Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité



Micro crédit : les leçons d’une aventure des change-menteurs

Date: Mardi 09 septembre 2008 

La politique du micro- crédit, appelée à être l’un des fleurons du régime du changement, vacille sur sa base. Passée la période euphorique de distribution des crédits, voici venue l’heure grave et douloureuse des remboursements. Et beaucoup de débiteurs se retrouvent Gros Jean comme devant, incapables de payer terme échu l’argent dû.


Depuis la semaine dernière, l’optimisme qui prévalait au Ministère de la Micro Finance et de l’Emploi des Jeunes et des Femmes a fait place à un raidissement soudain. Il est mis en place une commission nationale, chargée du recouvrement des impayés. L’heure des comptes a sonné.


Personne ne fera grief à un gouvernement de vouloir, par le   micro crédit, allouer des ressources financières aux plus pauvres, aux plus déshérités, que nous savons exclus du système formel de crédit. Si, comme le dit le proverbe, « On ne prête qu’aux riches », il faut certainement être fou et montré un sens aigu du social pour s’engager à prêter à des pauvres.

Et l’Etat béninois a pris consciemment le risque de cette folie salutaire. Pour la plupart des bénéficiaires, de toute leur vie, ils n’ont jamais encore tenu en leurs mains, palpé ou compté les 30 000 francs CFA alloués à chacun d’eux. Nous avons donc pris le risque de faire du social, quitte à faire le pied de nez aux lois de l’économie ou à feindre d’oublier la logique et la rationalité implacable de la donne financière. On ne fait pas d’omelette, dit-on, sans casser des œufs.
Certes. Mais avons-nous eu raison de casser nos tirelires pour la cause des plus pauvres à la seule satisfaction d’offrir de l’omelette à tous ? Qui payera la facture aussi bien des tirelires que des oeufs cassés ?  Pas d’illusion à se faire : nous aurons tous à mettre la main à la poche, nous aurons tous à payer les dettes laissées par les bénéficiaires défaillants des prêts de micro crédit. Cela nous coûtera quelques routes, écoles, centres de santé en moins sur le chemin de notre développement. Et puis, libérer les emprunteurs du micro crédit de leurs dettes, revient à nous libérer nous-mêmes. « Qui paye ses dettes s’enrichit. »


Il sera utile, de ce point de vue, que nous nous enrichissions de tout ce qui peut nous aider à comprendre pourquoi n’a pu  aboutir notre rêve de faire du micro crédit  l’arme absolue de la lutte contre la pauvreté. Il sera utile, après avoir su en quoi et par où nous avons péché, de dégager de nouvelles options qui corrigent l’existant, l’améliorent au besoin, remettent solidement sur les rails la nouvelle version de notre projet.


Il faut commencer par déplorer la trop forte implication de l’Etat dans le programme de micro crédit. C’est vrai que pour éradiquer la pauvreté, libérer des affres de la misère des franges entières de nos populations, réduire par conséquent, la fracture sociale, l’engagement de l’Etat est non seulement souhaité mais s’avère nécessaire, voire indispensable. Face à quoi, le domaine du micro crédit est à tenir pour l’exception. Il est, en effet, affecté du risque de pertes de beaucoup d’argent quand l’emprunteur vient à se montrer incapable de s’acquitter de ses obligations financières. L’argent obéit à des lois. Nul ne peut s’aviser de les ignorer ou de jouer avec impunément.

 

 

Dans notre stratégie de mise en place d’une politique de micro crédit, l’Etat, nous semble-t-il, a outrepassé ses pouvoirs. Dans un système libéral comme le nôtre, l’Etat a dépassé les limites de son implication. Celle-ci aurait pu s’arrêter à la définition d’un cadre législatif et réglementaire, au contrôle des institutions d’appui impliquées, à la régulation de l’ensemble du système.

 

Dans notre cas, nous avons privilégié une lecture politique par rapport à une appréhension technique, une appréciation strictement économique et financière du système. On peut le comprendre, sans toutefois l’excuser : le régime du changement qui venait de s’installer a besoin d’arguments psychologiques forts pour convaincre et susciter l’adhésion du plus grand nombre. Dans un tel contexte, on a tôt fait d’oublier le credo de Muhammad Yunus, le père du micro crédit, Prix Nobel de la Paix 2006 : « Etat et micro crédit, a-t-il martelé, ne font pas bon ménage ». Cette phrase est à graver au fronton du Ministère de la Micro Finance et de l’Emploi des Jeunes et des femmes. Afin que nul n’en ignore.

 

En outre, des esprits avisés comme le père Jean Joachim Adjovi, économiste de son état, ont eu à tirer la sonnette d’alarme, mais sans succès. Dans un article publié par l’hebdomadaire catholique « La Croix du Bénin », il cite le cas de cette couturière de Cotonou qui a reçu un crédit de 3 000 000 de francs Cfa. Elle a dépensé 17% pour acheter de la nourriture, a consacré 13% pour entretenir son réseau relationnel et seulement 69% pour le développement de son activité économique.

 

Nous faisons nôtre la conclusion du père Jean Joachim Adjovi. La voici : (Citation) « Un véritable travail d’accompagnement doit être mené non seulement avec l’entrepreneur mais également avec sa famille, son milieu social, afin d’examiner le meilleur moyen de combiner l’économique, le social et pour quoi pas le culturel. La politique de crédit des institutions de micro finance devrait donc intégrer cette donnée sociologique ». (Fin de citation). Nous sommes au Bénin, en 2008. Nous ne pouvons pas faire du micro crédit comme on le ferait au Pakistan ou en Mongolie. Le micro crédit, pour un résultat plein, se doit d’être adapté aux réalités et aux valeurs d’un terroir donné, dans un contexte déterminé. C’est en cela que le micro crédit au Bénin, pour nous permettre une telle image, se doit d’être vu et saisi comme une plante économique qui doit pousser prioritairement sur une terre socioculturelle. La prime politique ne vient qu’après. Elle ne profite pas toujours  à qui l’on croit.

 

Jérôme Carlos
Cotonou le 9 septembre 2008




Publicité
Tag(s) : #Politique Béninoise
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :