Défaillances récurrentes des scrutins Le changement est-il possible en matière électorale ?
Dimanche 20 avril dernier, les Béninois se sont rendus aux urnes pour élire les conseillers communaux, municipaux et locaux. Depuis l'avènement du renouveau démocratique, les élections se succèdent et se ressemblent par leurs mauvaises organisations au point où, avec les dernières communales, on s'interroge : à quand les élections du changement ?
Dans la mêlée des commentaires post-électoraux, un constat mérite plus d'attention : le changement est-il possible en matière électorale ? Sans inclure la présidentielle de 2006 qui a fait venir le régime du changement, les législatives de 2007 et les élections communales, municipales et locales de 2008 constituent un démenti cinglant aux ambitions du changement, du moins en matière électorale.
Au lendemain des communales, se fondant sur les grandes tendances issues des scrutins du dimanche dernier, les états-majors des partis politiques et alliances de partis politiques y ayant participé font le point et beaucoup savourent leur victoire.
Des victoires, malgré tout
Sur 77 communes, l'alliance Force Cauris pour un Bénin émergent (Fcbe) serait en passe de contrôler plus d'une cinquantaine. Les communes restantes seraient sous le contrôle des partis traditionnels tels que la Renaissance du Bénin (Rb), le Parti du Renouveau démocratique (Prd), le Parti Social démocrate (Psd), l'alliance du groupe des 13 partis (G13) et des listes de candidats indépendants. Par médias interposés, chaque famille politique jubile d'une victoire qui fait perdre déjà à la mémoire des Béninois les dysfonctionnements, les risques et les désagréments inhérents à ces votes. «Municipales à Cotonou: dégringolade spectaculaire de la Rb» ; «Tendances provisoires des communales et municipales 2008 : la Fcbe rafle 51 communes sur 77 soit un taux de 66,23%». «Scrutin du 20 avril 2008 : raz de marée de la Fcbe» ; «Communales 2008 : la déferlante verte ! Le Bénin dit encore Oui au changement ». Tant de manchettes et de titres jubilatoires dans les gazettes proches des chapelles politiques qui soutiennent le chef de l'Etat. Dans le camp d'en face, on est pas moins euphorique. Et pour cause. Sur les six chefs-lieux de départements que compte à ce jour le Bénin, la Rb, le Prd, le Psd et le G13 vont prendre les rênes de cinq. Mieux, Cotonou et Porto-Novo, deux des trois communes à statut particulier resteront, au vu des résultats provisoires, aux mains de la Rb et du Prd. De quoi nourrir l'euphorie et l'autosatisfaction des membres et sympathisants de ces partis. De quoi inspirer aussi certains titrages à la Une des quotidiens de la place : « Résultats provisoires : carton plein pour la Rb » ; «Cotonou : 32 sur 49 conseillers, la machine de Léhady a frappé» ; ou encore «Communales 2008 : le Prd, la Rb et le Psd confirment leur statut de grands partis».
Des scrutins mal organisés
L'on ne peut s'interdire tant de jubilations victorieuses au terme d'un vote qui a tout d'une compétition politique. Cependant, en 18 ans de renouveau démocratique, le Bénin a à son compte l'organisation de quatre élections présidentielles ; cinq élections législatives et déjà deux élections communales et municipales, mais avec une constante : le désordre caractéristique dans l'organisation de toutes ces élections. Le scrutin du dimanche dernier n'a pas dérogé à la règle. Le moment est donc venu de s'interroger plus en profondeur. Comment a-t-on gagné ? Y a-t-il changement dans la méthode de campagne ?
D'abord, il est clair que la méthode de campagne n'a pas connu de changement réel, ni dans le style ni dans les moyens propres ou occultes, nocturnes ou diurnes. Elle n'a pas changé parce que, une fois encore, la grande majorité des candidats toutes tendances confondues ont battu campagne sans aucun programme. En sus, tout comme les élections passées, l'argent a été de mise. L'argent a circulé dans l'achat de conscience à proportion inégale, selon qu'on soit aux affaires ou qu'on n'y soit plus étroitement. De hautes autorités de l'Etat ont distribué de l'argent, des pièces de tissu et du riz au contact des difficultés alimentaires actuelles de nos concitoyens, du fait de la vie chère. Ministres, députés, conseillers, directeurs de société, ambassadeurs béninois et autres cadres de l'administration, tous travaux cessants, ont pris d'assaut leurs villages d'origine pour battre campagne, mettant du coup à mal pendant plusieurs jours la gestion des affaires publiques. C'est à ces conditions qu'on crie de part et d'autre à la victoire au lendemain de ces élections. Alors que le moment ne serait plus à l'autosatisfaction mais plutôt à faire le bilan et à s'interroger. A l'heure du changement, avons-nous réellement changé par rapport à l'organisation et à la gestion des élections ? Avons-nous tiré leçon des élections passées ? Plutôt que d'en arriver à ces questionnements, tout le monde se précipite maintenant pour se réclamer d'être maître du jeu dans telle ou telle localité. En se comportant ainsi, on escamote la réflexion sur la campagne électorale et on s'empêche de voir si on a vraiment évolué. On escamote la réflexion sur les difficultés qui ont toujours souillé l'organisation et la tenue à bonne date des élections au Bénin : retard dans la mise en place de la Céna, rapports toujours difficiles avec l'exécutif, retard dans le démarrage des opérations de vote, corruption en période électorale, votes multiples…
Les inquiétudes soulevées par les observateurs et celles relayées par la presse internationale ne font pas de séparation entre Fcbe, G13 et G4. Le Bénin d'hier comme celui d'aujourd'hui à l'ère du changement, est incapable d'organiser de bonnes élections. Qu'on gagne ou qu'on perde, le déshonneur est à nous tous.
2011
Or, 2011 n'est plus loin. En 2011, le Bénin s'en va organiser de manière couplée deux élections d'enjeux majeurs : la présidentielle et les législatives. Il y a lieu d'ouvrir le plus tôt possible les débats sur ces problèmes récurrents d'organisation. Et on peut dès maintenant engager le processus devant conduire à la mise en œuvre de la Liste électorale permanente informatisée (Lépi) et de l'identification de l'électeur par son enregistrement biométrique pour les élections à venir. C'est maintenant, comme l'ont recommandé les missions d'observation de la CEDEAO et de la Francophonie, que les pouvoirs publics et la classe politique doivent prendre des dispositions qui conviennent pour la pérennisation de la CENA en vue de capitaliser les expériences pour conduire les processus électoraux avec plus de professionnalisme.
Alain Sessou
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