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Cerveaux en fuite…

 

Jean-Baptiste Placca (Photo : S.Bonijol/RFI)
Jean-Baptiste Placca
(Photo : S.Bonijol/RFI)

 

 

C’est devenu un slogan, poignant et sans appel : « il y a plus de médecins béninois en France qu’au Bénin ». Pour donner mauvaise conscience à toutes ces compétences qui désertent l’Afrique, on n’a rien inventé de mieux : une fable !

 

Voilà donc la fuite des cerveaux de retour dans l’actualité. Les dirigeants des pays d’origine desdits cerveaux l’assimilent à un pillage de leurs ressources naturelles, tandis que certains hommes politiques des pays d’accueil l’invoquent pour justifier le durcissement de la lutte contre l’immigration. Et pourtant, peu d’Africains s’exilent par détestation de leurs origines ou par l’unique soif du gain. D’ailleurs, ceux qui ont fait le choix de travailler à l’étranger s’efforcent, presque toujours, d’aider leur pays, en tout cas dans leurs domaines de compétences.

 

Ces médecins qui envoient régulièrement chez eux médicaments, lits d’hôpital et autre matériel médical de haute technologie sont-ils moins utiles que ceux qui, au pays, n’ont parfois même pas de compresses ni d’aspirine pour soulager leurs patients ? Car là est le problème. Ceux qui ont fait de longues études pour se spécialiser dans un domaine précis rêvent, avant tout, de servir et de s’épanouir dans l’exercice de leur métier.

 

Et c’est aux gouvernants qu’il appartient de créer les conditions d’une bonne utilisation des compétences. Mais quand on observe le sort fait à des cadres de très haut niveau dans certains Etats, on peut comprendre les réticences des exilés. Ici, pour voir sa compétence reconnue, le « cerveau » est prié de faire allégeance au pouvoir politique. Là, pour l’humilier, on le place sous les ordres de collègues médiocres, qui n’ont, sur lui, que le privilège d’être de la bonne ethnie.

 

Fort heureusement, la fuite des cerveaux n’est pas une fatalité pour toute l’Afrique. Il existe même, de plus en plus, un mouvement inverse de cadres qui, ayant exercé à l’étranger, retournent mettre leur expertise au service de leur patrie. C’est, notamment, le cas de nombre de ces Ghanéens qui officiaient naguère à la City de Londres ou à Wall Street, et qui vous annoncent, avec une réelle fierté, qu’ils sont désormais installés à Accra ou à Kumasi, et qu’ils y gagnent bien leur vie, avec, en prime, une meilleure qualité de vie.

Pour pouvoir attirer ainsi ces cerveaux en fuite, le Ghana a dû choisir de devenir un état de droit, où la compétence, l’ingéniosité et le travail peuvent suffire pour réussir, sans craindre de voir ses efforts contrariés par l’arbitraire politique.


par Jean-Baptiste  Placca

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Tag(s) : #Politique Africaine
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