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L’arc-en-ciel a perdu de sa symphonie. La terre de Mandela vit un parjure inexplicable. Des noirs pourchassés par des noirs, sous les ricanements de blancs, anciens ténors de l’apartheid. L’Afrique du Sud libérée, célébrée comme un jardin paradisiaque, chantée par les Bob Marley, les Nel Oliver, les Tiken Jah Facoly ou les Lucky Dube. Les tournées de l’emblématique Winnie au cours desquelles les chefs d’Etats se bousculent pour se prendre en photo aux côtés de l’égérie. Les concerts de libération du peuple noir martyrisé sur ses propres terres. La légende brisée.

 

Le choc provoqué par cette furie aveugle à l’encontre des émigrés noirs dans les rues de bidonvilles de Johannesburg se justifie amplement. Ces genres d’hérésie s’extériorisent le plus souvent entre des peuples en position de dominance par rapport à d’autres. Rarement entre individus supposés de même caste. On peut comprendre cette chasse à l’émigré africain à l’autre bout du continent, en Libye, en Algérie ou au Maroc. Mais pas au Sud. Avec une telle hargne, une telle haine, une telle barbarie.

 

L’indignation générale a eu le mérite de susciter une action énergique de la part du gouvernement du très « papal » Thabo Mbéki sur un nuage de fée débarrassé des vices de ce bas monde.

 

Crise au Zimbabwe ? Ravage du Sida ? Escadron de la mort à Abidjan ? Des fantasmes. De la même veine que le drame de l’émigré noir en Afrique du sud. Jusqu’au jour où le monde découvre l’horreur des bandes armées arpentant hameau par hameau à la recherche des maudits étrangers voués à la bastonnade, au viol, à la tuerie tout simplement.

 

S’arrêter à ce simple constat réduit le problème à des tics émotionnels et passionnels stériles. L’Afrique du sud a hérité de la criminalité au même moment que la libération de Mandela. A l’époque bantoustans et autres bidonvilles vivent au rythme de pogroms entre ethnies et clans. Les frictions sanglantes entre partisans du chef tribal zulu, Manghosutu Buthelezi et les militants de l’Anc de l’ethnie khosas ont été largement plus meurtrières que les misères faites aux émigrés mozambicains et zimbabwéens. La plupart des chasseurs de noirs d’aujourd’hui ont vu le jour dans cette violence périurbaine érigée en rituelle tribale. Le sommet de cet art funeste était le célébrissime supplice du collier.

 

C’est évident qu’il y un problème de gouvernance à imputer au pouvoir de l’Anc. En effet, l’accalmie obtenue dans la foulée de la commission Vérité-Reconciliation, a induit chez les gouvernants la paresse de l’anticipation. Le ministre des Finances Trévor Manuel repète sans cesse à qui veut l’entendre que les caisses de l’Etat Sud-africain ploient sous le flot de ristournes tirées de la crise du pétrole. Or, les jeunes nés dans la négation de l’ordre Républicain n’ont rien eu en échange. A défaut de se cogner entre sud-africains, il fallait se trouver une nouvelle cible, les émigrés noirs.

 

Et puis, ce n’est pas la première fois en Afrique que le statut d’étranger rime avec l’insécurité. On doit à Abdoulaye Wade d’avoir fait remarquer au détour d’une mémorable diatribe qu’un Burkinabé ou un Malien se sent plus en sécurité à Paris qu’à Abidjan. Comparaison n’est pas raison.

 

Il faut savoir séparer le bébé et l’eau du bain.




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Tag(s) : #Politique Africaine
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