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La consultation comme style de gouvernement


Date: Vendredi 25 juillet 2008

Sujet: Actualités

Pour qui gouverne-t-il celui qui jouit du privilège d’être porté à la tête d’un pays ? Tout naturellement il gouverne pour son peuple qui l’a porté à la tête du pays. Ainsi, le Président Boni Yayi, l’élu des Béninois parmi d’autres candidats à la magistrature suprême, gouverne le Bénin, son pays, pour les Béninois, ses compatriotes. Réponse juste, mais à tout le moins insuffisante. Boni Yayi ne gouverne pas moins le Bénin pour lui-même. Tant il est vrai qu’il est tenu pour comptable, à titre personnel, aussi bien de ce qui se fait de bien que de ce qui se fait de mal. Avec lui et sans lui.

Le chef, dans l’exercice de sa mission, est dans une position d’excellence. Aussi se voit-il condamner à l’excellence, avec l’idée que, même si les peuples sont souvent amnésiques, le disque dur de leur mémoire garde cependant des traces non négligeables de certaines de leurs actions honorables qui, de ce fait, ne s’effacent plus du souvenir.
Dans les temps difficiles, à certains tournants de la vie nationale, Boni Yayi consulte les anciens présidents. Cela, en deux ans, s’est souvent répété. Sans doute qu’il consulte d’autres compatriotes. Sans doute aussi qu’il a la possibilité de consulter ses prédécesseurs, à titre individuel, sans témoins, à l’abri de tous regards. Mais il se trouve qu’il a choisi d’entourer la consultation des anciens Présidents de la République d’une certaine solennité, de les médiatiser dans l’espace public de ses responsabilités de chef d’Etat. C’est là le signe d’un style de gouvernement délibérément choisi, personnellement affirmé, publiquement assumé.
On peut spéculer à loisir sur le sens et la signification d’un tel style de gouvernement et chercher à l’expliquer à partir d’une foule de déterminations. L’âge ? Oui, nous sommes en Afrique et nous continuons d’honorer le droit d’aînesse qui s’accompagne toujours d’un préjugé favorable. La préséance dans la fonction ? Oui, parce qu’il y a une hiérarchie silencieuse, tacite, non protocolaire à ce niveau des responsabilités. L’expérience ? Oui, un vieillard assis, soutiennent les sages bambara, voit toujours plus loin que le jeune homme debout. Autorité morale ? Oui, la rosée ne vous mouille pas, dit-on, si vous marchez derrière un éléphant.
Si ce sont là autant de raisons qui fondent la méthode Boni Yayi de consultation des anciens présidents de la République,  nous ne pouvons que dire, le plus sincèrement du monde, continuez, Monsieur le Président, vous êtes sur la bonne voie. Vos successeurs s’en souviendront et ils vous le rendront bien.

Consulter les anciens Présidents, c’est bien, élargir la consultation à d’autres segments significatifs de la société dont le rôle n’est pas moindre dans la construction de notre pays, c’est mieux. Nous pensons, d’une part, aux responsables des partis politiques, sur la base sélective des formations politiques représentées à l’Assemblée nationale. Nous pensons, d’autre part aux responsables des Organisations de la société civile.

D’abord, consulter les responsables politiques revient à défendre et à soutenir l’idée selon laquelle il doit y avoir, dans la vie d’une nation, de grands moments de trêve générale. Balle à terre comme qui dirait. Il faut alors fermer l’arène politique, ce théâtre bruyant et parfois brouillon de nos combats et de nos passes d’armes sans merci. Il  faut ranger nos flèches dans leurs carquois, baisser les armes pour que baisse toute tension. Le chef, socle de l’unité d’un pays, à ces grands tournants, à ces temps forts dans la vie d’un peuple, devrait être nanti de ce pouvoir exceptionnel de calmer le jeu, de réunir tout le monde, d’écouter chacun et tous.

Consulter les responsables politiques, par ailleurs, dans des circonstances exceptionnelles et autour des sujets et problèmes d’intérêt national, c’est chercher le consensus le plus large, c’est provoquer l’uni­on sacrée de la classe politique, au-delà des divergences et des lignes de fracture de celle-ci, pour que le pays tout entier, sur le front de ses responsables politiques, parle d’une seule et même voix. La moindre défaillance doit être ressentie comme un échec. La moindre dissonance doit être appréciée comme une cacophonie, source de grande confusion autour de nos intérêts communs.

Ensuite, consulter les responsables des organisations de la société civile, c’est choisir d’aller au-devant de ceux qui sont sur le terrain, aux côtés des populations, au quotidien, partageant les heurs et malheurs de celles-ci. On ne peut mieux prendre la température du front social sans entendre les différentes composantes de cette société civile : des chefs religieux aux têtes couronnées, des syndicalistes aux représentants des médias, des artistes créateurs aux défenseurs de différents droits fondamentaux, assurant une veille citoyenne de tous les instants.

A la limite, en systématisant les consultations avec les responsables de la société civile, le chef n’a plus forcément besoin de se mêler à la foule des marcheurs contre la corruption. Il gagnerait davantage, au-delà du spectacle et du spectaculaire, à faire suite aux rapports que ces responsables font à saison régulière sur ce mal qui ronge et mine notre société comme une tumeur cancéreuse. La consultation de la société civile, c’est le chemin le plus court du chef au peuple qui cesse d’être un simple sujet de discours, une abstraction, une fiction. Car le peuple, ce sont des concitoyens qui, par les temps qui courent, ont à peine un repas par jour, ce sont des êtres de chair et de sang qui croupissent dans nos prisons infectes, sans assistance, sans jugement. Ce sont des jeunes compatriotes qui, à force de scruter l’horizon vidé de toute promesse, ont déjà clos leur compte à la banque de l’espérance. Consulter la société civile, c’est lire le peuple à livre ouvert.

 

Jérôme Carlos
La chronique du jour du 25 juillet 2008



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Tag(s) : #Politique Béninoise
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