de la haute bourgeoisie poussaient jusqu’à l’extrême les pratiques de fraude pour tenter de survivre. Ces derniers ont pu mettre en déroute les transfuges de leurs partis qui ayant rejoint la FCBE voulaient démonter et dénoncer leurs pratiques de fraude,.

 

-5-

En ce qui concerne le Parti Communiste du Bénin, il est resté aux côtés du peuple qui avait poursuivi ses combats avec des revendications de plus en plus précises. Celles-ci se concentrent autour de la liberté de produire et de l’autonomie administrative locale jusques y compris au niveau du village : droit de s’instruire dans la langue locale, reconnaissance légale du rôle de juges et d’administrateurs locaux que jouent les Rois, Chefs de terre et autres chefs traditionnels, remise aux comités locaux autour de ces chefs de la confection et de l’actualisation de l’état civil, reconnaissance des brigades de chasseurs et des jeunes dans les villages et quartiers de ville en tant que structures de sécurité publique. Les comités locaux d’état civil sont naturellement aptes à être les épines dorsales de comités électoraux locaux à désigner par les populations.

Le Parti Communiste du Bénin, avec la démocratie révolutionnaire, a relayé ces revendications populaires auprès de Boni Yayi dans des correspondances signées de Pascal Fantodji, 1er Secrétaire du PCB et Président du Conseil d’Administration de l’INIREF et ceci dès le mois de mai 2006. Toutes ces propositions ont été synthétisées dans le "Dossier" du 14 septembre 2006 du Forum des Forums et déposé à Boni Yayi et au Parlement.

A l’approche des élections communales et locales, le Parti Communiste du Bénin a, sur la base de ces revendications, élaboré et publié un projet de loi portant élections communales et locales au Bénin, projet envoyé à Boni Yayi et au Bureau du Parlement contrôlé par son parti FCBE. Dans ce projet, le PCB renouvelait les exigences d’autonomie administrative locale, proposait la tenue des élections locales (dans les villages et quartiers de ville) un mois au moins avant les élections communales et municipales, l’élection des chefs de village et des maires au suffrage universel direct. Les commissions électorales devraient être désignées de bas vers le haut par les populations et leurs délégués. Le pouvoir de Boni Yayi avec ses desseins funestes de fascisation ignora de telles propositions largement et ouvertement soutenues par tous les Rois du Bénin et particulièrement ceux du Nord réunis en Confédération. Le pouvoir se refusant à prendre en compte cette proposition et surtout l’adhésion populaire qu’elle a suscitée, s’entêtant à appliquer la loi scélérate 2007-28 dénoncée par de larges couches du peuple, le Parti Communiste du Bénin ne pouvait dès lors qu’appeler au boycott de ces élections anti-démocratiques, frauduleuses et arbitraires

 

- 6 -

Ainsi à la question de savoir qui est responsable de la catastrophe électorale actuelle, la réponse est sans équivoque : c’est Boni Yayi dans son combat pour imposer FCBE comme Parti-Etat en vue d’instaurer la dictature fasciste dans le pays.

C’est lui qui a refusé de satisfaire les revendications précises et concrètes d’autonomie administrative locale qui auraient permis de rendre fluide et plus aisée – selon le principe de subsidiarité – l’organisation des élections, notamment locales. Ses propos dans l’interview par lui accordée à la presse juste après son vote le dimanche 20 avril 2008 sont des aveux : il disait avoir vu venir depuis novembre 2007 les difficultés à l’organisation des élections municipales ! Mais qu’a-t-il fait pour lever ces difficultés ?! Rien, absolument rien ! Au contraire !

C’est lui qui, décidé à instaurer une dictature fasciste, a voulu se servir de tous les organes du pouvoir d’Etat, y compris la CENA en putréfaction avancée pour placer ses hommes à tous les postes éligibles. C’est enfin lui qui, face à la catastrophe, ne propose rien à faire tout de suite et promet vaguement des réformes tendant à lui donner les pleins pouvoirs dans l’organisation des élections à travers son ministère de l’Intérieur. Pire, son parti, FCBE crie victoire en se faisant créditer de plus de cinquante (50) postes de maire, dont la majorité conquise prétendument dans le Nord du pays, tout en taisant soigneusement le boycott massif du scrutin, suite au mot d’ordre du Parti Communiste relayé par les Rois de la Confédération des Rois et Chefs de terre probes du Nord, de même que l’échec des FCBE dans les villes et régions d’origine des leaders des partis dits traditionnels.

Mais face à tout ce qui s’est passé, aucun maire ne peut se prévaloir honorablement d’une quelconque légitimité populaire. Tout homme ayant quelque dignité, un chef d’Etat quelque peu patriote, face à la catastrophe, devrait appeler sans détours, sans tergiversations à l’annulation du scrutin du 20 avril 2008. Les cris de tout un peuple, ses protestations appellent une réponse immédiate : l’arrêt des attaques contre les libertés, l’arrêt des pratiques de Parti-Etat par les FCBE contre les autres formations politiques, leurs militants, pratiques qui font peser sur le peuple les desseins de dictature fasciste. Ces desseins se traduisent par des procès iniques pour "offense" au Chef de l’Etat, comme celui en cours, intenté par Boni Yayi avec son ministre de la Justice, le nouveau tortionnaire Gustave Anani Cassa, contre le douanier et militant du PCB Antonin Sékédé, Responsable du Comité Général de Lutte des Travailleurs de l’Administration des Douanes et Droits Indirects, celui-là même qui lui a dit le 23 août 2006 : "Monsieur le Président, vous voulez passer alors à la dictature !". De tels procès rentrent dans les intentions fascisantes de Boni Yayi.

*

*        *

En conclusion, le "Changement" de Boni Yayi veut tuer la démocratie au Bénin afin de pouvoir régner en maître absolu au service du capital financier. C’est cette volonté fascisante qui a poussé à la catastrophe électorale actuelle dont la responsabilité incombe au principal et en premier à Boni Yayi et à son parti FCBE.

Boni Yayi ne peut commencer à se dédouaner vis-à-vis du peuple que si sans délai,

il met fin aux pratiques de Parti-Etat ;

il arrête les poursuites judiciaires contre le douanier Sékédé et tous autres prévenus pour faits politiques ;

il annule le scrutin du 20 avril 2008 ;

il se met à satisfaire les exigences démocratiques expresses du peuple.

 

Cotonou, le 22 avril 2008

Le Parti Communiste du Bénin.-

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Tag(s) : #Politique Béninoise
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