La démocratie n’est pas un acquis au BENIN
L’ère démocratique est vieille, bientôt de deux décennies. Un regard panoramique permettra de se resituer pour une consolidation de l’appareil démocratique. Il est urgent que chacun prenne ses responsabilités pour un avenir radieux pour notre démocratie presque titubante.
Le Bénin a commencé une expérience inédite de la démocratie depuis 1990. Il a été pour moult pays africains le tremplin d’un changement qualitatif dans la gestion du pouvoir. Il était temps d’en finir avec la dictature méprisante et insultante de nos dirigeants politiques. Il était temps de faire participer le peuple à la gestion de la Res Publica. Il était temps de tourner le talon contre les affres d’une gestion ruineuse.
La démocratie semble prendre place au passé sombre et triste qu’a connu le Bénin. La population béninoise est comme sortie de l’ornière du gouffre béant dans lequel elle végétait sans sourciller. Heureusement, avec cette ère démocratique un ouf de soulagement se laisse entendre des lèvres de tous.
Le peuple a applaudi avec force cette nouvelle ère qui a embrassé toute la Nation. Dorénavant, la liberté d’opinion, de réunion, les lois fondamentales seront respectées avec la dernière rigueur, du moins, c’est ce qui est requis. La séparation des pouvoirs législatif et exécutif devient une réalité, du moins formellement. L’engagement du peuple à ce régime démocratique l’a conduit à faire une option nouvelle en choisissant un nouveau président, Nicéphore Dieudonné Soglo au grand dam du régime d’antan.
La chose est possible, le développement du Bénin s’amorce sur de nouvelles bases avec un gouvernement démocratiquement élu. Cinq ans après ses preuves, le peuple souverain désapprouvera le régime de Soglo et choisira l’ancien président Kérékou. Il fit de nouveau ses preuves et s’en alla pour un repos bien mérité.
En avril 2006, le gouvernement d’un homme nouveau, Boni Yayi fera jour. L’espérance du peuple devient vive ! Un homme, un peuple, voilà en filigrane ce qui se lisait pendant la fièvre électorale de 2006. L’alternance au pouvoir était plutôt évidente. Il fallait en découdre avec un gouvernement qui n’avait plus d’autres nouveaux atouts à offrir au peuple. Un peuple, un homme, disons nous. De ce fait, le peuple comme un seul homme a porté son choix sur celui qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui le nouvel homme.
En effet, le président Boni Yayi est un homme nouveau. Certes, il n’est pas un habitué des gouvernements passés. Il n’a presque pas été mêlé de loin ni de près de façon prégnante à un gouvernement du Bénin. En tant que président de la Boad, il était impliqué dans le développement des peuples d’Afrique de l’Ouest. Economiste chevronné, homme nouveau sur le plan politique, le peuple a tôt fait de lui faire confiance. L’idée qui sous-tend une telle décision semble être de balayer tous les habitués des régimes passés et de faire avec un nouveau gouvernement. D’ailleurs, cette idée était tellement forte que l’un des premiers tests à l’actuel président était de voir s’il oserait prendre les habitués des gouvernements précédents.
L’ère démocratique au Bénin
L’on s’en souvient comme d’hier, du marasme économique des années 80 au Bénin. Le manque de salaire, l’inflation galopante et la dame misère ont eu raison du peuple. Ce dernier était asphyxié, il voyait sa déchéance inéluctable. La liberté d’expression, de réunion n’était pas chose acquise. Le pouvoir était aux mains d’une minorité et la richesse du pays également. Tout pour elle, rien pour le peuple, du moins les miettes très négligeables. Tout vacille et tangue pour le bas peuple. La lueur ne saurait attendre, l’espoir renaît avec l’effritement d’un pouvoir, qui a fait ses preuves. Le vent nouveau de la démocratie a emballé le Bénin. Ça y est ! Le Bénin vivra davantage mieux sur le plan politique, social, économique. L’enjeu en vaut la chandelle et nul ne semble être de trop pour la réussite de la démocratie. Les forces devraient se mobiliser. Comme un seul homme, le peuple est convié à un sursaut patriotique. L’heure a sonné de confier la destinée du pays à l’homme de son choix par la voix des urnes. La lumière de la démocratie brille sur tout le peuple. La joie se lit sans doute sur les visages autrefois ternes et sombres et tous les cœurs adhèrent à ce bonheur tant attendu et espéré.
L’espérance du peuple devient réalité. Ce qui est espéré et attendu ne seraient-ils pas la paix, le bonheur, le minimum social, la santé, l’éducation, bref tout ce qui convient à l’homme pour être un épanoui, pour mieux fleurir.
Aujourd’hui, est aveugle celui qui ne verra pas un changement dans la gouvernance de notre pays depuis l’ère de la démocratie. Est peu réaliste, celui qui penserait que rien ne change et que c’est le statu quo : les routes sont bitumées, les écoles construites, l’enseignement gratuit aux primaires, les institutions étatiques sont mises en place et se consolident, l’appareil démocratique se fait jour, le peuple est plus ou moins écouté dans ses doléances, les droits de l’homme sont, toute proportion gardée, respectées. Il parait obvie que depuis 1990, le pays va progressant vers un mieux être et cela nous le devons à la maturité politique de tous. La lutte contre la corruption rejoint le désir profond du peuple. Même si les marches tous azimuts observées n’en sont pas les remèdes, elles constituent tout de même la volonté manifeste d’en découdre avec ce mauvais comportement.
Au-delà de ce changement qui s’observe, faudrait-il le rappeler, la démocratie n’est pas un acquis, elle est plutôt à conquérir tous les jours pour sa survie. Cela, le commun des Béninois parait l’ignorer et qui plus est certains hommes politiques. Point n’est besoin de jouer avec le feu pour se rendre compte qu’il brûle. L’œil avisé et affûté de l’observateur de la vie politique aurait remarqué depuis des lustres que le Bénin joue avec le feu. On a tôt fait de reprendre sans s’en convaincre, cette phrase « le Bénin a toujours étonné et étonnera », « le Bénin sait résoudre sans coup férir les difficultés » etc. Soit! Cependant analysons de près le manque de sérieux pour ne pas parler de l’indiscipline notoire qui s’observe surtout au temps sensible de la consolidation de la machine démocratique qu’est l’élection.
Des élections
Tout laisse croire aujour-d’hui qu’au Bénin, l’on ne tire pas assez leçons des événements passés. La réussite n’est-elle pas sur fond des erreurs du passé ? L’homme sage a compris que nul ne peut vivre et bien vivre s’il ne fait recours au passé pour mieux la projeter dans l’avenir. Il ne s’agit certes pas d’un recours stérile mais d’un recours plutôt responsable pour y déceler les indices favorables ou non pour un lendemain meilleur. Pour peu que l’on réfléchisse sur les différentes Céna dans leur relation avec les gouvernements et dans leur gestion propre à mener à bien les élections, l’on se mordrait les doigts et si l’on n’y prend garde, ils seront mangés dans une autre forme de procès….
En fait, la plupart des Céna qui ont existé, ont toujours eu maille à partir avec les gouvernements. Il est question essentiellement des finances. Ce qui entraîne le report fantaisiste des élections, la dernière en date est encore sous nos yeux. Cette situation entre petit à petit dans l’habitus et l’on ne s’en offusque pas outre mesure. Les acteurs de la vie publique ont l’art de banaliser les événements, de les minimiser et prétendent toujours compter sur la sérénité des électeurs. Les élections ont été de tout temps des moments très sensibles pour la survie du régime démocratique. Le jeu de ping-pong observé entre les différentes Céna et les gouvernements doit dorénavant nous servir de tremplin pour mieux penser, structurer les élections au Bénin. Car c’est à une désolation écœurante et vertigineuse que l’on assiste presque toujours lors des élections. Et pourtant la démocratie va son bonhomme de chemin.
La question, pour nous aujourd’hui, qui devrait préoccuper nos esprits est l’objectif que veut atteindre cette démocratie et quelle est en réalité le chemin qu’elle emprunte ? S’il est vrai que le régime démocratique a fondamentalement pour objectif principal le bien-être de tous et de chacun, la satisfaction des besoins essentiels et la garantie de tous les droits dits fondamentaux, il est convenable de s’y atteler et qu’il ne devienne pas un couloir de mort. Les acteurs de la vie politique sont à plus d’un titre interpellés dans cette gestion de la machine électorale. Qu’ils ouvrent les yeux pour voir et percevoir les causes, les tenants et les aboutissants des déchéances électorales.
Sur le continent africain malheureusement, les élections mal gérées, ont été dans plusieurs cas, occasion de violence, de grève, de paralysie de toute la cité voire de la guerre civile. L’on assiste au loin aux malheurs qui s’abattent sur les autres frères du continent, sans s’en rendre compte soi-même que l’on met sous le boisseau les germes d’une dérive lamentable et sans retour. D’ailleurs certains événements teintés de violence lors des campagnes électorales et lors des élections, les querelles interminables entre certaines institutions constituent des indices d’un marasme démocratique. De plus, le cafouillage dans la gestion des élections, le mécontentement affiché de certains partis face à l’inconséquence des uns et des autres à prendre leur responsabilité, les contradictions auxquelles le peuple est témoin sont des signes d’un malaise cancéreux pour notre démocratie.
Rien n’est impossible en matière de gestion de l’homme. Le défi à relever est tapi aux portes de chacun. L’aumônerie des cadres et personnalités politiques du Bénin a certainement compris qu’il faille faire une relecture de la conférence nationale, élément fondateur de notre jeune démocratie. Aussi a-t-elle fait réfléchir durant le colloque du 15 au 17 février passé, sur trois points :
- faire une relecture des acquis de cette conférence ;
- établir un rapport entre les actes de la conférence et la situation générale de notre pays depuis 18 ans ;
- interpeller à la lumière de l’enseignement de l’Eglise catholique notre conscience citoyenne sur toutes les valeurs acquises de haute lutte à la conférence des forces vives de la Nation.
Cette réflexion qui a mobilisé plusieurs hauts cadres de notre pays a eu le mérite de diagnostiquer les maux dont souffre notre système démocratique et de revenir sur les acquis de la Conférence nationale des forces vives de la Nation. L’urgence se situe à plusieurs niveaux pour maintenir la paix, la concorde et l’unité nationale. Vous l’auriez remar-qué, notre regard s’est posé juste sur les élections, période très sensible. Il convient de s’armer d’outils adéquats pour la gestion claire et responsable des élections. Les esprits, en de pareilles occasions, s’échauffent au rythme de l’ambiance qui s’installe. Par conséquent, les membres de la Céna ont pour rôle majeur et essentiel, inutile de le rappeler, de mener à bien les élections, sa gestion est autonome et aucune force extérieure n’est susceptible de l’influencer. Elle est donc libre, la Céna, autonome !
Mais la réalité est qu’elle semble pour le moins qu’on puisse dire dépendante, dépendante des fantaisies du détenteur du nerf de la guerre, dépendante des humeurs et des caprices de certaines institutions etc. Il en ressort que chacun dans le tréfonds de son institution fasse le point de ses responsabilités par rapport aux ratés observés lors des élections. Il en va de l’intérêt de tous que notre démocratie se consolide chaque jour un peu plus.
Au demeurant, les élections constituent le creuset fragile par lequel il faut faire montre d’une grande responsabilité. Des erreurs, des ratés constatés lors des élections sont pour nous les lieux d’un défi majeur et commun. Du coup, l’on devrait penser de façon sérieuse et sans parti pris à l’institution qu’est la Céna à l’aune de ses prestations. Heureusement que le génie béninois ne sommeille pas, il trouvera, nous l’espérons, une sortie adéquate pour notre démocratie chère à tous, qui est à conquérir chaque jour.
Père Anicet Zohoun
Golo-Yêkon
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